mardi 2 juin 2026

Embrasser Kaboul


Embrasser Kaboul - Charlotte Erlih 

Julliard (2025) 

Charlotte Erlih a co-réalisé avec Marie-Pierre Camus un documentaire, Une française à Kaboul, l'aventure d'une vie, consacré à Élizabeth Naim Ziai, première française à avoir épousé un Afghan en 1928 et à avoir vécu à Kaboul jusqu'en 1979.

Dans ce livre, Embrasser Kaboul, c'est sous une forme différente qu'elle raconte la vie de cette femme, nommée ici Élisabeth Naïm Khan, en utilisant des écrits qui lui ont été remis par le petit fils d'Élisabeth ainsi que des fragments du journal de Naïm Khan lui même. 

Au début, l'autrice choisit clairement la forme romanesque pour dépeindre la rencontre de cette jeune femme indépendante, installée à Londres, fiancée à un Anglais, qui tombe amoureuse d'un beau prince Afghan lors de vacances chez ses parents à Saint-Malo. Elle l'épouse, ils ont rapidement un fils. Quand Naïm Khan, ses études terminées, décide de rentrer au pays, elle n'écoute ni les conseils de ses parents ni ceux des autorités, séduite il est vrai par sa rencontre avec le souverain éclairé et sa femme qui règnent alors sur l'Afghanistan. Le monarque, cousin de Naïm, souhaite moderniser son pays, le développer. Hélas, quand Élisabeth et Naïm, après un voyage long et périlleux, parviennent à entrer sur le territoire Afghan, le roi a été renversé par les Talibans et le pays a replongé dans l'obscurantisme, les femmes en étant les premières victimes, Élisabeth comme les autres.

Je me suis assez vite lassée de cet aspect de la vie d'Élisabeth, il y a beaucoup de longueurs dans la narration de son désespoir, de son ennui puisqu'elle n'a le droit de rien faire. Quand elle a enfin la chance de rentrer en France voir ses parents avec son fils, sa décision de retourner en Afghanistan parait incompréhensible.  

Au fil des pages, avec la retranscription de lettres envoyées par Élisabeth à sa famille, le roman cède la place parfois à une forme plus documentaire. Avec les années qui passent, la  légère amélioration de ses conditions de vie permet à Élisabeth de participer à un projet de création d'école pour les filles puis elle en place d'autres structures pour sortir certaines femmes de leur enfermement. C'est cette partie du livre qui m'a le plus intéressée, et j'aurais aimée qu'elle soit plus développée. Dans les derniers chapitres, il est question de sa fille Sophia qui cherche aussi à se libérer des contraintes qui pèsent sur les jeunes filles, elle réussit à gagner une certaine liberté puis on ne sait pas vraiment ce qu'elle devient.

Un autre aspect de ce livre, c'est l'expérience de l'autrice dans son écriture. Elle raconte les différentes phases qu'elle a traversées, les remaniements qu'elle a apportés à son texte, au fur et à mesure des évènements qui se sont produits lorsqu'elle l'écrivait, des rencontres qu'elle a faites. 

Au final, j'ai ressenti de la frustration lorsque j'ai terminé ma lecture. Je regrette que l'autrice ait mélangé ces différentes formes dans son livre, comme si elle n'avait pas su choisir entre elles. C'est la partie romanesque que j'ai le moins appréciée.

Je reconnais que j'ai tout de même appris certaines choses sur l'histoire de l'Afghanistan et ça m'a intéressée. Ce texte aide à prendre conscience des allers et retours incessants de ce pays entre des périodes où nait un espoir de modernité, où le sort des femmes s'améliore et puis c'est le retour des traditionnalistes et immédiatement ce sont les femmes qui en sont victimes, enfermées chez elles, privées d'études et de travail, cachées derrière leurs tchadris. En cela, ce livre fait oeuvre utile.

Mon avis ne reflète pas du tout les impressions des autres lecteurs et lectrices qui en général ont été conquis par ce livre, si j'en crois les critiques sur Babelio.