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samedi 2 mai 2026

Loin de chez moi

Loin de chez moi – Maryse Burgot 

Fayard (2024) 

Le sous-titre de ce livre, Grand reporter et fille de paysans, décrit précisément le parcours de Maryse Burgot, née en Ille-et-Vilaine dans une famille d’agriculteurs bretons et devenue une habituée du petit écran, souvent vêtue d’un gilet pare-balles et coiffée d’un casque de protection. Nous l’avons vue dans toutes les régions du monde, sur toutes les zones de conflits, rendant compte à l’écran de ce qu’elle a vu, racontant les tenants et aboutissants de guerres ou de catastrophes naturelles et nous en expliquant les conséquences dramatiques pour les populations civiles.

Dans ce livre passionnant, elle commence par l’enlèvement dont elle fut victime aux Philippines à l’été 2000, à Jolo, en compagnie d’un cameraman et d’un preneur de son et on comprend qu’elle souhaite évacuer tout de suite cet épisode pour ne plus y revenir, car elle ne veut pas être définitivement cataloguée dans le rôle d’otage. Elle évoque ensuite deux missions qui l’ont particulièrement marquée, à Haïti en 2010 après un séisme puis la guerre en Ukraine depuis 2022.

Elle reprend ensuite le cours chronologique de sa vie, son enfance en Bretagne, ses études de journalisme et les multiples reportages qui l’ont amenée en Inde, au Kosovo, sur des lieux touchés par le terrorisme, en Iran, en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Elle a aussi été correspondante de France Télévisions à Londres et à Washington et aussi à l’Élysée sous la présidence de François Hollande. En 2020, elle a couvert la pandémie du Covid et depuis 2023, elle est de nouveau affectée à l’actualité du Moyen-Orient et au conflit israélo-palestinien.

Elle évoque également sa vie de mère, elle a deux garçons, et parle très bien de ses doutes, de la culpabilité qu’elle ressentait quand elle devait les laisser pour partir à l’autre bout du monde. Elle a tout à fait conscience des dangers de son métier mais l’envie de témoigner est plus forte que la peur.

C’est un livre que j’ai lu avec un grand intérêt car il m’a permis de replonger dans des évènements qui ont fait l’actualité des trente-cinq dernières années, des guerres que j’avais oubliées, des catastrophes naturelles ou sanitaires qui se répètent et où on a l’impression que les mêmes erreurs se produisent, comme si on n’avait rien appris des précédentes.

Une femme titube de peur, d'angoisse. Elle est soutenue par un bénévole. Il tente de la rassurer, lui dit qu'il l'emmène loin d'ici, que tout va bien aller. Une autre attaque de mortier précipite bénévoles et journalistes sous un escalier pour chercher un peu de protection. Je me dis que j'ai déjà vécu cette scène. Exactement la même chose, mais dans un autre pays. Un mois auparavant, j'étais en Ukraine et les protagonistes de notre reportage étaient semblables : des bénévoles risquant leurs vies pour sauver des personnes âgées. Des vieillards, des femmes penchées par le poids des années qu'il faut convaincre de quitter leur maison. C'est le même arrachement, le même exil intérieur, la même tristesse infinie. L'Ukraine, Israël, et bientôt Gaza sous le feu permanent de Tsahal, l'armée israélienne. Des hommes, des femmes, des milliers d'enfants sont au milieu du carnage, et nous sommes submergés par notre impuissance. Celle des journalistes filmant à l'infini les mêmes calamités, celle aussi de la communauté internationale, de l'ONU, incapables d'empêcher les massacres de civils. Mais à aucun moment je ne me dis que je ne devrais pas être là. Il faut rendre compte de cette histoire qui se répète. (page 316, octobre 2023) 

Ce livre vient d’être réédité au Livre de Poche et Maryse Burgot était invitée sur le plateau de la Grande Librairie le 4 mars 2026, la séquence est à voir ici.

 

 

dimanche 28 décembre 2025

L'enlèvement

L’enlèvement – Grégoire Kauffmann 

Flammarion (2023) 

Le 22 mai 1985, Jean-Paul Kauffmann, journaliste à L’Évènement du Jeudi, arrive à Beyrouth. Dans le même avion, se trouvait Michel Seurat, sociologue et chercheur au CNRS. Les deux hommes n’arriveront jamais à leur hôtel, ils ont été enlevés par une organisation terroriste. Michel Seurat mourra en captivité. Jean-Paul Kauffmann sera libéré le 4 mai 1988 en compagnie de deux fonctionnaires français, Marcel Carton et Marcel Fontaine qui avaient été enlevés deux mois avant le journaliste.
En France, Joëlle Brunerie, gynécologue et militante féministe, épouse de Jean-Paul Kauffmann, va mobiliser les médias pour sensibiliser l’opinion publique et tenter d’accélérer la libération des otages.
En 2018, Grégoire Kauffmann, leur fils ainé, qui avait onze ans au moment de l’enlèvement de son père, remet au jour les archives de l’affaire, stockées depuis longtemps dans leur maison de campagne. Il découvre alors des milliers de documents, des lettres reçues par sa mère, les papiers des comités de soutien qui s’étaient constitués à l’époque, des affiches appelant à des actions, des dossiers de presse, des notes, des brouillons, des cahiers de permanence.
 

 Cet amas de papiers raconte la métamorphose d’une société, un basculement inédit dans l’histoire politique et culturelle du dernier XXe siècle (sic). (page 19)

 Dans les mois qui suivent, l’idée va cheminer en moi d’un récit qui prendrait ces documents comme fil rouge afin de revisiter les eighties. (page 19)

La captivité de Jean-Paul Kauffmann et des autres otages, c’est un évènement dont je me souviens bien. Je me rappelle voir leurs photos s’afficher tous les soirs à 20h au journal d’Antenne 2. Je me souviens aussi du mouvement de surprise du journaliste à son arrivée à Villacoublay face à son fils Grégoire.
 

J’ai été passionnée par ce texte de Grégoire Kauffmann, j’ai découvert des éléments que j’ignorais, des manigances politiciennes qui ne devraient pas exister quand des vies sont en jeu. Grâce à son enquête, on comprend aussi la difficulté à régler ces affaires d’otages dans des relations internationales complexes et c’est malheureusement encore un sujet d’actualité. 
 

Ce livre, c’est aussi le bel hommage que Grégoire Kauffmann rend à sa mère, à son courage et sa combativité. Des qualités qu’elle a exprimées dans son parcours professionnel dans d’autres domaines tout aussi importants. Une femme inspirante…

Lire un extrait sur le site de l'éditeur.
 

dimanche 7 février 2021

Wuhan, ville close

Wuhan, ville close – Fang Fang

Éditions Stock (2020) collection la cosmopolite
Traduit du chinois par Frédéric Dalléas et Geneviève Imbot-Bichet 

 
Une femme chinoise, Fang Fang, 65 ans, décide de tenir son journal de confinement. Elle est écrivain, vit seule à Wuhan et veut simplement prendre des notes de son quotidien, pour s’en souvenir plus tard. Ce sont ces notes, sur soixante jours, qui constitue le corps de ce livre. 

C’est un témoignage passionnant sur la pandémie, sur une autre façon que la nôtre de la vivre, dans la ville où tout a commencé. Bien sûr, on y retrouve des éléments familiers, entre autres l’incertitude sur ce qui va se passer, les complications de la vie quotidienne, l’isolement, la crainte pour les proches et les amis, le chagrin à l’annonce des décès, l’utilisation des réseaux sociaux. Mais tout cela se déroule dans un environnement complètement différent du nôtre. Les billets quotidiens de Fang Fang nous font découvrir des aspects de la vie chinoise que nous ne connaissons pas, l’organisation de la solidarité dans les quartiers, les aléas de la publication sur les réseaux sociaux, la censure.

À la lecture, ce journal peut sembler parfois répétitif mais il faut comprendre les conditions dans lesquelles il a été rédigé. Fang Fang raconte comment ses billets sont fréquemment supprimés du média où elle les met en ligne. Parfois, ses amis ont le temps de les transmettre avant leur suppression, mais elle ne sait jamais vraiment quelle audience elle a touchée. C'est pour cette raison qu'elle répète souvent ses préoccupations, en particulier celle de demander des comptes aux experts qui ont fait perdre un temps précieux à la Chine et au monde entier en déclarant pendant les premières semaines de l’épidémie que le coronavirus n’était pas transmissible entre humains. Fang Fang est très véhémente sur le sujet, elle insiste sur la responsabilité des experts et des autorités qui n’ont pas pris les mesures nécessaires pour protéger les personnels médicaux.  Elle s’étonne que les experts fautifs ne s’excusent pas, que les responsables qui ont failli ne démissionnent pas. 

Fang Fang est très avide d’information, elle cherche à être objective, elle réagit à des faits, à des éléments chiffrés confirmés, elle a un sens critique affirmé. Elle exprime souvent une grande confiance envers le gouvernement, ce qui peut surprendre et paraître naïf. Je me suis dit que c’était peut-être pour éviter la censure mais j’ai souvent eu l’impression qu’elle était sincère et que cette confiance était le résultat d’un mode de fonctionnement de l’état complètement différent du nôtre, un système où tout est organisé du sommet vers la base et où il y a peu de place pour l’initiative individuelle.  

Dans les dernières semaines du confinement, les billets de Fang Fang sont violemment critiqués par des contradicteurs issus de l’ultra-gauche nationaliste. Elle démonte vaillamment les attaques, ne se laisse pas intimider et continue son journal jusqu’à la fin du confinement de la ville.

Mi-janvier, sur France-Inter et sur France-Culture, plusieurs émissions ont évoqué la personne de Fang Fang et sa situation. La publication de son livre dans de nombreux pays étrangers a été très mal perçue en Chine, l'écrivaine ne peut plus s'exprimer de vive voix dans son pays ni même à l'étranger, elle n'est plus invitée dans les manifestations littéraires. Raison de plus pour s'intéresser à son travail et à son œuvre. Lorsque j'ai appris que des experts de l'OMS arrivaient à Wuhan pour enquêter sur l'origine de la pandémie, j'ai pensé à Fang Fang et à son insistance pour faire toute la lumière sur l'affaire

Un extrait de son billet du 2 février 2020 (page 58) :

Sous la pluie, les malades qui errent à la recherche d'une place en hôpital ont l'air encore plus misérable. Tout est, malgré tout, relativement ordonné, nous ne manquons pas de grand-chose. Ce n'est pas le purgatoire comme certains l'imaginent. La ville est calme, belle, et majestueuse. Mais que l'un des vôtres tombe malade, et c'est la catastrophe. C'est quand même une maladie contagieuse. Et les ressources hospitalières sont limitées. Les gens savent que même les proches du personnel médical, à moins d'être gravement atteints par le virus, ne peuvent pas être hospitalisés. Nous sommes actuellement dans ce que les experts estiment être la période de flambée épidémique. On s'attend à des informations toujours plus sombres. La vidéo la plus dure que j'ai vue aujourd'hui est celle de cette fille qui pleure à côté d'un fourgon funéraire. Sa mère est morte, le corps est emporté dans la voiture, elle ne pourra pas assister à l'enterrement. Peut-être ne saura-t-elle jamais où se trouvent ses cendres. En Chine où la tradition veut que l'on fasse peu de cas de la vie mais que l'on respecte la mort, c'est probablement la plus grande douleur.

samedi 22 février 2020

Post-scriptum

Post-scriptum - Jane Birkin

Post-scriptum – Jane Birkin

Journal 1982-2013

Fayard (2019)

Deuxième tome des extraits du journal de Jane Birkin, traduits de l’anglais et annotés par l’auteur de 2016 à 2019.

Ce deuxième volume commence à la naissance de Lou Doillon et se termine le jour du décès de Kate Barry. Dans la courte postface, Jane indique qu’elle n’a plus écrit dans son journal après ce drame.

Il y a encore, comme dans le premier tome, la joie de vivre, l’insouciance et toujours la culpabilité de Jane qui ne sent jamais à la hauteur, qui doute toujours d’elle, en particulier vis-à-vis de ses filles.  
Au fur et à mesure des pages, on l’accompagne dans sa vie trépidante de chanteuse et de comédienne, les absences de la maison pour cause de tournée ou de film dont elle souffre beaucoup lorsqu’elle est éloignée de ses filles. On rit souvent au récit d’expériences fantasques ou de situations cocasses qui ont l’air d’être sa spécialité !

À côté de cette vie extraordinaire, ces extraits de journal et les commentaires plus récents de Jane montrent qu’en dépit de ses succès, elle est confrontée, comme tout un chacun, aux épreuves de l’existence. Et là, comme tout le monde, il faut encaisser, s’angoisser, souffrir, faire face, et les occasions ne manquent pas. Sa vie avec Jacques Doillon n’est pas un long fleuve tranquille et elle doit affronter l’adolescence difficile de Kate, les décès de Serge Gainsbourg et de son père à quelques jours d’écart, le chagrin de Charlotte. Puis vient le temps des engagements - guerre en Bosnie, soutien aux sans-papiers, qui lui apporte une certaine maturité et la sort de l’image qu’elle renvoyait auparavant. On perçoit aussi son évolution par rapport à la chanson, la reconnaissance qu’elle éprouve vis-à-vis de Gainsbourg et le rôle qu’elle veut tenir dans la continuité de son œuvre. Avec le temps qui passe, elle a le courage de tenter de nouvelles expériences au théâtre, au cinéma. Elle chante d’autres chansons que celles de Gainsbourg. Et puis, vient la maladie contre laquelle elle se bat courageusement, à sa façon, toujours fantasque et comme sur un fil.

En conclusion, un récit émouvant, un parcours atypique que j’ai eu beaucoup de plaisir à lire car on revisite des évènements à travers la perception de Jane Birkin. C’est quelquefois très surprenant.

Pour finir, un extrait qui figure dans une lettre à Lou, écrite de Bosnie en 1995 (pages 213-214)
On part. Au revoir aux garçons. On traverse les champs. Il pleut sur Mostar, ville ravagée aux ruines misérables. Pas un toit, pas un mur sans vérole. Il pleut sur Mostar et c’est bien, le temps qu’il fait. Des cabanons et les gens marchent sans courir, ce n’est plus la guerre. Prise de mélancholie je ne croyais plus à la vie, alors j’ai cherché la guerre et là-bas j’ai appris, on m’a donné une généreuse leçon sur le fait de profiter de la vie. Là-bas, j’ai trouvé la paix, aussi étrange que ça puisse sembler. Survivre. Professeurs et étudiants avec cette envie de partager leur connaissance. Donner, donner, cette élégance, cet effort de dignité. J’ai eu peur, j’ai pleuré, pour moi, pas pour eux, c’était mesquin. Est-ce que cette situation d’urgence les a rendus plus beaux ? Est-ce qu’on pourrait plus ne plus s’habituer à la vie normale ? Chaque mouvement de doigt était urgent là-bas, panique, j’ai pensé à moi pour la première fois en six jours, le cœur en paix, le cœur s’emballe, une voiture chic, BMW, c’est fini, on est loin. Puis non, c’est pas vrai, j’ai sursauté quand une hirondelle a plongé devant nous, sur la route, qu’elle ne meure. Ce serait trop bête, je veux tenir à la vie, à l’hirondelle.

lundi 16 décembre 2019

Munkey Diaries

Munkey Diaries - Jane Birkin

Journal, 1957-1982
Fayard (2018)


Il y a bien longtemps que l’on sait que Jane Birkin n’est pas que cette grande perche anglaise, fofolle et fantasque, telle qu’elle apparaissait à la télévision dans les années soixante-dix, avec son panier en osier, son accent à couper au couteau et ses mines charmantes et faussement ingénues. Longtemps que les épreuves de la vie ont laissé entrevoir une femme plus profonde, plus complexe, une mère aimante et courageuse, une muse avec une cervelle et une sensibilité extrême.

Dans ce livre composé d’extraits de son journal intime de 1957 à 1982 et dans les commentaires qu’elle en fait, on découvre des aspects privés de sa vie, ceux qu’elle a choisi de publier : sa famille, son enfance, son adolescence et ses débuts au théâtre et au cinéma.
On revisite aussi ce que l'on croyait savoir d'elle, son mariage avec John Barry, la naissance de Kate, la séparation, son arrivée en France et la rencontre avec Serge Gainsbourg, leur vie commune, les enfants, les films et les chansons. Mais là, c'est elle qui a la parole et ça change tout.

Ce qui m’a frappée, c’est son manque de confiance en elle, le besoin d’amour qui la pousse vers des êtres parfois incapables de répondre à ses attentes.  Elle est souvent en pleine insécurité et fait toujours face, elle assume ses choix.

Aussi bien dans les extraits que dans ses commentaires, j’ai ressenti une force de vie intense, une soif de liberté qui est parfois bridée par les circonstances. On se doutait que sa vie avec Serge Gainsbourg n’avait pas dû être toujours simple, le livre le confirme. Mais j’ai été surprise, par exemple, de découvrir qu’elle ne se sentait pas vraiment chez elle dans la grande maison de la rue de Verneuil et qu’elle peinait à y avoir un endroit rien que pour elle.

J’ai été aussi frappée par sa grande culpabilité lorsqu’elle doit faire le choix de quitter Gainsbourg pour Jacques Doillon, on sent le dilemme où elle se trouve et la douleur qu’elle éprouve à l’idée de faire du mal à celui pour lequel elle dit toujours sa tendresse. Elle décrit très bien son soulagement qu’ils aient pu continuer leur collaboration artistique.

D’autres belles pages dans ce livre lorsqu’elle évoque ses filles, cela ne surprend pas, Jane Birkin a su, à mon avis, figurer un nouveau modèle de mère moderne, loin des images traditionnelles.
Voici ce qu’elle écrit dans son journal à sa fille Kate, le jour de ses 13 ans :
(…)Ma pauvre petite fille que j’aime, j’espère que je t’ai dit des choses rassurantes, que personne ne s’éloigne s’il n’en a pas envie, de ne pas troubler sa tête avec les responsabilités, de regarder Isabelle, 20 ans et gaie et jeune et toujours sans responsabilités, que personne ne change dans la nuit, demain ne sera pas différent d’aujourd’hui, chaque âge est un âge beau et nouveau, et de ne pas avoir peur, de me pardonner si parfois je n’étais pas non plus une mère parfaite, que pour moi aussi c’est une première fois et qu’elle pourrait se serrer contre moi quand elle voudrait, que je l’aime. Je l’ai bercée dans mes bras comme un bébé, elle qui s’est jetée dedans comme un oiseau effrayé et ma tendre Kate s’est endormie doucement comme quand elle avait un an. Voici comme rien ne change, les pauvres enfants ne changent pas. Peut-être par pudeur, nous, on change par crainte de les choquer, par respect de cet enfant qui devient jeune fille et on se trompe, elles ont autant besoin de nous qu’avant, mais elles aussi, par pudeur, n’approchent plus des bras qui pourtant de demandent que ça. (…) (page 318 - 8 avril 1980)

Un beau témoignage, tantôt pudique, tantôt impudique, qui met en évidence que derrière un mode de vie complètement éloigné du nôtre banal et anonyme, se vivent aussi des sentiments, des émotions semblables aux nôtres, dont on perçoit l’universalité.

Le deuxième tome du journal de Jane Bikin est paru, Post-scriptum, il couvre les années 1982 à 2013. Je sais qu’il est déjà à la médiathèque, je le lirai prochainement, j’ai déjà hâte !

Le joli billet de Books, moods and more sur ce livre.

lundi 2 avril 2018

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin - Daniela Strauss

Éditions Ulmer (2018)

J’ai reçu ce joli petit guide lors d’une des dernières opérations Masse Critique Babelio et je ne regrette absolument pas mon choix.

Le classement des oiseaux de nos jardins en fonction de leur taille est très judicieux. En effet, tout le monde sait reconnaître le merle, le moineau et la mésange bleue et sera donc capable de retrouver un oiseau dans ce guide, en le comparant avec les trois modèles de référence. Les photos des oiseaux sont de très bonne qualité, à taille réelle, et les indications supplémentaires sur l’habitat favori du volatile, ses habitudes et son chant seront de précieux renseignements.

J’ai appris aussi avec intérêt que plus les yeux d’un oiseau sont grands par rapport à sa taille, moins il a besoin de lumière et plus il commence à chanter tôt et à s’alimenter. Un critère de plus pour les identifier, à l’oreille cette fois.



Mon rêve serait d’apercevoir une fois ce jaseur boréal, oiseau des contrées nordiques qui migre quelquefois chez nous quand la nourriture vient à manquer dans son habitat familier. Il est beau, n’est-ce pas ?

 Merci à Babelio et aux éditions Ulmer pour ce joli guide.






mercredi 7 mars 2018

Gauguin « Ce malgré moi de sauvage »

Gauguin « Ce malgré moi de sauvage » - Françoise Cachin

Gallimard (1989) collection Découvertes

La lecture de cet ouvrage documentaire m'a aussitôt replongée dans l'ambiance de l'exposition Gauguin l'alchimiste que j'ai vu au Grand-Palais début janvier.

Peut-être aurais-je dû le lire avant de faire cette visite, tant ils sont complémentaires l'un et l'autre. J'aurais sans doute pu apprécier encore davantage l'exposition, en comprendre pleinement les richesses et les symboles.

Indépendamment de la visite, ce livre de Françoise Cachin vaut à lui seul le détour, tant il est richement illustré, de peintures, certes, mais aussi de dessins, sculptures, gravures et d'objets réalisés par Gauguin lui-même, ou bien qui l'ont inspiré. Toutes choses que l'on peut admirer dans l'exposition et qui participent à la découverte de l’œuvre de l'artiste, de sa vie et de ses inspirations.

L'ouvrage se termine par une cinquantaine de pages de témoignages et de documents, des lettres de Gauguin et de ses amis et connaissances, des photos, des extraits de son manuscrit Noa Noa, autant de preuves de l'art de Gauguin, de sa variété et de ses recherches.

Si vous n'avez pas eu la possibilité de visiter l'exposition au Grand-Palais, vous pouvez en découvrir quelques aspects ici et par une série de vidéos.

lundi 22 mars 2010

Si j'étais pohèteu

Boris Vian Si j'étais pohèteu - Marc Lapprand, Francois Roulmann
Découvertes Gallimard, n°544 (Avril 2009)


J'ai découvert Boris Vian grâce à la lecture de L'écume des jours, étudié en classe de seconde.
 J'avais été émerveillée par l'univers fabriqué par l'auteur dans ce roman , par ses inventions loufoques et la grande tendresse qui émanait de cette histoire.
J'ai ensuite enchaîné avec tous ses autres livres, je crois, y compris les titres publiés sous le pseudonyme de Vernon Sullivan.

Plus tard j'ai découvert les autres facettes de ce touche-à-tout de génie, aux multiples talents et à la personnalité attachante et dérangeante à la fois.
C'est donc avec un grand plaisir et une certaine nostalgie que je me suis plongée dans cet ouvrage de la collection Découvertes Gallimard, que j'apprécie toujours autant. Dans le cas présent, cette collection me paraît tout à fait indiquée pour une première approche des différents aspects de l'oeuvre foisonnante de Boris Vian. Grâce à sa richesse iconographique et documentaire, elle fait partager au lecteur le bouillonnement de ces années d'après-guerre et l'inventivité de cet auteur plein de ressources.

Bien sûr, maintenant, je n'ai qu'une envie, c'est de relire Boris Vian. Y retrouverai-je la même fraîcheur et le même enthousiasme ?
.

lundi 6 juillet 2009

Le monde selon Monsanto

Le monde selon Monsanto - Marie-Monique Robin
Nouvelle édition parue en Mars 2009 en version poche. Éditions La Découverte / Arte éditions.
Préface de Nicolas Hulot. Postface inédite de l'auteur.


Le sous-titre de cet ouvrage résume parfaitement son contenu : "De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien".

Marie-Monique Robin s'intéresse dans ce document à la société Monsanto, multinationale basée à Saint-Louis, Missouri et implantée dans quarante-six pays. Connue actuellement pour sa position dominante dans la commercialisation de semences transgéniques, Monsanto est présente dans l'industrie chimique depuis sa création en 1901 et s'est "illustrée" dans la production de nombreuses substances controversées : les PCB, la dioxine, l'hormone de croissance bovine puis un herbicide bien connu qui détruit tout sur son passage sauf les espèces transgéniques conçues pour y résister. L'auteur dénonce les méthodes utilisées par l'entreprise pour imposer ses produits, bâcler les études d'impact, masquer les mauvais résultats ou les falsifier.
A propos des OGM, elle met en évidence la stratégie de Monsanto pour prendre le contrôle de l'agriculture mondiale, sous couvert de "nourrir l'humanité".

Si je devais utiliser un seul adjectif pour qualifier mon impression suite à cette lecture qui m'a passionnée, ce serait : terrifiant !

Et pourtant, mon parcours professionnel m'incitait plutôt à une certaine indulgence pour ce secteur d'activité, puisque j'ai travaillé plusieurs années chez un des leaders de l'industrie phytosanitaire. Là aussi j'ai été arrosée par ces discours utopiques sur la perspective de donner à manger à la planète entière et surtout aux plus démunis, sans en être dupe : comment les pays pauvres pourraient-ils se payer ces produits conçus pour les riches et pour une agriculture intensive.
En ce qui concerne les OGM, les présentations auxquelles j'avais assistées dans cette entreprise, également impliquée, m'avaient donné une tout autre impression que celle laissée par le livre de Marie-Monique Robin. Il faut dire que les années ont passé et que les rendements promis n'ont pas été atteints, des effets secondaires se sont produits, des résistances sont apparues.

Il m'est impossible de résumer ce livre, si dense et si démonstratif. Mais je ne peux que recommander sa lecture car il met en évidence des pratiques que je n'imaginais pas et permet de mieux comprendre la violence de la contre-réaction, parfois.


J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique de Babélio. Merci à eux et aux éditions Arte/La Découverte.



Un seul bémol à cette lecture, qui m' a ralentie dans ma progression : c'est la taille de la police d'imprimerie de cette nouvelle édition de poche, trop petite à mon gré ! Ce défaut n'existe peut-être pas dans l'édition initiale.