Fox – Joyce Carol Oates
Éditions Philippe Rey (2025)
Traduit de l’anglais par Claude Seban et Christine Auché
Réserve naturelle de Wieland, New Jersey, 2013
Deux frères qui se baladent dans la réserve de Wieland trouvent un véhicule accidenté dans un coin isolé, le cadavre de son conducteur déjà passablement dévoré par la faune sauvage. D’après la plaque et les papiers retrouvés sur place, il pourrait s’agir de Francis Harlan Fox, professeur d’anglais nouvellement arrivé à la Langhorne Academy, l’établissement scolaire huppé de Wieland. La police ne peut donner aucune information sur la possible identité du mort en raison des difficultés d’identification. Mais l’absence du professeur à la rentrée après les vacances d’automne vient nourrir la rumeur, d’autant qu’en quelques semaines, le jeune enseignant charismatique a su imposer son charme à ses élèves grâce à ses méthodes d’enseignement innovantes ainsi qu’à ses collègues et à certaines mères d’élèves, par ses qualités relationnelles et son pouvoir de persuasion. Une vague de chagrin et même de désespoir vient submerger toute la communauté de Langhorne et le jeune professeur devient un objet de culte pour de nombreux jeunes élèves.
Ce que personne ne sait encore, sauf le lecteur qui le perçoit dès les premières pages du roman, c’est que Mr Fox est un pédophile récidiviste, qui a déjà sévi dans d’autres établissements et qui a réussi à échapper aux poursuites grâce à sa rouerie et à son talent de manipulateur.
Pour le détective Zwender en charge de l’enquête qui a découvert l’ampleur des méfaits de Mr Fox après analyse de son ordinateur, la situation est paradoxale. Il se réjouit personnellement de la mort d’un criminel pervers mais doit élucider les circonstances de sa mort d’autant que la thèse du suicide ne le convainc pas. Quant à la directrice, mise au courant par l’enquêteur des agissements de l’enseignant, elle ne peut et ne veut y croire, elle qui l’a engagé malgré ses préventions initiales, ayant succombé sans le savoir à l’influence mal intentionnée du professeur.
J’ai commencé ce gros pavé de 848 pages dans le cadre des deux challenges où je me suis inscrite cet été, les Pavés de l’été chez La petite liste et Les épais de l’été proposé par ta d loi du ciné chez Dasola.
C’est cet « engagement » qui m’a soutenue dans cette lecture car, sinon, je ne suis pas sûre que j’aurais persisté. Non que ce roman ne le mérite pas, mais le sujet est vraiment difficile, surtout en raison de la façon dont Joyce Carol Oates a choisi de le traiter. Dans toute la première partie, le lecteur ou la lectrice en l’occurrence est souvent dans la tête de Mr Fox, entrainé(e) contre son gré dans sa déviance et c’est profondément dérangeant. Ou bien dans la tête de ses victimes, subjuguées par leur professeur, inconscientes de ce qu’il leur fait subir. On accompagne aussi les femmes adultes qui sont tombées sous son charme et là encore, on est dans l’illusion, loin de la réalité sordide.
Ensuite, lorsque l’enquête de Zwender commence, l’atmosphère s’allège un peu mais ça ne dure pas. Le détective doit faire face à ses contradictions, sa situation personnelle a aussi ses zones d’ombres.
Bref, un roman en phase avec une triste actualité puisque les affaires de pédophilie font trop souvent la une des médias. On peut mettre à son crédit l’éclairage qu’il apporte sur le fonctionnement psychique de Mr Fox, sur ses méthodes de persuasion et de coercition, sur son raisonnement. C’est cette intimité créée avec le prédateur qui met tellement mal à l’aise. De ce point de vue-là, on ne peut que saluer le talent de Oates, elle réussit parfaitement sa démonstration sans discours, sans jugement, sans fioritures, à l’os comme d’habitude.
Une lecture à recommander à condition d’être prévenu(e) du chemin où on s’engage, il faut avoir le cœur bien accroché !

