lundi 24 octobre 2022

L'inconnue de Vienne

L’inconnue de Vienne - Robert Goddard

Éditions Sonatine (2022)
Traduit de l’anglais par Laurent Boscq

J’étais venu à Vienne pour la photographier. À cette période, c’était l’objectif de la plupart de mes déplacements. Faire des photos, c’était plus qu’un gagne-pain. Elles faisaient partie intégrante de ma vie. L’incidence de la lumière sur le réel ne cessait de nourrir mon imaginaire. Et la manière dont une seule image, un unique cliché, pouvait capturer l’essence même d’une époque et d’un lieu, d’une ville, d’une guerre ou d’une personne, était enracinée dans ma conscience. Un jour peut-être, l’espace d’une seconde, je déclencherais l’obturateur sur la photo parfaite. Tant qu’il y a une pellicule dans l’appareil, c’était toujours possible. Finir un rouleau, en charger un autre et continuer à regarder, les yeux grand ouverts : c’était ma règle, depuis pas mal de temps.

Ian Jarrett est photographe, une photo prise pendant la guerre du Golfe lui a donné pendant un temps une certaine renommée. Les années ont passé, le succès ne s’est pas renouvelé, son mariage bat de l’aile. Ce reportage à Vienne, où il remplaçait à la dernière minute un collègue indisponible, était imprévu, il n’en attendait pas grand-chose mais c’était son travail, alors il le ferait bien. Il n’imaginait pas qu’il allait y faire une rencontre qui bouleverserait sa vie.
Alors qu’il cherchait le meilleur angle pour photographier la cathédrale Saint-Étienne, une silhouette en manteau rouge pénètre dans le cadre et il appuie sur le déclencheur. Mais la femme qu’il a photographiée n’est pas d’accord et le fait savoir. Après un échange glacial, Ian la retrouve par hasard dans un café de la ville. Elle s’appelle Marian Esgard, son mari semble être un personnage important et c’est pour cela qu’elle fuit les photographes. Même si elle reste très mystérieuse sur les raisons de son séjour à Vienne, ou peut-être à cause de cela, Ian est très rapidement attiré par elle et il semble que ce soit réciproque. Ils se laissent entrainer dans une passion immédiate et torride, décident de quitter leurs conjoints respectifs et prévoient de se retrouver quelques jours plus tard à Londres. Mais lorsque Ian va au rendez-vous, après avoir rompu avec sa femme, pas de trace de Marian. Au fil des jours, ses tentatives pour la retrouver échouent, comme si la jeune femme n’avait jamais existé.

 

Les péripéties ne manquent pas dans ce nouveau roman de Robert Goddard. Les recherches de Ian pour retrouver la femme rencontrée à Vienne vont le faire voyager dans l’espace et dans le temps, aux premiers pas de la photographie en Angleterre. Comme d’habitude chez Goddard, le héros est un homme faible, dépassé par des évènements qu’il ne comprend pas, soumis aux conséquences de mauvaises décisions, certes, mais ballotté dans une intrigue dont d’autres tirent les fils et qu’il va mettre du temps à découvrir. Il y a d’ailleurs une belle palette de « méchants » dans cette intrigue, l’auteur s’est régalé, à mon avis !
 

Par moment, je me suis demandé comment l’auteur allait se sortir d’une histoire aux limites du possible, puisque l’un des personnages semble sujet à des phénomènes de réincarnation mais je dois reconnaître que Goddard s’en sort très bien, même si les rebondissements sont peut-être trop nombreux pour être crédibles. Mais il n’y a pas de limites aux noirceurs de l’âme humaine, surtout quand la folie n’est pas loin.
 

Un roman divertissant, qu’on ne lâche pas, après tout c’est ce que j’attends de ce genre d’histoire. Alors ne boudez pas votre plaisir, vous en aurez pour votre argent !

 

jeudi 13 octobre 2022

Stardust

 

Stardust - Léonora Miano

Éditions Grasset (2022)

La jeune femme prend dans ses bras l'enfant qui va clore sa première année. Elle sort un sein pas douché, faute de commodités dans l'hôtel. Il y a encore du lait. Même privée de nourriture comme c'est souvent le cas, elle peut allaiter son enfant. La petite grandit. La mère la regarde, se demande comment être à la hauteur d'une telle confiance, d'un tel abandon. (Page 20)


 

 

 

 

Dans l'avant-propos, Léonore Miano explique clairement l'histoire de ce roman. En voici les premières phrases :

Stardust est le premier roman que j'ai composé dans l'intention de le faire publier. Écrit il y a plus de vingt ans, il relate un moment marquant de ma vie, cette période au cours de laquelle je fus accueillie dans un centre de réinsertion et d'hébergement d'urgence du 19e arrondissement de Paris. J'étais alors une jeune mère de vingt-trois ans, sans domicile ni titre de séjour.

166 rue de Crimée, c'est l'adresse du CHRS, où une assistante sociale plus efficace et plus concernée que d'habitude a trouvé une place pour accueillir Louise et sa fille Bliss. C'est là qu'elles vont dormir, en attendant que Louise obtienne son titre de séjour et qu'elle puisse enfin être accueillie en maison maternelle. Dormir et non pas vivre ni s'installer, ce que rejette Louise de toutes ses forces. Ne pas s'habituer à la violence du centre, ne pas se lier avec les autres résidentes, mais rester digne, différente, libre.
Les femmes de Crimée sont des passagères. C'est ainsi que l'administration les désigne. Ce sont des embarquées pour une drôle de croisière à durée indéterminée, à l'issue incertaine. Elles passent. Ne cherchent pas de connexion véritable. Seulement quelque chose qui y ressemble. Succédané de relation. Amitié de Pacotille. (Page 87)

C'est un texte très fort, que Léonora Miano a gardé des années de côté, a retravaillé maintes fois avant finalement de le publier, maintenant qu'elle est une auteure reconnue et qu'elle ne peut plus être réduite à un passé de SDF.
 

Stardust est un roman, parce que Léonora Miano l'a décidé, mais c'est aussi un témoignage puissant sur la réalité des centres d'hébergement et de réinsertion sociale, sur la précarité, sur les conséquences de l'après-colonisation, sur les politiques d'accueil en France.
 

Mais entre les phrases de résistance, de révolte, de refus de se soumettre au découragement, pointent les souvenirs des échanges entre Louise et sa grand-mère, l'émerveillement qu'elle ressent lorsqu'elle observe sa fille et sa volonté farouche de croire à un avenir digne.
 

Beau premier contact avec la rentrée littéraire de cet automne 2022 !

vendredi 18 février 2022

555

555 - Hélène Gestern

Arléa (2022) 

Une femme et quatre hommes nous racontent une histoire en 13 séquences.  À la fin de chaque séquence, un sixième narrateur fait entendre sa voix, en quelques phrases il observe le cheminement de l'intrigue, il commente. Quelle part tient-il dans le jeu ?

 

Tour à tour, prennent la parole Grégoire Coblence, un ébéniste, Giancarlo Albizon son associé luthier, Manig Terzian, une claveciniste réputée, Rodolphe Luzin-Farge un musicologue spécialiste de Scarlatti et Joris De Jonghe,  un collectionneur richissime et inconsolé depuis la mort de sa femme.

 

En restaurant un étui de violoncelle pour un client de Gian, Grégoire découvre, dissimulée dans la doublure, une partition ancienne pour clavecin. Grâce aux relations de Gian, les deux hommes rencontrent Marig Terzian qui accepte de jouer le morceau de musique, qui présente de nombreuses similitudes avec l'œuvre de Scarlatti, lui dont sont connues 555 sonates. Pourrait-il s'agir d'une 556ème, inédite ? Marig contacte Rodolphe Luzin-Farge, le musicologue. Celui-ci, auteur d'une biographie un peu oubliée de Scarlatti, souhaite depuis longtemps la faire rééditer mais son éditeur ne veut le faire que si des éléments nouveaux le justifient. Toujours à l'affût de pièces rares, Joris De Jonghe est informé des frémissements que suscite le mystère autour de la partition. Quelques jours plus tard, malheureusement, un cambriolage dans l'atelier de Gian fait disparaître deux instruments et la fameuse partition.

 

Surprenant, le remue-ménage que provoquent ces feuillets trouvés par hasard ! Il faut dire que plusieurs des personnages de l'intrigue ont un intérêt à lui remettre la main dessus. Giancarlo pourrait la revendre afin de solder ses dettes de jeu, Rodolphe aurait enfin une raison acceptable aux yeux de son éditeur pour republier son livre et affirmer sa supériorité face à un jeune concurrent italien. Manig y trouverait matière à un nouveau disque pour marquer la fin de sa carrière et donner le départ à celle de sa jeune nièce, pianiste de talent. Joris aimerait ajouter une pièce de valeur à sa collection. Quant à Grégoire, l'évocation de Scarlatti ne peut que le ramener à ce qui le mine, le départ sans explication de sa femme.

 

Quand j'ai choisi ce roman dans la liste de l'opération Masse critique de Babelio, j'étais certaine que je passerais un bon moment de lecture car Hélène Gestern est une valeur sûre. J'ai dévoré ce livre comme si c'était une enquête policière, avide d'en savoir plus sur cette partition et de découvrir son origine. 

 

Comme souvent chez Hélène Gestern, il est question de recherche dans les archives, c'est le musicologue qui s'y colle et de larges parts de la vie de Scarletti sont évoquées, ce qui m'a permis d'apprendre beaucoup de choses sur ce musicien que je ne connaissais pas vraiment. Et puis, on découvre le petit monde du marché de la musique classique, ses enjeux et ses conflits de pouvoir, c'est caustique et divertissant ! 

 

Hélène Gestern ne se prive pas de nous entrainer sur de fausses pistes que l'on suit avec plaisir, jusqu'à l'explication finale, à la fois simple et pleine d'aigreur et de noirceur.

 

Un gros pavé de 460 pages que j'ai lu en quelques jours car la structure du roman que j'ai expliquée ci-dessus fait que l'on a toujours envie de passer au chapitre suivant et qu'il est difficile de le poser.


Merci à Babelio et aux éditions Arléa de m'avoir offert ce livre.

 

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D'autres avis sur ce livre chez Jostein, chez À sauts et à gambades et sur Babelio.

lundi 13 décembre 2021

Ceux du Nord Ouest

 

Ceux du Nord Ouest – Zadie Smith

Gallimard (2014)
Traduction de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson


Ils sont quatre, ils s'appellent Leah, Keisha, Nathan et Felix. Ils ont vécu leur enfance dans la même banlieue du nord-ouest de Londres, ils ont fréquenté les mêmes classes, certains ont été amoureux, ami(e)s. Ils se voient toujours ou se sont perdus de vue. Leah et Nathan vivent toujours dans le quartier de leur enfance, Felix et Keisha se sont installés ailleurs, dans des zones plus privilégiées, pour tenter d'échapper à leur milieu d'origine, à leur famille. Keisha, devenue avocate, a même changé de prénom. 

 

 

 

Après ma première rencontre littéraire avec Zadie Smith par l’intermédiaire de son recueil de nouvelles, Grand Union, Ceux du Nord Ouest m’a donné l’occasion de lire un de ses romans. Après tous les éloges que j’avais pu lire ici et là sur Zadie Smith, je m’attendais à être emballée par sa prose et son talent et revenir de façon favorable sur l’impression mitigée que m’avait laissée la lecture de ses nouvelles.

Dans un premier temps, ça n’a pas été le cas. J’ai même été tentée d’abandonner ma lecture dans les cinquante premières pages. Heureusement, les chapitres 9 et 10 ont amené un sursaut d’intérêt, lorsque l’auteure détaille de deux façons son trajet de Yates Lane, Londres, NW8 à Bartlett Avenue, Londres, NW6. D’abord, en recopiant simplement le contenu de Google Maps ou de tout autre logiciel d’itinéraire, puis ensuite en décrivant ce que découvrirait n’importe quel piéton qui emprunterait ce trajet, les magasins, les passants, les véhicules, le style des habitations. C’est vrai, c’est original et c’est ce que je retiendrai de ce livre : la grande variété des styles d’écriture, ce que j’avais déjà noté dans le recueil de nouvelles. Mais le style n’est pas tout pour moi, j’attends aussi de l’auteur qu’il ait de l’empathie pour ses personnages et je ne l’ai pas ressenti suffisamment à mon goût.

Est-ce que je tenterais un autre roman de Zadie Smith ? Oui, certainement, car je n’aime pas rester sur l’impression d’être passée à côté de quelque chose, et c’est bien ce que je perçois lorsque je lis tous ces billets élogieux à propos de ses œuvres.

Par exemple, chez Clara, Cathulu, Brize ou sur le site des Échos.

Un extrait :
158. Complot

Natalie Blake et Leah Hanwell étaient persuadées que les gens voulaient les pousser à faire des enfants. Famille, inconnus dans la rue, personnalités à la télévision, tout le monde. En vérité, le complot allait plus loin que ce que Hanwell imaginait. Blake était agent double. Elle n’avait aucunement l’intention de se ridiculiser en refusant d’accomplir de que l’on attendait d’elle. Pour Natalie, il s’agissait juste de choisir le bon moment. 

jeudi 21 octobre 2021

La ligne droite


La ligne droite – Yves Gibeau

En Exergue (2021)
 

Deuxième guerre mondiale, lignes allemandes. Le lieutenant Michael sait que les troupes russes sont proches et que son bataillon va bientôt être encerclé. Il n’a plus qu’une idée en tête, exfiltrer le soldat Volker pour lui sauver la vie, car il n’est pas possible que cet athlète d’exception soit victime des tirs ennemis.
1947. Julius Henckel, ancien entraineur des athlètes du demi-fond allemand vient rendre visite à son ami Voldemar. Celui-ci annonce à Julius qu’il a rencontré Stefan Volker en train de vendre des journaux devant la gare de Munich. Julius ne veut pas en entendre parler, il a renoncé à son ancien métier et aux rêves de médailles à la portée de son ex-poulain, si la guerre n’avait pas coupé court à tous les exploits.
Puis, la curiosité est la plus forte, la compassion aussi, la certitude que tout n’est pas perdu. Julius se rend à Munich, y retrouve effectivement Stefan Volker, blessé de guerre, amputé d’un avant-bras et surtout atteint dans son moral et sa jeunesse. Mais la force de conviction de Julius est intacte, il réussit à ramener Volker chez lui et entreprend de lui redonner goût à la vie, de lui faire rechausser les crampons et de reprendre l’entrainement.

Ce livre a été publié une première fois en 1957 et a été récompensé par le Grand Prix de la Littérature Sportive. Je le connaissais surtout parce que j’ai toujours entendu ma mère dire qu’il s’agissait de son livre préféré et elle ne manquait jamais de le recommander. Est-ce qu’elle s’en souvient encore ?
Lorsque j’ai découvert ce titre dans la liste de Babelio pour l’opération Masse Critique, je n’ai pas hésité à le choisir.

Je comprends qu’il ait été récompensé car il met en avant toutes les qualités que l’on attend du sport : la persévérance, le goût de l’effort, l’esprit d’équipe, le fait de se surpasser, l’humilité. Comment ce livre sera-t ’il perçu aujourd’hui ? L’écriture, belle et académique, est datée et peut rebuter. Et pourtant, ce serait dommage de ne pas découvrir cette belle histoire humaine et positive. Je vais donc imiter ma mère et conseiller la lecture de La ligne droite d’Yves Gibeau !
 

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jeudi 14 octobre 2021

En cherchant Parvulesco


En cherchant Parvulesco – Christophe Bourseiller

La Table Ronde (2021)

Jean Parvulesco est un écrivain d’origine roumaine, auteur de plus de cinquante livres connus seulement d’un cercle d’initiés. Familier des cinéastes de la Nouvelle Vague, ami d’Éric Rohmer, Parvulesco est au générique d’À bout de souffle en tant que personnage dont le rôle est interprété par Jean-Pierre Melville.

Christophe Bourseiller a eu l’occasion de rencontrer Parvulesco dans le cadre de l’émission Ce soir ou jamais et le comportement de l’écrivain ce soir-là l’a tellement bluffé qu’il a décidé d’en savoir plus sur l’individu. Il s’est alors lancé dans une recherche approfondie, a lu tous ses livres, regardé ou écouté les émissions qui lui ont été consacrées, un vrai travail documentaire.

Dans sa quête de Parvulesco, Christophe Bourseiller évoque ses relations avec Jean-Luc Godard qu’il a beaucoup fréquenté dans l’enfance, le cinéaste était un proche de ses parents. Christophe Bourseiller a d’ailleurs joué dans trois films de Godard. Il raconte aussi comment, brutalement, leur relation s’est rompue. Plus tard, adolescent mutique et boudeur, il a trouvé sa place dans les comédies d’Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, dans le rôle du fameux Lucien.

En tentant de comprendre comment Parvulesco, situé plutôt à l’extrême-droite, a pu faire partie du cercle des familiers de Godard, Christophe Bourseiller comprend la phrase d’Yves Robert à son sujet : « Tu n’es pas un acteur, tu es un personnage. » Comme lui, Parvulesco, que l’on peut apercevoir dans quelques films, était aussi un personnage.

En cherchant Parvulesco, Christophe Bourseiller s’est trouvé lui-même.

Le hasard fait bien les choses. Quelques jours après avoir regardé, une nouvelle fois, le film À bout de souffle diffusé à la télévision suite à la disparition de Belmondo, je découvre ce livre À la recherche de Parvulesco sur la table des nouveautés à l’entrée de la médiathèque. Et je me souviens d’avoir vu ce nom de personnage au générique du film. Le nom de Christophe Bourseiller sur la couverture achève de me convaincre d’emprunter ce livre, je me souviens évidemment de lui dans les films d’Yves Robert et j’apprécie beaucoup ses émissions sur France-Inter le week-end et les mois d’étés.

Ce livre est un petit bijou. Je ne doutais pas du talent de Christophe Bourseiller, de son humour et de son érudition. Mais j’ai trouvé un réel plaisir à l’évocation de son enfance, de son adolescence et à la narration de ses relations avec le cinéma, ses désillusions. J’ai aussi découvert avec curiosité ce Parvulesco, ce « psychogéographe de l’occulte », ce « marcheur qui randonne sur les chemins de l’invisible », « un émissaire du monde noir », comme le qualifie l’auteur.

Extrait page 115-116 :

Il ne me restait plus qu’à le lire, le loser magnifique, le perdant, l’outsider… Mais l’exercice s’est révélé périlleux… Tant de livres empilés. Tant de pages indigestes, avec, çà et là, un diamant, une émeraude, une perle…
Si l’homme se révélait drôle et sautillant, l’auteur s’est souvent perdu dans un labyrinthe de phrases ampoulées. Que retenir de ces livres épais, imprimés en petits caractères, de ces monologues alourdis par les adjectifs et les adverbes, de ces toiles d’araignée complotistes aux ramifications infinies ? Une vérité peut-être…
Dans Le Visage des abîmes, il dit de l’un de ses personnages : « Il était conduit par ses propres gouffres », ce qui le résume assez bien.



mercredi 15 septembre 2021

Grand Union


Grand Union – Zadie Smith

Gallimard (2021) Collection Du monde entier
Traduction de l’anglais par Laetitia Devaux

Je l’ai déjà écrit, j’ai du mal avec les nouvelles ! Qu’est-ce qui m’a pris de choisir ce recueil en tête de gondole à la médiathèque ? Peut-être l’étiquette Nouveauté sur la couverture ? Ou bien enfin l’occasion de découvrir la plume de Zadie Smith, sur laquelle j’ai souvent lu du bien au hasard des articles de blog ou de magazines, mais dont je n’avais jamais réussi à dénicher un des romans à la médiathèque ?

Eh bien, pas sûr que j’en sache plus sur l’écriture de Zadie Smith après la lecture de ces nouvelles, tant elles sont disparates, autant sur les sujets évoqués que dans les styles d’écriture !

D’ailleurs, je suis passée complètement à côté de certains textes, incapable d’en retirer ce qu’avait voulu dire l’auteure, quel était son propos, que voulait-elle démontrer.
En revanche, certaines nouvelles m’ont beaucoup plu, parce que pour une fois, je ne suis pas restée sur ma faim.

Ainsi, Bien sous tous rapports raconte les difficultés que rencontre Donovan pour se sortir des griffes de sa mère, pour échapper au cocon familial d’un petit théâtre de marionnettes, et pour être lui-même dans sa vie amicale et scolaire. Une intrigue en moins de vingt pages, où tout est dit, sans superflu mais sans que je me sois sentie frustrée au point final.

De même, Mlle Adèle et les corsets est une histoire bien ficelée (c’est le cas de le dire quand il est question de corset !), bien enlevée en vingt-cinq pages, qui dit tout ce qu’on peut ressentir dans une boutique quand on est regardée de travers et que l’on sait avoir sa propre originalité.

J’ai été émue par Une sacrée semaine et son héros, Michael Kennedy McRae, humble et persévérant, dont on découvre les mésaventures au fil des pages.

J’ai lu avec intérêt Déconstruire l’affaire Kelso Cochrane, basée sur une affaire réelle de meurtre non-élucidé à l'origine d'émeutes raciales à Londres en 1959.
 
Dans ces quelques textes, j’ai, pour une fois, trouvé que l’histoire racontée était tout à fait à l’aise dans le format de la nouvelle, qu’il aurait été superflu de l’étirer pour en faire autre chose. En revanche, j’ai parfois regretté de ne pas sentir davantage le point de vue de l’auteure. Elle n’exprime aucun avis, elle ne fait que décrire sèchement des situations. Quelquefois, le sens de l’histoire est évident, bien sûr, mais à d’autres moments, j’aurais aimé qu’elle soit plus démonstrative ou au moins plus explicative sur son objectif.

Entre la lecture de ce recueil et la rédaction de ce billet, j’ai commencé un autre roman de Zadie Smith, Ceux du Nord Ouest et je sais déjà que la démonstration et l’affichage de ses idées personnelles ne sont pas au programme, là non plus ! Il va falloir s’y faire…