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vendredi 7 avril 2017

L'odeur de la forêt

L’odeur de la forêt – Hélène Gestern

Arléa (2016 )

Élisabeth Bathori est historienne de la photographie et de la carte postale. Suite au décès de son compagnon, elle a interrompu son activité professionnelle et a sombré dans une dépression pendant de longs mois. Cherchant à reprendre pied, elle accepte un travail à l’Institut photographique des mémoires du siècle. Sa première mission la met en présence d’un album de photographies prises par un jeune officier, Alban de Willecot, alors qu’il combattait dans les tranchées de la Grande Guerre. À l’album sont jointes des lettres et des cartes postales adressées à son meilleur ami, un poète réputé à l’époque, Anatole Massis. Élisabeth est immédiatement consciente que ces documents constituent un témoignage exceptionnel, à la fois sur la guerre de 14-18 mais aussi sur des évènements privés de la vie du poète, et leur analyse va l’amener à enquêter sur la famille et les proches d’Alban de Willecot. Ses recherches la feront voyager à la fois dans l’espace et dans le temps, puisqu’elle ira jusqu’à Lisbonne pour recueillir un carnet crypté très mystérieux et que ses découvertes sur la famille d’Alban la conduiront à démêler des secrets allant jusqu’à la période de la seconde guerre mondiale.

C’est un gros livre de près de 700 pages et mon résumé ne fait qu’effleurer une histoire vraiment très dense et très riche, qui aborde de nombreux sujets : la vie dans les tranchées, l’apport de la photographie au témoignage sur la Grande Guerre, la censure des écrits et des images, les exécutions au sein de l’armée, pour n’en citer que quelques-uns qui concernent le conflit de 14-18. J’ai beaucoup aimé suivre les méthodes de l’historienne dans son analyse des documents : comment elle échafaude des hypothèses en fonction de ce qu’elle découvre dans les lettres, les photos et le carnet et comment elle doit sans cesse revenir sur ce qu’elle croyait acquis, refuser de céder à la facilité et insister lorsqu’elle a conscience que ce qu’elle envisage gêne certaines personnes. La nature des supports étudiés amène aussi une grande variété au récit, même si seules certaines lettres d’Alban sont retranscrites. Mais la description du carnet crypté et surtout celle des photos sont si détaillées qu’on a souvent l’impression d’avoir les documents sous les yeux.

Mon seul bémol dans l'appréciation de ce roman, c’est finalement l’histoire d’amour entre Élisabeth et Samuel, un homme qu’elle rencontre au Portugal, et dont l’attitude reste un mystère. Néanmoins, c’est en réagissant pour se sortir de cette relation qu’Élisabeth trouve des ressources pour surmonter son deuil et reprendre le contrôle de sa vie. Un épisode donc nécessaire mais les atermoiements et les revirements de Samuel m'ont un peu agacée.

Ce que j’ai admiré dans ce roman au-delà de l’intrigue, c’est sa construction, la façon dont l’auteur entremêle les différentes histoires qui le composent pour transformer ce qui semble au départ n’être que la recherche d’une vérité familiale en un véritable travail d’historien qui met à jour des pratiques militaires longtemps occultées et des trahisons sous l’Occupation. J’ai également bien aimé le clin d’œil d’Hélène Gestern vers un de ses précédents livres, Eux sur la photo, lorsqu’elle fait intervenir son héroïne, Hélène Hivert, pour aider Élisabeth dans ses recherches.

Un roman très réussi, que je conseille fortement !

Avec cette lecture, j'atteins mon objectif dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2016.


mercredi 18 janvier 2017

Mariage en douce

Mariage-en-douce-Ariane-Chemin-Rue-de-Siam

Mariage en douce – Ariane Chemin

Équateurs (2016)

Le 16 octobre 1963, dans un petit village de Corse, a eu lieu le mariage de Romain Gary, diplomate et écrivain, avec Jean Seberg, actrice et égérie de la Nouvelle Vague. Cette union a été célébrée dans le secret le plus complet, loin des paparazzis qui pistaient le couple depuis des mois. Ariane Chemin a mené l’enquête pour comprendre comment s’était organisé l’évènement, préparé comme un véritable complot par un ancien militaire, agent des services du renseignement.

Ce petit livre, moins de cent soixante pages, est intitulé récit mais se lit comme un roman, roman d’espionnage, roman d’amour, roman d’une époque. Il est à la fois le journal de l’investigation qu’a menée la journaliste Ariane Chemin pour mettre au jour les rouages de l’organisation de cette journée du 16 octobre 1963 et un travail de reporter sur ces deux personnages qu’étaient Romain Gary et Jean Seberg. Lui, ancien aviateur et compagnon de la libération, diplomate, écrivain, deux fois prix Goncourt et elle, actrice américaine ayant tourné aussi bien avec Preminger qu’avec Godard, engagée dans la défense des droits civiques et à cause de cela, black listée par le FBI. Deux personnalités sur lesquelles planent encore des mystères, dont ceux de leurs suicides : Jean Seberg retrouvée morte dans sa voiture en 1979 et Romain Gary, tué d’une balle dans la bouche à son domicile le 2 décembre 1980.

J’ai dit plus haut que j’ai lu ce livre comme un roman, sans doute parce qu’il en a de nombreuses caractéristiques : une construction qui ménage le suspense, des allers et retours dans le temps pour rappeler qui étaient Seberg et Gary, un style tantôt précis et journalistique, tantôt libre, fluide et imagé. Et ce sont les vies elles-mêmes de cet homme et de cette femme qui apportent à ce livre cette base romanesque, car leur amour a persisté au-delà de leur mariage. Romain Gary a toujours soutenu son ex-femme, allant jusqu’à reconnaitre l’enfant mort-né qu’elle a eu avec un autre, pour la protéger des accusations du FBI.

Une belle réussite, à découvrir sans hésiter !

Extrait page 11 :
Par quel lacet de l’imaginaire ce mariage s’est-il mis à me hanter ? L’enfant bohème de Vilnius uni à la petite Wasp déboulant des plaines de John Wayne et de Ronald Reagan. Une éducation européenne, et une enfance américaine. Vingt-quatre ans pour elle, quarante-neuf pour lui. Comme tout le monde, j’avais lu Gary, ce héros qui sait si bien parler des mères, putains ou fiancées. Je l’avoue, j’étais moins sensible à son épopée virile qu’à la fragilité un peu déjantée de Jean. J’ai toujours eu un faible pour les âmes errantes vouées aux passions barzingues. Dans le couple, c’est elle qui m’intriguait. La blonde. L’ardente, l’amoureuse, l’idéaliste. La pin-up. La fêlée.


D'autres avis chez Nadège, Delphine et Christophe Laurent qui n'a pas du tout aimé.




Cinquième lecture dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2016.


mercredi 21 décembre 2016

Le vent se lève

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Le vent se lève – Sophie Avon

Mercure de France (2016)

Début des années 80 : Lili, vingt-trois ans, embarque avec Paul, son frère, et Faustine, une amie, sur le voilier Horus. Leur projet : traverser l’Atlantique pour rallier le Brésil. 
Lili laisse Vincent au port, ou plutôt à Bordeaux, c’est un jeune professeur qu’elle vient de rencontrer. Bien que très amoureuse de lui, elle ne veut pas renoncer à la traversée, un voyage qu’elle et Paul ont décidé depuis longtemps. Leur périple les mène d’abord de La Corogne à Madère, puis aux Canaries et enfin au Sénégal, dernière étape avant la grande traversée. Arrivés au Brésil, ils vont découvrir les réalités du pays, dans des lieux tantôt paradisiaques, tantôt misérables et déroutants. Et puis, après plusieurs mois, Lili doit revenir en France et faire face à une dépression qu’elle n’avait pas anticipée.

Bien qu’il s’agisse d’un roman, il y a sans doute une grande part autobiographique dans ce livre, très plaisant. Sorte de carnet de voyage, il nous fait partager les moments à bords, les avaries, les tempêtes, les escales et les rencontres dans les ports, la découverte du Brésil, les surprises et les déceptions que peut apporter un tel voyage. Ensuite, je suis restée un peu sur ma faim lorsque l’auteur raconte le retour en France et les difficultés que rencontre Lili à se réadapter à un mode de vie plus classique. Le récit reste un peu trop superficiel et personnellement, j’ai eu du mal à partager le malaise de Lili, à comprendre ce qu’elle ressentait. Sans doute, l’auteur ne voulait-elle pas trop livrer d’elle-même, si cette dépression a véritablement été la sienne, ou bien n’a pas pu développer suffisamment un épisode de fiction.

Malgré cette fin moins réussie, j’ai lu ce livre avec plaisir. Il m’a rappelé des voyages personnels, à la fin de ma vie étudiante, lorsque nous partions à l’aventure, sans itinéraire précis, prenant le temps de découvrir des lieux et des gens, au hasard des rencontres et des évènements. Cette lecture m’a remis en mémoire une certaine insouciance, que l’on perd au fil des années et de la vie qui s’écoule.

Un extrait page 63
Manger du pain frais en plein Atlantique est un luxe qui nous renforce dans l’idée que nous sommes les rois de la planète bleue. Adieu les tracas de la vie quotidienne, les cieux plombés de l’hiver, les obligations en tout genre, adieu parents, patrons, collègues. Nous sommes libérés d’une existence qui nous assomme, exemptés du poids social, délivrés des mirages de la réussite, soulagés de tous les boulets de l’humanité, et plus encore : affranchis de la rotation terrestre et du temps dont nous modifions la course en poursuivant l’autre hémisphère, échappés de la longue chaîne des hommes dont nous avons choisi de nous exclure momentanément, jusqu’à notre filiation dont nous avons rompu le câble de transmission, la suite naturelle. Nous sommes le chaînon manquant, le mouton noir transformé en oiseau, l’animal domestique converti en poisson volant. Nous planons.

De Sophie Avon, j'avais lu Les silences de Gabrielle, son premier livre publié en 1988. Il doit d'ailleurs se trouver encore sur une étagère de ma bibliothèque. C'est à Bernard Pivot et à l'émission Apostrophes que je devais cette découverte. En revanche, j'ignorais totalement que Sophie Avon avait publié depuis d'autres ouvrages et je n'avais même pas fait le lien avec la Sophie Avon qui intervient sur France-Inter dans le Masque et La Plume.

Quatrième lecture dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2016.


D'auvres avis sur Le vent se lève : Les mots de la fin, Meelly lit.

mercredi 9 novembre 2016

Comment tu parles de ton père

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Comment tu parles de ton père – Joann Sfar

Albin Michel (2016)

Joann Sfar a perdu son père, après avoir assisté à son agonie, sur son lit d’hôpital. Ce livre, c’est son kaddish, celui qu’il n’a pas pu réciter devant la tombe.

En un récit très décousu, il raconte son père, ses grands-parents, sa mère morte à vingt-six ans alors que lui-même en avait trois et demi et dont la mort lui a été longtemps cachée par son père, justement. Il raconte aussi sa propre vie, ses amours plutôt raisonnables, sa difficulté à se détacher du modèle paternel, le havre que représente pour lui le dessin, son territoire réservé.

C’est un livre impossible à résumer, dense comme la vie, riche de l’héritage culturel que l’auteur a reçu des parents qui l’ont précédé.
Joann Sfar se retrouve définitivement orphelin à quarante-trois ans. Ne plus être l’enfant de personne, c’est un cap à franchir, ce peut être une épreuve. Tout le monde y est confronté à un moment donné de sa vie, plus ou moins tôt, dans des conditions très différentes selon la nature des décès. Joann Sfar, qui a toujours admiré son père, a eu le temps de voir la déchéance de celui-ci au cours de sa maladie. C’est aussi cela qu’il faut digérer, accepter et laisser derrière soi pour vivre sa propre vie, enfin libre de toute entrave du passé.

C’est un livre émouvant et sincère mais pas triste. On rit souvent des anecdotes que raconte l'auteur à propos de son père et de lui-même. On imagine sans peine l’enfant que Joann Sfar a été, déchiré par l’absence de sa mère et ébloui par la vie trépidante de son père. C’est un livre très personnel, l’écrire lui a sans doute fait du bien.


Quelques extraits de ce livre :

Au lieu de passer une vie à tenter de prouver que mon père avait tort, j’aurais mieux fait de prendre des notes. Pas pour désespérer, ni de l’amour ni de la nature humaine, mais enfin cela m’aurait aidé à comprendre les lois de l’attraction universelle.
 Je n’écris pas pour qu’on se souvienne de l’agonie. Je souhaite m’en débarrasser.
 Je dois beaucoup à mon père mais le plus grand cadeau qu’il m’a fait a consisté à ne pas savoir dessiner. Merci, papa, d’avoir laissé un espace vierge, dans lequel aujourd’hui encore je m’efforce de grandir.
C'est ma troisième lecture dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2016.

mardi 1 novembre 2016

New York Esquisses nocturnes

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New York Esquisses nocturnes – Molly Prentiss

Calmann-Lévy (2016)
Traduction de l’anglais de Nathalie Bru.


New-York, 1980. James Bennett est un critique d’art, enfin reconnu après des années difficiles. Sa chronique régulière dans le New-York Times est très attendue des lecteurs qui font confiance à son jugement sur les œuvres qu’il faut découvrir. James est doué de synesthésie, c’est-à-dire que ses sensations face aux choses et aux gens se traduisent en couleurs. Ainsi, il se représente sa femme, Marge, directrice artistique d’une agence de publicité, comme une fraise sauvage. C’est ce don de synesthésie qui lui apporte de la matière pour écrire, qui le plonge dans un univers de couleurs face à une œuvre ou un spectacle et qui lui fournit l’énergie nécessaire pour communiquer son enthousiasme à ses lecteurs.
Mais ce don est fragile et James le perd à l’occasion d’un évènement traumatique. Incapable d’écrire la moindre ligne inspirée, il est rejeté du Times, se retrouve entièrement dépendant de Marge et sombre dans la dépression. Alors qu’il s’est résolu à vendre aux enchères un des tableaux de sa collection d’art pour tenter de redresser sa situation financière, son don de synesthésie se réveille brutalement face à l’œuvre d’un artiste encore inconnu, Raul Engales, jeune peintre argentin qui a fui la dictature et qui fréquente le milieu artistique New-Yorkais où il côtoie des gens comme Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. James tente alors de rencontrer ce nouveau génie, ce qui va s’avérer difficile, car Raul a été lui aussi victime d’un accident qui met son talent en péril et il refuse tout contact avec quiconque. C’est Lucy, la jeune femme représentée sur le tableau de Raul qui a tant impressionné James, qui va alors établir le lien entre les deux hommes, même si ce n’est pas de la façon la plus propice !


C’est une histoire foisonnante, dans laquelle j’ai eu un peu de mal à entrer. Les tourments de James Bennett, son égocentrisme et sa confusion ne le rendent pas forcément sympathique au début. Ce n’est que lorsqu’il est davantage question de Raul Engales que le roman démarre vraiment, à mon avis.
L’art et le génie créatif ne sont pas les seuls thèmes développés ici, il y a aussi la nostalgie du pays abandonné, le remord que Raul éprouve vis-à-vis de sa sœur restée en Argentine et avec laquelle il a volontairement rompu tout contact. Est évoqué aussi le thème de la filiation, dont James ne ressent l’importance que lorsqu’elle lui échappe.
Face aux deux hommes très centrés sur eux-mêmes et souvent coincés par leurs problèmes, ce sont les femmes qui agissent, qui assurent et qui ramassent les morceaux. Elles s’appellent Franca, Marge, Arlène, Winona et Lucy et ont toutes une place importante dans ce roman de passion et de couleurs.



Merci à PriceMinister et aux éditions Calmann-Lévy qui m’ont offert ce livre dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire #MRL16.




 Cette lecture me fait aussi avancer dans le challenge 1% de la rentrée littéraire 2016 : 2/6



Ma première rencontre avec ce livre a eu lieu chez Sylire.

mercredi 19 octobre 2016

Un travail comme un autre

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Un travail comme un autre - Virginia Reeves

Stock La cosmopolite (2016)
Traduit de l'anglais par Carine Chichereau

Dans les années 1920, Roscoe T Martin vit avec sa femme et son fils dans la ferme dont Marie a hérité de son père. Roscoe n’aime pas le travail agricole, ce n’est pas la vie dont il avait rêvé. Lui, ce qui le passionne, c’est l’électricité, c’était son métier avant que l’héritage ne le contraigne à quitter la centrale électrique et à suivre sa femme en pleine campagne. La ferme vivote, jusqu’à ce que Roscoe décide de la raccorder clandestinement au réseau de la compagnie locale, tout en mentant à sa femme sur la nature de ce branchement. Il se fait aider par Wilson, leur ouvrier agricole noir, pour l’installation des poteaux qui vont permettre d’acheminer à la ferme le courant qui va amener le progrès, le confort et la prospérité à l’exploitation. Hélas, un jour, un employé de la compagnie d’électricité s’électrocute en contrôlant le branchement sauvage de Roscoe. Lui et Wilson sont immédiatement arrêtés puis condamnés, Roscoe à vingt ans de prison et Wilson à dix ans. Roscoe est envoyé à la prison de Kilby, près de chez lui. Wilson, lui, comme il est de tradition pour les noirs condamnés à cette époque dans l’Alabama, est « vendu » à une société privée qui le fait travailler dans une mine, dans des conditions d’esclavage.  
 

La plus grande partie du roman est consacrée au séjour de Roscoe en prison et constitue une charge contre les conditions carcérales de l’époque, la violence et la cruauté qui y règnent. La vie pénitentiaire est décrite très précisément par l’auteur, la hiérarchie instituée entre les détenus, les différents travaux auxquels ils sont contraints. Comble de malchance pour Roscoe, il est d’abord affecté à la laiterie, retrouvant en prison l’environnement agricole auquel il voulait tant échapper. Puis après quelques mois heureux à la bibliothèque, il doit participer à l’entrainement des chiens chargés de retrouver les prisonniers évadés, ce qu’il déteste faire, d’autant plus que les détenus sont eux-mêmes mis fortement à contribution lors des chasses à l’homme en cas d’évasion, risquant eux-mêmes leur vie.
 

Un thème important dans ce roman, c’est la culpabilité que Roscoe et Marie éprouvent, chacun à sa façon et qu’ils assumeront différemment. Roscoe y trouve matière à expiation et veut se racheter, autant vis-à-vis de la société que de ses proches. Marie tente de réparer au mieux le préjudice causé à Wilson mais sa rancœur vis-à-vis de Roscoe va se muer en haine et la conduire à la pire des trahisons. Une culpabilité à propos du détournement de la ligne électrique et de ses conséquences, mais aussi une culpabilité qui prend racine beaucoup plus tôt dans les relations du couple et dans son histoire. 

Un autre thème, c'est l'attrait de la technologie moderne, à travers l'arrivée de l'électricité. Roscoe est passionné par l'électricité, il sait combien cette évolution technologique peut changer la vie, libérer l'Homme du travail physique et répétitif. Lorsqu'il décide d'amener l'électricité à la ferme, c'est avant tout pour participer d'une façon positive au travail de la ferme, pour faciliter la vie de Marie et lui apporter un profit mérité. Mais Roscoe est un précurseur et personne, et surtout pas sa femme, ne le comprend. Une incompréhension déjà bien installée entre eux et qui ne va faire que s'accentuer après la catastrophe. 
 

Un premier roman bien construit, maitrisé et très bien documenté, des personnages émouvants et complexes : ma première lecture dans le cadre du challenge 1% de la rentrée littéraire 2016 a été un coup de cœur. 



Les premières pages à lire ici.