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samedi 25 février 2023

Z comme zombie

 Z comme zombie - Iegor Gran

P.O.L (2022)

Dès le début, Iegor Gran nous prévient :

Les transes zombies retranscrites ici, aussi démentes qu’elles paraissent, sont absolument avérées. Rien n’a été exagéré et beaucoup a été omis. Certes, « tous les Russes ne sont pas comme ça », comme le clame la sagesse du bistrot de gare – à laquelle je souscris volontiers. Il n’empêche. La mutation de la Russie en un Zombieland toxique est ce qui a rendu la guerre possible. Il s’agit maintenant de comprendre les rouages de cette folie, ou, à défaut, de s’en approcher, pour pouvoir nous en prévenir, et, éventuellement, soigner les sujets atteints.

 

C’est ainsi que commence ce livre, un pamphlet assumé contre une partie de la population russe, composée de ceux que Iegor Gran nomme les zombies. 

Ceux qui n’ont jamais digéré la fin de L’URSS, ceux qui rêvent à un retour de la Grande Russie. Ceux qui nient la réalité, ceux qui accusent l’Ukraine de se bombarder elle-même, ceux qui voient avec fierté leur enfant partir combattre et qui sont tout aussi fiers quand il revient dans un cercueil. Encore ont-ils la chance de récupérer un cadavre, car beaucoup de corps de soldats russes ont été abandonnés sur les champs de batailles.
Z comme zombie mais aussi comme cette lettre peinte sur les chars russes, les véhicules militaires, les bâtiments en signe de soutien à l’armée Russe ou alors comme une menace sur les portes de ceux qui ne manifestent pas suffisamment leur soutien, ou qui ont eu le courage de dire leur désaccord.
 

D’où vient ce sentiment de supériorité de certains, cette « certitude qu’ils ont été désignés par quelque puissance divine pour accomplir de grandioses et tragiques desseins » ? L’auteur l’explique en convoquant les grands auteurs russes, et Pouchkine en particulier. Il montre aussi que ces russes ne reconnaissent que la violence, la domination, considérant toute indulgence à leur égard comme une faiblesse dont il faut tirer profit, comme une raison d’écraser l’autre.
 

Iegor Gran rapporte aussi l’influence de la télévision, surnommée la Zombocaisse, et nous livre quelques fake news, qui feraient sourire si elles n’avaient pas des conséquences aussi dramatiques.
 

Alors, oui, c’est un livre qu’il faut lire de toute urgence pour comprendre les sources de l’attaque en Ukraine, mais c’est un livre qui donne aussi la nausée, qui fait peur, face à la bêtise humaine, l’ignorance et l’inhumanité.
 

Un exemple de propagande à la télévision :

Ou bien : des agents subversifs ukrainiens ont tartiné des faux billets de banque avec une mélasse à haute teneur en bacilles de Koch. Puis ils ont distribué ces billets à des enfants à la sortie des écoles dans les environs de Slovianoserbsk, en territoire indépendantiste de l’est, dans le but de lancer une épidémie de tuberculose. (page 68-69)
D'autres avis sur Babelio.

dimanche 9 septembre 2018

Et toujours elle m'écrivait

Et toujours elle m’écrivait – Jean-Marc Savoye


Avec le regard de Philippe Grimbert
Albin Michel (2017)

C’est une émission sur France-Inter qui m’a incitée à lire ce récit que fait Jean-Marc Savoye de sa psychanalyse, qui a duré une quinzaine d’années, en trois fois et qui lui a permis de sortir de ses névroses, de son incapacité à s’engager auprès d’une femme et à prendre le contrôle de sa vie.
Originalité de ce récit, les commentaires de Philippe Grimbert, qui fut son troisième psychanalyste, viennent enrichir le texte, expliquer et compléter ce que l’auteur a appris sur lui-même et la façon dont il a vécu son analyse.

Je ne rentrerai pas dans les détails de ce récit qui se lit aussi facilement qu’un roman. Je veux juste conseiller cette lecture passionnante, émouvante, où l’on peut trouver des clés pour se comprendre soi-même. Il est très intéressant de voir la progression de l’auteur, au fur et à mesure qu’il se raconte, de découvrir comment des épisodes de l’enfance peuvent expliquer des souffrances de l’adulte, comment la place dans la famille peut expliquer des comportements, révéler des secrets.

Personnellement, en vieillissant, j’ai pris conscience de certaines choses venant de l’enfance qui expliquent mon attitude face à certains évènements. Je me dis, à la lecture de ce livre, que j’aurais peut-être compris plus vite si j’avais consulté un professionnel et ça m’aurait sans doute aidée dans l’éducation de mes enfants !

Extrait p118-119 :
Fédida vous accueillait avec une réelle chaleur dans son cabinet qui n’était autre que son appartement. Le rituel était toujours le même. De son interphone, il ouvrait la porte du bas, puis au moment où l’on arrivait devant chez lui, au premier étage, sa porte s’ouvrait comme par enchantement, sans même que l’on ait besoin de sonner. Il se tenait devant et vous accueillait avec autant de simplicité que de gentillesse. On n’attendait jamais, on ne croisait jamais personne. À la fin de la séance, il vous raccompagnait jusqu’à la porte, qu’il gardait ouverte aussi longtemps que vous étiez à portée de vue. Ce détail m’a toujours surpris. Il y avait dans cette attitude la volonté de signifier au patient que l’analyste l’accompagnait aussi loin qu’il le pouvait dans sa vie, sans pour autant sortir de son territoire. Je vivais cela comme une forme d’encouragement ; je me disais que j’aurais toujours un endroit où me rendre, un interlocuteur à qui parler si j’en éprouvais le besoin.