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vendredi 3 avril 2020

Avant que j'oublie


Avant que j’oublie – Anne Pauly

Éditions Verdier (2019)

Son père vient de mourir à l’hôpital de Poissy. Alors qu’elle revoit les jours qui ont précédé le décès et qu’elle s’occupe des formalités, Anne Pauly raconte l’homme que fut son père, Jean-Pierre, unijambiste, violent, alcoolique, mais aussi adepte de spiritualité orientale, de poésie, artiste empêché, punk avant l’heure.
La préparation de la cérémonie des obsèques est l’occasion pour elle de réfléchir à la personnalité de son père et à leur relation. Anne se rend compte que ceux qui ont connu son père n’ont souvent pas vu l’homme sensible qu’il était, restant cantonnés à la première impression qu’il dégageait. D’ailleurs, dès qu’il est question de son père, très vite les gens évoquent sa femme morte d’un cancer quelques années auparavant et c’est vers elle que va leur commisération.
Plus tard, c’est le tri des affaires du défunt dans la maison familiale qu’il faut vider qui va être à la fois une épreuve et un travail de deuil, apportant à la narratrice un début d’apaisement.


Premier roman d’Anne Pauly, autobiographie non déguisée, ce livre est bien sûr très émouvant mais pas du tout larmoyant. Au début, le récit est d’ailleurs très sec, peu de traces d’émotion, comme si la jeune femme n’avait pas envisagé que son père puisse mourir. Et puis, petit à petit, la remontée des souvenirs laisse percer les sentiments, la sensation d’avoir été aimée par cet homme qui n’était pas apprécié même parmi ses proches. La découverte de la lettre d’une femme, amie d’enfance du père, qui lui avait gardé son affection, apporte un grand réconfort à Anne Pauly. Elle se sent enfin comprise, comme légitimée dans son amour filial. Oui, son père était digne d’amour, même s’il était détestable pour beaucoup.

Un très beau texte !

Page 47 :
Mais s’il fallait donner un palmarès, je décernerais un prix spécial à ce soir d’été où, parce qu’il jetait chaque soir du pain rassis et des trognons de pommes par la porte-fenêtre, un gros rat noir avait grimpé à l’étage par le tronc de le vigne vierge et s’était réfugié sous le canapé où je dormais. Cette fois-là, quand même, j’avais gueulé parce que j’avais halluciné de me retrouver à quatre pattes pour chasser un putain de rat à coups de balai. Depuis, quand quelqu’un essaie de m’expliquer l’esprit du punk, je le laisse dérouler.

Page 117-118 :
J’ai lu la lettre une seconde fois en me mouchant dans ma manche. Elle avait dû perdre beaucoup de gens dans sa vie pour savoir si bien dire au revoir. Moi aussi maintenant, grâce à elle, je savais comment faire pour lui faire mes adieux. J’ai planté là le râteau et je suis remontée. Sur un des petits coffres moches de l’entrée, j’ai réuni tous ses bouddhas, les grands, les petits, les en métal et les en plastique et j’ai placé tout le monde en petite assemblée. À côté, j’ai posé une armée de minuscules paysans japonais en corne tenant bâtons et fourches, puis le sage chinois à longue barbe et à tête dorée, le bûcheron en bois clair rapporté du Canada, la tabatière en forme de moine bedonnant et rigolard, un petit ours de jade vert dont il aimait les nuances laiteuses et un vieil indien en plomb qui, assis en tailleur fumait le calumet de la paix avec un air grave. Sur le côté, j’ai installé trois chouettes en céramique et les médailles sur pied de Gandhi, de Montaigne et d’un bison anonyme.

mercredi 1 mai 2013

Le père de la petite

Le Père de la petite - Marie Sizun
Éditions Arléa (2005)


Elle a quatre ans et vit à Paris avec sa mère, pendant la seconde guerre mondiale. Elle se nomme France mais tout le monde l’appelle la petite. Sauf son père, prisonnier de guerre en Allemagne, qui avait choisi son prénom. La petite ne se souvient pas de lui, elle vit, heureuse et insouciante et voue un amour exclusif à sa mère, qui ne lui impose guère de limites. Lorsque le père revient  à la fin de la guerre, la vie de France est bouleversée, sa mère n’est plus toute à elle et le père veut remettre de l’ordre dans la maisonnée.  Les relations entre le père et la fille sont difficiles dans les premiers temps, puis s’apaisent.  L’affection grandit entre les deux, France gagne en confiance et finit par partager avec son père un secret qu’elle gardait au fond d’elle. Un secret qu’elle n’a jamais vraiment bien compris, dont elle n’imagine pas l’impact, et qui, une fois connu du père, va bouleverser leur existence à tous.

C’est un roman que j’ai beaucoup aimé et qui est semble-t-il, inspiré par le vécu de l’auteur. Bien qu’écrit à la troisième personne, le texte porte la voix de l’enfant, sa perception de la guerre et son incompréhension des mystères des adultes. Après une vie insouciante au côté de sa mère et de sa grand-mère, la petite voit son univers perturbé par le retour du père. Ses sentiments pour sa mère évoluent, de l’amour inconditionnel à la jalousie et à la colère. Face à l’attention du père, s’installe une sorte de rivalité entre elles. Et puis l’enfant trouve un interlocuteur prêt à l’écouter lorsqu’elle raconte son secret alors que la mère et la grand-mère ont toujours été dans le déni et ont laissé l’enfant face à ses questions et ses angoisses. Mais la vérité n’est pas toujours bonne à dire et la vie de la petite en sera définitivement affectée.

C'est Sylire qui m'a donné envie de découvrir Marie Sizun dans ce billet.
D'autres avis sur ce livre chez Antigone, Stephie et Pimprenelle.

jeudi 22 décembre 2011

La confusion des peines


La confusion des peinesLaurence Tardieu
Stock (2011)

Tu ne veux pas que j’écrive ce livre. Tu me l’as dit. Tu me l’as demandé. Tu y avais pensé toute la nuit, toute la nuit, tu ne voulais pas. Ou, plus précisément, tu ne voulais pas que je l’écrive maintenant. Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. Voilà ce que tu m’as dit. (Page 11)
Son père le lui a demandé par téléphone et Laurence a dit oui, comme une fille bien élevée, soumise à l’autorité d’un père distant et silencieux. Et puis, sa conscience s’est débattue contre ce poids qui l’écrase depuis trop longtemps. A trente-sept ans, pour la première fois, Laurence a décidé de suivre son instinct, de prendre la parole face à son père, pour mieux reprendre son souffle.
En quelques mois, la cellule familiale a éclaté : le père, directeur d’une grande entreprise, a été condamné en appel à vingt-quatre mois de prison dont six mois ferme pour une affaire de corruption sur l’île de La Réunion. La mère a appris qu’elle était atteinte d’une tumeur au cerveau et elle est morte quelques mois plus tard. C’est de ce bouleversement total de sa vie dont Laurence a besoin de parler, ce sont les mois et les années de silence qui ont suivi qu’elle veut revisiter, pour comprendre qui est son père, pour lui dire ce qu’elle n’a jamais pu exprimer et pour s’affirmer enfin comme un individu libre de sa parole et de sa plume.

Même si ce livre est publié en tant que roman, il y a peu d’ambiguïté sur la part personnelle qu’y a mis l’auteur. C’est un témoignage très fort, émouvant et  nécessaire. Mais si l’on met de côté l’histoire particulière qui est racontée ici, c’est encore une fois le chemin difficile d’une jeune femme vers l’âge adulte, le vrai, celui où on s’autorise à vivre la vie que l’on se choisit, sans s’encombrer des fardeaux du passé et des limites imposées par les parents et un milieu social trop policé.

Les relations mères-filles ont fait l’objet de nombreux romans et essais. Pour ma part, depuis quelques mois, je m’aperçois que mes lectures m’ont souvent amenée vers des romans qui mettent en scène des filles et des pères. J’ai parcouru des histoires différentes, j’ai découvert des pères avec des personnalités variées et des filles qui peinent à se libérer de l’emprise paternelle mais qui y arrivent, chacune à sa façon, toujours douloureuse, mais finalement en sortent grandies et apaisées.

Mes lectures à retrouver ici.

D'autres avis sur ce livre chez Clara, Emeraude, Antigone, Laure et Noann.



mercredi 28 septembre 2011

La fille de son père



La fille de son père - Anne Berest
Editions du Seuil (2010)


Trois sœurs se rendent en voiture à Epernay, dans la maison de leur enfance où vit leur père, Albert, avec Catherine, sa compagne, pour fêter l’anniversaire d’Irène, l’ainée. Leur mère, Martine, est morte de maladie, il y bien longtemps et les trois sœurs ont vécu avec leur père. Ce n’est qu’après le départ de la maison de Charlie, la benjamine, que Catherine est venue s’installer à demeure, sans pour cela être complètement acceptée par le trio. 
Encore une fois, ce repas de famille va se transformer en règlement de compte et Catherine, excédée face à l’agressivité d’Irène, va laisser échapper que l’une des trois n’est pas la fille d’Albert. Sainte Martine aurait eu un autre homme dans sa vie.  Plus tard, le père nie les accusations et les met sur le compte de la colère. Mais, une altercation entre lui et Irène conforte celle-ci dans sa certitude d’être la fille adultérine et la lance sur les traces de cet autre homme qui serait son vrai père.

J’ai été touchée par ce premier roman d’Anne Berest. Sans doute par ce qu’il évoque les relations de trois sœurs avec leur père et leurs réactions face à la compagne de celui-ci, et que j’y ai reconnu certains épisodes de mon histoire familiale. 
Chacune des filles perçoit différemment la présence de cette femme, selon la place qu’a tenue la mère dans la vie de chacune. L’ainée est bien évidemment la plus braquée contre celle qui a pris la place d’une autre et c’est elle qui mène l'attaque. La narratrice est plus observatrice, elle qui avait six ans à la mort de la mère mais elle reste neutre face aux excès de sa sœur. Mais moins aveuglée par le ressentiment, c’est elle qui saura découvrir la vérité sur cette filiation contestée.

J’ai bien aimé les récits de l’enfance, les complicités passées et les souvenirs qui reviennent à la surface à l’occasion des retrouvailles, après une période où les trois sœurs s’étaient éloignées les unes des autres.

Mais, c’est peut-être un défaut de premier roman, j’ai regretté que beaucoup de pistes soient lancées dans ce livre et pas suffisamment exploitées. Ainsi, le comportement de la benjamine reste flou. Lors du repas où se déclenchent les hostilités, elle est venu avec un jeune homme qu’elle a rencontré par hasard devant sa porte et l’a laissé filer ensuite au retour en ville. Les raisons de cette attitude sont restées mystérieuses pour moi, je suis peut-être passée à côté de quelque chose ?
D’autre part, l’histoire est racontée par la cadette dix ans après ce fameux repas, alors qu’elle a compris assez vite la vérité sur la filiation de l’une d’entre elles. Mais on ne saura rien de l’impact de cette découverte sur leur parcours, ni sur les relations familiales par la suite. En cela, je suis restée sur ma faim et j’aurai  aimé que certains épisodes soient davantage développés.  

Malgré ces légères critiques, j’ai passé un bon moment avec ce livre, trop court à mon goût et j’attends le prochain roman d’Anne Berest avec un à priori très favorable.

Je repense aux mots de Catherine. Les trois sœurs. Nous sommes des hyènes. C’est elle qui le dit. Nous ne sommes que trois, mais c’est comme si nous étions une armée face à elle. Des hyènes riant à pleine bouche. Gueules grandes ouvertes. Et je nous revois petites. Nous courons en criant, nos corps tatoués d’hologrammes. Tout est grave et fluorescent au bout de nos pailles magiques. On brûle le duvet blanc de nos jambes. Nous rions. Mais est-ce que nous rions comme des hyènes ? Pour la première fois, j’ai honte de nous, lorsque je vois Catherine devenir folle à force de se battre depuis toutes ces années contre le fantôme de notre mère. (page 45)

Je la regarde ma petite sœur, assise à côté de moi dans la voiture, et sonde ce qui reste de moi en elle ; ce qui demeure de notre passion enfantine. Je cherche. Et je ne trouve pas. Il ne resterait rien de notre dépendance naturelle. Je me demande à quel moment la vassalité s’est dissipée et laquelle de nous deux a initié le changement. Notre situation aujourd’hui est embarrassante, propre à celle des amants dont l’amour s’est éteint et qui s’en excusent l’un l’autre : pardon de ne plus t’aimer aveuglément ; pardon de ne plus te trouver si indispensable que ma vie en dépende ; pardon de me désintéresser de toi pour regarder ailleurs, vers ceux qui me ressemblent plus que toi aujourd’hui ; pardon de me demander quel charme me prenait si fort en te voyant, que je voulais que tu m’appartiennes. Où tout cela est-il passé ? Notre amour a été remplacé par d’autres gens, des hommes s’y sont substitués. (page 19)
 La fiche du livre sur le site des éditions du Seuil, qui permet d'en lire un extrait et propose une vidéo de l'auteur.

D'autres avis sur Babelio.
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samedi 19 mars 2011

Numéro Six

Numero Six - Véronique Olmi
Actes Sud (2002)

Fanny est le sixième enfant de la famille Delbast, née dix ans après le cinquième et vingt ans après l'ainé. Acceptée, bien sûr, mais comment faire autrement, dans cette famille bourgeoise et catholique ? 
Souvent laissée à la garde de la bonne espagnole, Fanny a tout fait pour attirer l'attention de son père, allant jusqu'à feindre la maladie pendant un an, pour qu'il la soigne. Mais le Dr Delbast a préféré faire appel à un confrère. 
Depuis la mort de la mère, le père est en maison de retraite, près de chez Fanny et c'est elle qui prend soin de lui, qui lui rend visite, qui l'amène chez elle. Alors qu'elle aborde la cinquantaine, l'âge qu'il avait à sa naissance, Fanny s'adresse à son père, déroule sa propre enfance et tente de le comprendre en lisant les lettres qu'il a adressées à ses parents pendant la Grande Guerre.

Quelques semaines après la lecture du livre de Nelly Alard, "Le crieur de nuit", c'est de nouveau une plongée dans une enfance racontée par une fille à son père. Ici, ce n'est pas à la haine et à la folie qu'est confrontée l'héroïne, mais à l'indifférence et au silence. Le père est encore en vie, mais si peu, centenaire, déjà absent et incapable de répondre à la demande d'amour de sa fille qui n'a pas perdu espoir.
Un très beau texte, très émouvant et également plein d'enseignements pour moi, qui suit une aînée parfois enviée.

Un extrait (page 45) :
Moi, je t'ai vu souvent faire ta valise. Tu partais avec Maman. Je restais avec Maria.
Tu parfumais tes mouchoirs à l'eau de lavande avant de les plier soigneusement et de les glisser dans ta valise. Vos escapades sentaient l'eau de lavande et la cire d'abeille : vous partis, Maria cirait les parquets. Elle profitait de ce que les pièces soient vides. Quand je cire mes meubles, mon coeur se serre. Vous me manquez. J'ai l'impression que je vais vous dire au revoir à maman et à toi.
Vous ne me disiez pas au revoir. Vous me laissiez à la bonne.

L'avis de Clara et la critique de Pascal Paillardet dans  Le Matricule des Anges.
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lundi 28 février 2011

Le crieur de nuit

Le crieur de nuit - Nelly Alard
Gallimard (2010) - Collection blanche.


Le père de Sophie vient de mourir, après de longues années de maladie de Parkinson. Un soulagement pour sa femme, qui l'a soutenu pendant ce long calvaire, et pour ses enfants, qui voient disparaitre enfin un père tyrannique et autoritaire qui a gâché leur enfance. Pour la dernière fois, et peut-être la première, Sophie s'adresse à son père et raconte les moments passés, les souvenirs d'enfance, les brimades et les humiliations, tandis qu'elle effectue, avec sa mère et sa soeur, les multiples tâches pour préparer les obsèques.Au fil des années, la fillette apeurée et l'adolescente perdue ont fait place, après bien des errances, à une jeune femme plus affirmée, qui a fondé une famille, et qui est capable de refermer la porte de l'enfance et de vivre sereinement.

J'ai lu ce livre de Nelly Alard il y a quelques mois et je l'ai beaucoup aimé même si je trouve difficile d'en parler. Le sujet est grave mais traité sans pathos. L'époque et l'environnement me sont familiers : le Nord-Finistère et la ville de Brest, le lycée de Kérichen, ainsi que d'autres éléments de l'enfance de la narratrice : des grands-parents aimants et attentifs, un père au bord de la folie, source d'incompréhension et d'appréhension, mais aussi des relations fraternelles qui compensent une vie de famille recroquevillée sur elle-même.

Le titre du livre, Le crieur de nuit, est tiré de l'oeuvre d'Anatole Le Braz, La légende de la mort chez les Bretons armoricains, dont Nelly Alard intercale de nombreux extraits dans son histoire, comme des pauses bienvenues lorsque raconter devient difficile, pour adoucir le souvenir d'évènements encore douloureux.

Mais la narratrice est pourtant très lucide et pleine d'humour, elle ne s'apitoie pas, sa mère et ses frère et soeur non plus. Ils sont tous bien conscients qu'ils ont vécu une vie bizarre au côté de ce père pas comme les autres.
La mère s'est dévouée, a sacrifié son indépendance, mais a gardé sa joie de vivre et son espérance. Les enfants ont fui, comme ils ont pu, ils se sont construits et ont recréé des cellules familiales conformes à leurs souhaits.

Un livre libérateur, sans doute, pour son auteur, et plein d'amour et d'envie de vivre, en même temps une source de réflexion sur les relations familiales et sur la mort. A mon avis, une réussite à découvrir.

Les avis de Sylire, Clara, Mango, Mirontaine et Cécile.
Une interview de l'auteur sur le site de Dialogues.
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lundi 27 octobre 2008

La réconciliation

La réconciliation - Anne-Constance Vigier
Editions Joëlle Losfeld - 2008

La narratrice, la quarantaine, traductrice, élève seule ses deux jumeaux adolescents. Alors qu'ils partent sans elle en vacances au Sénégal, elle est contrainte d'héberger son père qui vient passer une série d'examens médicaux dans l'hôpital en face de chez elle.
Cette visite contrarie ses projets. En effet, la jeune femme espérait profiter de sa solitude pour avancer dans une traduction qu'elle a des difficultés à aborder. Puis elle lui cause beaucoup d'appréhension. Face à son père, elle se sent toujours l'adolescente qu'elle était, confrontée à un homme tyrannique et hargneux, imposant sa loi à toute la famille.
En réalité, lors de ce séjour, elle se retrouve face à un homme vieilli et affaibli, diminué dans sa superbe passée par l'incertitude sur son état de santé.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture, sans doute parce que les appréhensions de la narratrice me sont familières. Comment affronter à l'âge adulte des parents qu'on a craints, dont on a été contraint de subir l'autorité et les principes ? Et cela sans retomber dans les révoltes adolescentes ou sombrer dans la déprime paralysante ?

La réconciliation du titre arrivera bien. A défaut de s'exercer vis à vis du père, c'est avec elle-même que la narratrice fait la paix. Sans heurts, elle réussit à s'affirmer face à ses parents et à les replacer dans leurs responsabilités, même si sur l'instant, elle a l'impression de fuir lâchement.


En résumé, un livre court (139 pages) qui a suscité chez moi beaucoup de réflexions.


Un extrait :
"Il ne faudrait pas que vous soyez en retard, dis-je en faisant semblant de regarder ma montre, et ils se levèrent pesamment comme si je leur avais donné l'ordre de disparaître de ma vue, sur l'épaule de mon père la bandoulière de son sac que je lui avais demandé de prendre en quittant l'appartement et j'eus brusquement honte. Je t'appelle, me glissa ma mère en m'embrassant, j'évitai à nouveau de laisser mes joues toucher celles de mon père, je ne regardai ni l'un ni l'autre s'éloigner vers l'hôpital."