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vendredi 28 novembre 2014

No et moi

No et moi – Delphine de Vigan
Éditions Jean-Claude Lattès (2007)

Lou a treize ans, vit à Paris avec ses parents dans un bel appartement. C’est une adolescente surdouée, elle vient de rentrer au lycée et elle se sent mal à l’aise dans cette classe de seconde, où les autres filles la regardent de travers.  Seul Lucas, un redoublant de dix-sept ans, lui témoigne un peu d’intérêt. Lorsque Lou se voit obligée de choisir un sujet d’exposé, elle présente son projet d’enquêter sur les jeunes SDF, sur un coup de tête. Gare d’Austerlitz, elle repère No, une jeune sans abri, tout juste majeure, qui zone dans le quartier, toujours à la recherche d’un endroit où dormir. Les premiers contacts entre les deux filles sont difficiles mais petit à petit, Lou réussit à apprivoiser Nolwenn et une amitié s’installe. Lorsque la situation s’aggrave pour No, Lou sollicite l’aide de ses parents, qui acceptent d’héberger la jeune fille. La présence de No ramène la joie de vivre qui manquait dans la famille de Lou depuis la mort de sa petite sœur. No se requinque, savoure le confort et la chaleur d’un foyer uni et reprend confiance. Mais ce roman n’a rien d’un conte de fées et aucune bonne marraine ne s’est penchée sur le berceau de No.

Même si le titre du roman met en avant les deux jeunes filles, c’est de trois adolescents dont qu’il est question dans cette histoire, où chacun, à sa façon et à des degrés divers, vit dans la solitude, délaissé par sa famille. La vie de No en est l’exemple ultime, enfant abandonnée par sa mère, baladée de foyer en foyer jusqu’à sa majorité puis poussée à la rue, dans la crasse, la violence et l’alcool. Lou, quant à elle, bénéficie du confort des beaux quartiers parisiens, d’une éducation à la mesure de ses capacités mais elle ne reçoit pas tout l’amour qui lui est dû. En effet, sa mère a perdu pied à la suite du décès de son deuxième enfant, et depuis, elle sombre dans la dépression et ne manifeste qu’indifférence pour sa fille. Quant à Lucas, le beau gosse, le charmeur, il ne manque pas d’argent mais vit quasiment seul dans un bel appartement, où sa mère ne fait que des apparitions fugaces entre ses déplacements professionnels.

La présence de No va aider la famille de Lou à sortir de son drame, mais elle–même ne va malheureusement pas en bénéficier durablement. L’histoire de Lou, No et Lucas est poignante et réaliste. Elle prouve que lorsqu’on a le gîte et le couvert assuré, la vie est quand même plus facile, même si l’environnement familial n’assure pas complètement son rôle protecteur. No n’a rien eu de tout cela pendant trop longtemps et l’amitié de Lou ne suffira pas à l’empêcher de sombrer.  Une belle lecture qui m’a laissée avec un grand sentiment d’injustice.


J'avais ce livre depuis un moment dans ma liseuse et c'est le challenge Objectif Pal 2014 d'Antigone qui m'a fourni l'occasion de le faire sortir de ma PAL numérique.

D'autres avis sur ce livre un peu partout sur la Toile et chez Babelio, par exemple.

lundi 8 septembre 2014

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement fort et incroyablement près – Jonathan Safran Foer
Éditions de l’Olivier (2006)
Traduit de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Lu dans l’édition poche Points Folio.


Oskar Schell a neuf ans, il vit à New York avec sa mère et a une relation très proche avec  sa grand-mère, rescapée des bombardements de Dresde durant la deuxième guerre mondiale. Son père, Thomas, a disparu lors des attentats au World Trade Center, le 11 septembre 2001. Oskar est un enfant hyper sensible, surdoué, qui n’arrive pas à surmonter la mort de son père. Il découvre par hasard dans un vase une enveloppe contenant une clé. Sur l’enveloppe est inscrit le mot Black. Oskar se met en tête de retrouver la serrure correspondant à la clé et se persuade qu’un dénommé Black pourra l’aider dans cette quête. Qu’importe si cela doit lui prendre des années.

C’est un livre très étrange, et le début de ma lecture a été un peu difficile. Plusieurs récits s’entremêlent dans ce roman, celui d’Oskar bien sûr, qu’il s’agisse de ses souvenirs de son père, du ressassement des évènements du 11 septembre ou de sa quête folle de tous les dénommés Black dans New York.
Une autre voix importante s’élève dans ce roman, c’est celle de la grand-mère dont l’existence est une succession de drames. Après avoir perdu toute sa famille pendant les bombardements de Dresde, elle s’est mariée avec l’ancien fiancé de sa sœur. Ensemble, ils ont émigré aux États-Unis, ont travaillé pour établir leur entreprise de bijouterie. Un jour, son mari a disparu, la laissant enceinte de Thomas, qu’il n’a jamais connu.
Et puis, il a les mots d’un homme, dont on met un moment à comprendre qui il est, qui complètent cette histoire complexe et terrible, un homme que le lecteur identifie au fur et à mesure, lorsque l’auteur veut bien en dire suffisamment pour éclairer sa lanterne, un homme qui lui aussi a vécu des drames et qui va reprendre sa place dans l’histoire familiale.

Impossible d’en dire trop sur ce roman au risque de dévoiler des éléments clés de l’histoire. Il faut  s’y plonger,  découvrir les indices semés par l’auteur et se tromper sur leur signification, comme il l’a manigancé. Et il faut accepter de revivre cette sidération qui nous a saisis ce mardi de septembre 2001 quand nous avons découvert ce qui se passait là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, et que nous regardions en boucle sur les écrans de télévision, incapables de détacher nos yeux de ces images terribles. C’est d’ailleurs le récit que la grand-mère fait de ces évènements qui m’a le plus touchée car ce qu’elle raconte, c’est vraiment ce qui dépeint ce que j’en ai perçu à l’époque. Et puis, les mots et les souvenirs des anciens, que ce soit la grand-mère ou bien l’homme que l’on découvre au fur et à mesure, remettent la tragédie du 11 septembre à sa place dans l’histoire. Pour ceux qui ont vécu les conflits du XXème siècle et qui en ont été les victimes, c’est un drame de plus, qu’il faut surmonter. Pour nous qui n’avons pas connu de guerre et qui avons vu et revu les images du 11 septembre, l’impact de l’évènement est bien sûr beaucoup plus percutant, même si nous n’en n’avons pas été les victimes directes.

Si je peux exprimer un regret par rapport à cette lecture, c’est à propos du personnage de la mère d’Oskar. Elle est très peu présente dans le livre, on découvre en même temps qu’Oskar la part qu’elle a tenue dans les dernières pages. Personnellement, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur elle. Mais cela n’était sans doute pas l’objectif de l’auteur.

En lisant ce livre, je me suis rappelé L’histoire de l’amour de Nicole Krauss. Comme ici, plusieurs récits s’entremêlaient, entre présent et passé. Ce n’est peut-être pas un hasard, Nicole Krauss partage la vie de Jonathan Safran Foer et la dédicace du roman « Pour NICOLE, mon idée du beau » lui est sans doute adressée.

Avec cette lecture, je continue mon challenge Objectif Pal 2014, initié par Antigone


et je peux également participer au Mois Américain organisé par Titine.


lundi 4 août 2014

La Rabouilleuse

La Rabouilleuse - Honoré de Balzac
Folio classique (2008)
Édition de René Guise

Ma dernière lecture de Balzac, c’était Le Père Goriot, il y a quelques années, et ce n’était pas une découverte car je l’avais étudié en partie au lycée. En partie seulement, car je ne me souvenais absolument pas que le fond de l’histoire, c’était avant tout l’amour paternel de Goriot pour ses filles.

Mon premier contact avec La Rabouilleuse  s'est produit à l’occasion d’un dîner au restaurant La Cognette, à Issoudun, car c’est dans cet établissement que se fomentent quelques-uns des complots qui animent cette histoire.
Comme dans Le Père Goriot, il y est question d’amour non récompensé. L’amour maternel, d’abord, qu’éprouve Agathe Bridau pour son son fils Philippe, ancien colonel de l’armée napoléonienne, exilé aux Etats-Unis, et qui, à son retour, exploite la faiblesse de sa mère pour satisfaire sa passion du jeu. Puis, il y a l’amour filial de Joseph Bridau, le cadet, artiste-peintre, plein de sollicitude pour sa mère, dont il échoue à capter l’attention.
Comme toujours chez Balzac, il est beaucoup question d’argent dans ces pages, en particulier de l’héritage qui menace d’échapper à la mère aimante et courageuse pour être accaparé par une intrigante, Flore Brazier, la Rabouilleuse et son amant, Maxence Gilet, habiles dans leurs manœuvres auprès de Jean-Jacques Rouget, le frère d’Agathe, qui vit à Issoudun, dont est originaire la famille. Pour tenter de sauver sa part, Agathe se rend dans sa ville natale en compagnie de son fils Joseph. Elle ne se doute pas des péripéties qui l’attendent.

Ce qui m’a surprise dans cette histoire touffue et pleine de rebondissements, c’est qu’aucun des personnages qui la composent ne semble trouver grâce aux yeux de Balzac. Il ne montre aucune compassion envers la pauvre mère, bafouée et trompée par le fils qu’elle adore. Il n’a pas d’avantage d’indulgence pour la Rabouilleuse, plus ou moins vendue à la sortie de l’enfance au père d’Agathe et de Jean-Jacques, et qui connaîtra un sort terrible. Je n’oublierai pas la figure de Philippe Bridau, principal héros du roman, dont la première apparition donne déjà des frissons.

Extrait page 64 :
(…)Le colonel avait conservé, dans l’apparence seulement, la rondeur, la franchise, le laissez-aller du militaire. Aussi était-il excessivement dangereux, il semblait ingénu comme un enfant ; mais, n’ayant à penser qu’à lui, jamais il ne faisait rien sans avoir réfléchi à ce qu’il devait faire, autant qu’un rusé procureur réfléchit à quelque tour de maître Gonin, les paroles ne lui coûtaient rien, il en donnait autant qu’on en voulait croire. Si, par malheur, quelqu’un s’avisait de ne pas accepter les explications par lesquelles il justifiait les contradictions entre sa conduite et son langage, le colonel, qui tirait supérieurement le pistolet, qui pouvait défier le plus habile maître d’armes, et qui possédait le sang-froid de tous ceux auxquels la vie est indifférente, était prêt à vous demander raison de la moindre parole aigre ; mais, en attendant, il paraissait homme à se livrer à des voies de fait, après lesquelles aucun arrangement n’est possible. Sa stature imposante avait pris de la rotondité, son visage s’était bronzé pendant son séjour au Texas, il conservait son parler bref et le ton tranchant de l’homme obligé de se faire respecter au milieu de la population de New-York. Ainsi fait, simplement vêtu, le corps visiblement endurci par ses récentes misères, Philippe apparut à sa pauvre mère comme un héros ; mais il était tout simplement devenu ce que le peuple nomme assez énergiquement un chenapan. (...)
Une belle découverte que cette lecture, dans le cadre du challenge Objectif Pal 2014 d’Antigone.

Une intrigue complexe, des personnages multiples, qui au fil du récit, suscitent des sentiments variables, une imbrication passionnante des rapports humains dans ce petit groupe d’individus et des évènements de la grande Histoire post-napoléonienne, que les notes de René Guise aident à décrypter. De quoi me donner envie de m’attaquer aux autres œuvres de Balzac qui sont dans ma PAL.


jeudi 29 mai 2014

Je m'en vais

Je m'en vais - Jean Echenoz
Les éditions de Minuit (1999)

Je m’en vais, c’est la première et la dernière phrase de ce livre de Jean Echenoz. Entre les deux, plusieurs mois se seront écoulés et le héros, Félix Ferrer,  aura vécu un bouleversement total de sa vie trop tranquille de marchand d’art.
En vrac : il quitte sa femme, se lance à la recherche d’un bateau échoué sur la banquise, censé contenir des œuvres d’art paléobaleinier rarissimes, le trouve et ramène à Paris un trésor inestimable qu’il se fait voler aussi sec. Il est victime d’un infarctus, fait la connaissance d’Hélène, une jeune femme insolite en comparaison de ses conquêtes habituelles, se lance à la poursuite de son voleur.
En parallèle, nous suivons un certain Baumgartner, le voleur, dans l’organisation du vol, puis dans sa fuite dans le sud-ouest de la France et en Espagne. Qui est-il, comment a-t-il appris la présence du trésor de Ferrer et pourquoi l’a-t-il volé ? C’est ce nous découvrirons, en même temps que Ferrer.


Je me suis régalée lors de cette lecture, rythmée, cocasse parfois, pleine d’humour toujours. J’aime beaucoup l’écriture de Jean Echenoz. Il ne se prend pas au sérieux même s’il évoque des thèmes sérieux, et termine toujours par une pirouette qui fait sourire le lecteur. Et puis, avec Jean Echenoz, les objets sont vivants, on a l’impression qu’ils participent à l’aventure, que tout peut arriver, il suffit d’oser.

Une bouffée d’air frais, que ce livre, qui a obtenu le prix Goncourt en 1999. 

Un extrait (page 11) :
Puis c'est toujours pareil, on patiente, d'une oreille évasive on écoute les annonces enregistrées, d'un œil absent on suit les démonstrations de sécurité. L'appareil finit par se mettre en mouvement, d'abord imperceptiblement puis de plus en plus vite et l'on décolle cap nord-ouest vers des nuages que l'on traverse. Entre ceux-ci, plus tard, penché contre la vitre, Ferrer va distinguer une étendue de mer, ornée d'une île qu'il ne pourra identifier, puis une étendue de terre au cœur de laquelle c'est un lac, cette fois, dont il ne connaîtra pas le nom. Il somnole, il suit nonchalamment sur un écran quelques prégénériques de films qu'il a du mal à regarder jusqu'au bout, distrait par les allées et venues des hôtesses qui ne sont peut-être plus ce qu'elles ont été, il est parfaitement seul.

Troisième lecture ce mois-ci pour le challenge d'Antigone, Objectif Pal 2014.

dimanche 25 mai 2014

La chambre des officiers

La chambre des officiers - Marc Dugain
Éditions JC Lattès (1998)
Lu en collection de poche chez Pocket.

Adrien, jeune ingénieur originaire de Dordogne est mobilisé comme officier dans les tous premiers jours de la guerre 14 et envoyé sur le front, sur la Meuse. Lors de sa première mission de reconnaissance, il est frappé par un obus au visage. Hospitalisé au Val de Grâce, il va y passer toute la durée du conflit,  en compagnie d’autres gueules cassées comme lui, à l’abri des regards du reste du monde, taisant leurs blessures à leurs proches, craignant la confrontation avec l’horreur qu’ils savent susciter avec leurs visages dévastés.

Ce livre était dans ma PAL depuis longtemps. Je dois avouer que j’avais une certaine appréhension à commencer sa lecture, en raison du sujet, bien sûr. Je craignais des descriptions insoutenables, des situations terribles, qui m’auraient donné des cauchemars. De ce côté-là, je me trompais.
L’auteur reste mesuré, ne cherche pas le sensationnalisme ni les effets sanglants. Il se contente, par la voix d’Adrien, de raconter, en direct, ce qu’il vit, ressent, de décrire ses espoirs et ses moments de détresse. En revanche, il évoque assez peu la douleur physique, alors qu’elle devait être très présente à cette époque. De même, il passe rapidement sur les multiples opérations qu’il doit subir, pour essayer de recouvrer un semblant de visage.

En résumé, c’est un témoignage poignant sur ces blessés de la guerre 14-18, marqués dans leur chair d’une horrible façon jusqu’à la fin de leur vie, mais qui se lit aisément, en raison de la retenue de l’auteur.


Avec ce titre, je participe au challenge d'Antigone, Objectif Pal 2014, pour la deuxième fois ce mois-ci, ce qui est exceptionnel !

jeudi 8 mai 2014

Les mains nues

Les Mains nues - Simonetta Greggio
Éditions Stock (2009)

Emma est vétérinaire, elle vit seule à la campagne, en contact étroit avec la nature. Son métier est tout pour elle. C’est les mains nues qu’elle va sortir les veaux de l’utérus de leur mère. Petit à petit, Emma se raconte, elle dit les trahisons qui l’ont amenée là où elle vit. Celle de Raphaël, qu’elle a aimé et qui lui a un temps préféré Micol, qui était aussi l’amie d’Emma. Celle de Micol qui s’est attaché Raphaël en lui faisant un enfant, Gio. Plus tard, lorsque Raphaël est revenu vers elle, Emma l’a renvoyé vers son foyer, vers Micol et les enfants, encore blessée par le passé, et elle a fui vers la campagne.
Les années ont passé. Un jour, Emma a la surprise de voir Gio, âgé de quatorze ans, débarquer dans sa campagne, il a fugué et vient se réfugier chez elle. Il repart chez lui au bout de quelques jours, pour revenir s’installer chez Emma, à la faveur des vacances et en accord avec ses parents. Pour Emma, habituée à la solitude, la présence de Gio réactive des sensations de jeunesse et de liberté, qu’elle n’avait plus éprouvées depuis longtemps. Ils deviennent amants. Mais lorsque Micol découvre leur relation, Emma doit faire face à la justice et à la réprobation de son entourage.


En cherchant sur Internet la photo de couverture du livre pour illustrer ce billet, je remarque le bandeau qui l’accompagnait lors de sa parution, avec la mention « Le diable au corps ». Je trouve que cette mention est vraiment trompeuse, car la relation entre Emma et Gio tient une place assez réduite dans cette histoire, même si elle constitue évidemment un pivot dans l’existence d’Emma. L’auteur reste très sobre dans sa description des relations entre la jeune femme et l’adolescent, même s’il est clair qu’elle en assume complétement le côté amoral. D’ailleurs, les moments que passe Emma en compagnie de Gio sont vraiment des instants de bonheur, comme une récompense des expériences douloureuses du passé, et qui lui serviront à supporter la suite des évènements.

J’ai beaucoup aimé dans ce livre le rapport d’Emma à la nature et aux animaux qu’elle soigne avec passion, ainsi que les souvenirs de sa mère, évoqués avec une grande tendresse. En revanche, j’ai moins apprécié la narration des relations entre Emma, Raphaël et Micol, un peu caricaturales à mon goût.
Mais l’impression globale à l’issue de cette lecture est plutôt positive et je lirai certainement les autres livres de Simonetta Greggio pour la découvrir davantage.

Extrait page 85-86 :
Je ne sais pas si cette photo je l’ai toujours quelque part ou si elle a été perdue dans mes déménagements successifs, si elle est restée au fond d’un carton ou entre les pages d’un livre, ni si elle réapparaîtra un jour, mais c’est là, maintenant, que je voudrais la revoir et revenir un instant dans la peau de cette fille, dans cet habit lisse, étroitement ajusté, qui l’enveloppait, et ressentir à nouveau ce courage aveugle, cette virginité du mal. L’intrépidité, l’effronterie et la confiance mêlées.
Il faudrait que j’explique à cette fille que quand on tient un amour on le garde, on le défend contre lui-même et contre les autres. Que les hommes sont lâches, fragiles et idiots. Qu’ils s’en vont avec la plus forte, et que leur faiblesse et leur orgueil les empêchent de revenir, même quand ils se sont trompés.

Les avis de Papillon, Lily, Mirontaine et d'autres encore sur le site Lecture/écriture.

Regardez cette interview de Simonetta Greggio par Olivier Barrot que j'ai découverte sur le site de L'Ina.





Lu dans le cadre du challenge Objectif Pal 2014 d'Antigone.

dimanche 27 avril 2014

Le peuple d'en bas

Le peuple d’en bas – Jack London
Éditions Phébus (1999) collection Libretto.
Traduit de l’anglais par François Postif
Introduction de Noël Mauberret.


En 1902, Jack London séjourne à Londres, afin d’explorer les bas-fonds londoniens et le quartier d’East End. Afin de vivre l’expérience par lui-même plutôt que de rapporter les propos des autres, il se déguise en clochard et s’intègre à la population locale, tentant de comprendre les rouages d’une société de misère au sein d’un Empire florissant.

C’est un constat terrible qui est dressé dans ce récit. Jack London montre comment les pauvres de l’East End n’ont aucune chance de sortir de l’enfer, de l’Abîme comme il le nomme. Ceux qui travaillent sont payés une misère, épuisant leur force vive à tenter de survivre, dans des logements insalubres et surpeuplés.

Lorsqu’ils ne peuvent plus payer leur loyer, ils se retrouvent à la rue et sont alors entrainés dans un cercle vicieux dont il est impossible de sortir. Ainsi, il est interdit de dormir la nuit dans l’espace public, la police s’emploie très efficacement à pourchasser ceux qui tentent de s’assoupir  dans la rue ou dans les jardins. Les sans-logis n’ont alors pas d’autre choix que de passer la nuit à errer dans le froid. Il faut donc le lendemain décider de chercher un travail, alors que l’on n’a pas dormi, ou faire la queue devant un asile dans l’espoir d’un abri pour la nuit suivante.

Jack London s’est aussi rendu à la campagne, dans les zones où l’on cultive le houblon. La récolte réclame beaucoup de bras, mais là aussi, les conditions de vie et de travail sont très difficiles et l’exploitation des ouvriers leur laisse peu de chances de sortir du cercle infernal de la misère.

Dans le dernier chapitre, Jack London compare la situation des Inuits à celle des habitants de l’East End londonien. Malgré la rudesse de la vie dans le Grand Nord, celle-ci lui semble mille fois préférable à l’horreur insoutenable de l’existence dans les bas-fonds londoniens du début du XXème siècle.

C’est une lecture qui fait froid dans le dos, qui décrit une réalité glaçante à laquelle je ne m’attendais pas en ouvrant ce livre, que m’avait offert Cryssilda dans le cadre du swap London en 2008. Merci à elle de m’avoir donné l’occasion de découvrir un autre aspect de l’œuvre de Jack London.



Lu pour le challenge Objectif Pal 2014 d’Antigone.







Un extrait (page 98), où London raconte sa nuit passée dans un asile, où il a réussi à se faire héberger, après plusieurs tentatives infructueuses :
Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi avant que je fusse capable de trouver le sommeil. Il était seulement sept heures du soir, et les voix perçantes des enfants se firent entendre jusqu'à ce qu'il fût presque minuit, heure à laquelle ils cessèrent leurs jeux dans la rue. L'odeur était infecte et nauséabonde, mon imagination vagabondait, et ma peau même me donnait le sentiment que j'approchais des bords de la folie. De tous côtés, des grognements, des soupirs et des ronflements m'enveloppaient comme l'auraient fait les beuglements sourds de quelque monstre marin. Plusieurs fois, sous l'emprise d'un cauchemar, l'un d'entre nous, par ses cris d'épouvante, nous réveillait tous. Au petit jour, je fus tiré du sommeil par un rat ou je ne sais quelle bestiole qui trottait sur ma poitrine. Dans le passage rapide qui va du sommeil au réveil, avant de recouvrer la totalité de mes esprits, je poussai un hurlement à réveiller les morts. Je ne réussis malheureusement qu'à réveiller les vivants, qui m'abreuvèrent d'injures pour les avoir si discourtoisement dérangés.
Les avis d'Isil, d'EmiLie et d'Agnés.

dimanche 30 mars 2014

Un don

Un don – Toni Morrison
Christian Bourgois éditeur (2009)
Traduit de l’anglais par Anne Wicke


Je n’avais encore jamais lu Toni Morrison et c’est avec ce livre, dans le cadre du challenge Objectif PAL, que j’aborde son œuvre. J’avais lu de nombreux commentaires élogieux à propos de ce roman, mais je n’avais pas du tout retenu l’histoire. Aussi, c’est avec une certaine curiosité que j’ai commencé cette lecture, sans savoir réellement à quoi m’attendre, et j’ai été assez surprise par ce que j’y ai trouvé.

Première surprise : l’époque à laquelle se déroule l’intrigue, la fin du 17ème siècle, dans ce qui n’est pas encore les Etats-Unis. Jakob Vaark, venu d’Europe, a établi sa ferme en Virginie, et vit quasi en autarcie dans une nature encore sauvage et parfois hostile, se mêlant peu à la communauté baptiste qui constitue son voisinage. A cette époque, la traite négrière commence à prendre son essor mais n’est pas encore généralisée. D’ailleurs, Jakob n’y est pas favorable et c’est bien malgré lui qu’il se retrouve contraint d’accepter une fillette noire, Florens, en paiement d’une dette. Sa seule motivation est que la présence de la fillette aidera sa femme Rebekka à surmonter la perte de leur propre enfant, morte la tête fracassée par le sabot d’un cheval. A la ferme travaille déjà Lina, une indienne rescapée du massacre de sa tribu, Sorrow, une fillette qui a échappé à la noyade et qui manifeste des troubles de la personnalité, ainsi que deux hommes blancs qui effectuent leurs tâches en paiement de leur voyage depuis l’Europe. Alors que Jakob voit la construction de la demeure de ses rêves s’achever, il succombe à une épidémie de variole, qui contamine également sa veuve Rebekka, contraignant celle-ci à envoyer Florens à la recherche d’un homme capable de la sauver.

Autre surprise : le mode de narration qui alterne la voix de Florens et celle d’un narrateur qui raconte les faits vus successivement par l’ensemble des autres personnages. Ainsi, certains évènements reviennent plusieurs fois dans le récit, sous un éclairage différent, selon le point de vue qui s’exprime. Par exemple, le « don » de Florens, qui donne son titre au roman, en constitue l’ouverture, tel qu’il est vécu par la fillette, dans toute son incompréhension. C’est ensuite le narrateur qui replace l’épisode dans l’existence de Jakob. Finalement, le « don » est une dernière fois évoqué dans les dernières pages, faisant entendre la voix de la mère de Florens, et amenant enfin une touche d’amour et de tendresse.

J’ai été touchée par la force de ce roman, par le style presque incantatoire de Toni Morrison, par l’évocation des conditions de vie de ce petit groupe d’humains isolés dans une nature implacable, luttant tous les jours pour une survie nécessaire mais inexplicable. Qu’est-ce qui pouvait bien les pousser à vivre ainsi, où trouvaient-ils la force de se battre contre des éléments si défavorables ? C’est un vrai questionnement qui se pose pour moi suite à cette lecture.

Avec ce livre, je fais d'une pierre deux coups pour mon avancement dans mes challenges 2014 :
Comme déjà dit plus haut, Objectif Pal 2014 d'Antigone et Romancières américaines de Miss G.
 

mardi 25 février 2014

Arrêtez-moi là !

Arrêtez-moi là ! – Iain Levison
Éditions Liana Levi (2011)
Traduit de l’anglais Fanchita Gonzalez Battle
Titre original : The Cab Driver


Jeff Sutton est chauffeur de taxi, à Dallas, Texas, depuis onze ans, après avoir été poseur de fenêtres dans la même région pendant de longues années. Jeff vit seul, il est célibataire, il a une existence bien ordonnée, centrée sur son travail, un peu monotone peut-être. Jeff aime avoir une voiture propre, même s’il n’en est que le chauffeur. Aussi, lorsqu’une jeune fille ivre, qu’il a chargée avec sa copine en pleine nuit, vomit à l’arrière de son taxi, Jeff effectue un nettoyage complet de l’intérieur avant de ramener le véhicule au garage de la société qui l’emploie.  Deux jours plus tard, la police fait irruption chez lui, l’embarque au poste, menotté, sans explication. Jeff découvre petit à petit qu’il est suspecté d’avoir enlevé la fillette d’une de ses clientes, chez qui il n’a pu s’empêcher d’ouvrir une des fenêtres, reconnaissant un modèle posé par l’entreprise où il avait travaillé. Ses empreintes ont mené la police jusqu’à lui, le nettoyage de la voiture ne peut être qu’une preuve supplémentaire de sa culpabilité, d’autant plus qu’il n’avait pas enregistré la course puisqu’il avait transporté les jeunes filles gratuitement. Voilà Jeff bien mal embarqué, surtout lorsqu’il est emprisonné dans le quartier des condamnés à mort, bien qu’étant lui-même en préventive. Mais au moins, l’administration pénitentiaire est sûre de bien le surveiller pour éviter tout risque de suicide.

C'est encore une fois un livre reçu en cadeau qui stagnait dans ma PAL depuis deux ans. Je ne sais pas pourquoi je ne l’ai pas lu plus tôt, d’autant que sa couverture est attrayante. Au début de ma lecture, j’ai eu quelques inquiétudes. Jeff se retrouve dans une telle situation que j’ai craint que l’histoire ne soit qu’une succession de catastrophes s’abattant sur le pauvre homme, dépassé par les évènements et les manquements de la police et de la justice. C’est vrai que ce livre constitue une charge contre le système  judiciaire américain et ce qui y est raconté vient confirmer ce que l’on peut entendre au sujet des affaires qui ont eu l’honneur des médias ces derniers temps aux États-Unis. Mais il y a aussi dans ce livre une description de l’univers carcéral, et en particulier du quartier des condamnés, qui apporte une touche d’humanité au milieu des péripéties qui vont transformer l’existence de Jeff en un parcours de montagnes russes !

Le livre est dédié à Richard Ricci, qui fut accusé à tort de l’enlèvement d’une adolescente, mais qui mourut avant que ne soit élucidée l’affaire et que son innocence ne soit reconnue.

Pour découvrir le premier chapitre et une interview de l'auteur, rendez-vous sur le site des éditions Liana Levi.

Une lecture agréable et mouvementée pour participer ce mois-ci au challenge Objectif PAL 2014 d’Antigone.

jeudi 23 janvier 2014

Promets-moi

Promets-moi - Harlan Coben
Belfond (2007)
Traduit de l'américain par  Roxane Azimi.

Parce qu’il a surpris une conversation entre deux adolescentes, Myron Bolitar leur a fait promettre de ne jamais monter en voiture avec un chauffeur éméché, mais de l’appeler, lui, à n’importe quelle heure et il viendrait les chercher. Trois semaines plus tard, lorsqu’il reçoit un appel en pleine nuit de l’une d’elles, Aimée Biel, la fille de Claire son amie de lycée, il y va, même si lui-même ce soir-là n’est pas vraiment à jeun. L’adolescente semble avoir des problèmes mais ne veut rien dire et lui fait promettre le silence vis-à-vis de ses parents. Elle ne veut même pas rentrer chez elle et l’oblige à la déposer dans une ruelle sombre, près de la maison d’une amie.
C’est la dernière fois qu’il la voit. Le lendemain, il apprend qu’elle a disparu, que ses parents n’arrivent pas à la joindre au téléphone. Très vite, à partir des relevés des appels téléphoniques, la police s’aperçoit qu’il est mêlé à l’affaire et commence à le soupçonner fortement d’enlèvement. De plus, après avoir téléphoné à Myron, Aimée a retiré de l’argent à un distributeur, le même utilisé quelque temps auparavant par une autre jeune fille, Katie Rochester, qui a disparu juste après, elle aussi. Myron se retrouve donc face à la police, face aux parents d’Aimée qui ne savent que penser, mais aussi face à ceux de Katie. Le père, Dominick Rochester, est beaucoup plus difficile à convaincre de la non-implication de Myron et surtout, il a son propre réseau de gros bras pour l’aider à mener son enquête parallèle, avec ses méthodes bien spéciales.


Ce livre que l’on m’a offert était dans ma PAL depuis un moment. D’Harlan Coben, j’avais lu Ne le dis à personne et j’en avais gardé une impression mitigée : une intrigue au départ bien ficelée mais un style d’écriture que je n’aime pas, au point d’avoir laissé de côté ce Promets-moi pendant plusieurs années.
Il a fallu le challenge Objectif Pal 2014 d’Antigone pour me décider à sortir ce livre de l’étagère où il attendait et cette lecture n’a fait que conforter mes impressions passées. Je n’aime décidément pas le style d’Harlan Coben, même si je reconnais qu’il est très fort pour accrocher son lecteur, puisque je suis malgré tout allée jusqu’au bout de ce livre. J’espérais sans doute qu’un dénouement subtil puisse rattraper des rebondissements multiples et improbables, une histoire alambiquée dont j'ai perdu le fil et déjà presque oublié l’issue.

Seule source de satisfaction : avoir accompli une étape de mon challenge Pal 2014 et pouvoir sans regret faire sortir ce livre de mes étagères, ce qui est un autre challenge personnel pour cette année.

Donc, si malgré cet avis très négatif, quelqu’un est intéressé par un échange - tous les goûts sont dans la nature  et Harlan Coben a ses fans - qu’il ou elle n’hésite pas à se manifester dans les commentaires. Le livre est en bon état.