Sublime Royaume - Yaa Gyasi
Calmann-Lévy (2020)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Damour
Tout est parti d’un billet de MHF à propos du précédent roman de Yaa Gyasi, No home. Ce livre lui avait plu, il y est question d’esclavage et de suivi du destin de deux femmes et de leurs descendants sur huit générations. Il a obtenu le prix des lecteurs du livre de poche. MHF terminait son billet en citant un autre livre de Yaa Gyasi, Sublime royaume.
Comme souvent, quand MHF a aimé un livre et que le thème m’intéresse, je regarde s’il est présent dans l’une des deux médiathèques auxquelles je suis abonnée. Pas de chance, No home n’est au catalogue d’aucune des deux mais Sublime royaume est dans celle qui est proche de chez moi. Je l’ai donc emprunté.
Première remarque : je suis sûre que je n’aurais jamais choisi ce livre de mon propre chef, à cause de sa couverture colorée, verte et rose, j’aurais imaginé à tort qu’il s’agissait d’une romance ou de chick-litt ! Comme quoi on peut facilement passer à côté d’une pépite quand on se laisse aller à ses préjugés stupides !!
Toujours à propos de la couverture : elle résume parfaitement plusieurs thèmes du roman, le basket que pratique à bon niveau le frère de l’héroïne, le pavot dont il consomme abondamment les dérivés, le nuage du Sublime Royaume qui peut évoquer l’église pentecôtiste que fréquente la mère de l’héroïne et qui tient une grande place dans l’histoire.
J’ai terminé ce livre il y a plusieurs semaines, je l’ai beaucoup aimé et j’ai du mal à en parler en restant succincte.
Voici le résumé qui figure sur la quatrième de couverture :
Gifty, américaine d’origine ghanéenne, est une jeune chercheuse en neurologie qui consacre sa vie à ses souris de laboratoire. Mais du jour au lendemain, elle doit accueillir chez elle sa mère, très croyante, qui n’est plus que l’ombre d’elle-même et reste enfermée dans sa chambre. Au fil de souvenirs d’enfance émouvants, Gifty s’interroge sur sa passion pour la science si opposée aux croyances de sa mère et de ses ancêtres. Sublime Royaume raconte les difficultés d’avoir la peau noire en Amérique, et le choc des générations au sein d’une famille issue de l’immigration.
Un deuxième roman qui confirme le talent de Yaa Gyasi dont la plume si subtile prend toujours une force incroyable.
Ce qui m’a accrochée dans ce roman, c’est la façon dont Gifty parle de ses expériences de laboratoire. Elle étudie les mécanismes de la récompense pour décrypter les raisons de l’addiction. On comprend vite que ce sont les problèmes de drogue de son frère qui l’ont conduite à choisir ce sujet de recherche.
L’arrivée de sa mère chez elle et son comportement dépressif lui font revivre un épisode qu’elle a déjà dû surmonter à l’âge de dix ans quand elle s’est trouvée seule face au premier effondrement de sa mère dans des circonstances dramatiques.
Le récit fait appel à de nombreux flashbacks qui permettent de comprendre l’histoire familiale et l’évolution de Gifty par rapport à la religion de sa mère. Ça, c’est un point qui aurait pu me rebuter dans cette histoire car c’est un sujet qui m’intéresse peu à titre personnel et il tient une grande place dans le roman. Néanmoins, j’ai réussi à laisser mes convictions de côté car le parcours spirituel de Gifty est essentiel à la construction de sa personnalité et à la recherche de sa place à la fois dans la société américaine et dans son histoire familiale. Je crois que j’ai apprécié le fait qu’elle s’interroge, qu’elle mette en parallèle ses doutes spirituels et son expérience scientifique.
Il est aussi question de racisme dans cette histoire mais son évocation est très subtile, à peine suggérée. La mère de Gifty est une immigrée ghanéenne, pas une descendante d'esclaves et cela fait toute la différence. Comme la religion est tout pour elle, elle ne se sent pas différente des autres membres de son église. C'est davantage Gifty qui ressent le racisme dans les regards, dans l'attitude des membres de la communauté.
Bref, un roman que je recommande, d’autant que ce n’est pas tous les jours que l’on peut découvrir une autrice d’origine ghanéenne. Elle a été invitée en 2017 au festival Étonnants Voyageurs, dont le site permet d’en savoir un peu plus sur elle.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire