lundi 13 décembre 2021

Ceux du Nord Ouest

 

Ceux du Nord Ouest – Zadie Smith

Gallimard (2014)
Traduction de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson


Ils sont quatre, ils s'appellent Leah, Keisha, Nathan et Felix. Ils ont vécu leur enfance dans la même banlieue du nord-ouest de Londres, ils ont fréquenté les mêmes classes, certains ont été amoureux, ami(e)s. Ils se voient toujours ou se sont perdus de vue. Leah et Nathan vivent toujours dans le quartier de leur enfance, Felix et Keisha se sont installés ailleurs, dans des zones plus privilégiées, pour tenter d'échapper à leur milieu d'origine, à leur famille. Keisha, devenue avocate, a même changé de prénom. 

 

 

 

Après ma première rencontre littéraire avec Zadie Smith par l’intermédiaire de son recueil de nouvelles, Grand Union, Ceux du Nord Ouest m’a donné l’occasion de lire un de ses romans. Après tous les éloges que j’avais pu lire ici et là sur Zadie Smith, je m’attendais à être emballée par sa prose et son talent et revenir de façon favorable sur l’impression mitigée que m’avait laissée la lecture de ses nouvelles.

Dans un premier temps, ça n’a pas été le cas. J’ai même été tentée d’abandonner ma lecture dans les cinquante premières pages. Heureusement, les chapitres 9 et 10 ont amené un sursaut d’intérêt, lorsque l’auteure détaille de deux façons son trajet de Yates Lane, Londres, NW8 à Bartlett Avenue, Londres, NW6. D’abord, en recopiant simplement le contenu de Google Maps ou de tout autre logiciel d’itinéraire, puis ensuite en décrivant ce que découvrirait n’importe quel piéton qui emprunterait ce trajet, les magasins, les passants, les véhicules, le style des habitations. C’est vrai, c’est original et c’est ce que je retiendrai de ce livre : la grande variété des styles d’écriture, ce que j’avais déjà noté dans le recueil de nouvelles. Mais le style n’est pas tout pour moi, j’attends aussi de l’auteur qu’il ait de l’empathie pour ses personnages et je ne l’ai pas ressenti suffisamment à mon goût.

Est-ce que je tenterais un autre roman de Zadie Smith ? Oui, certainement, car je n’aime pas rester sur l’impression d’être passée à côté de quelque chose, et c’est bien ce que je perçois lorsque je lis tous ces billets élogieux à propos de ses œuvres.

Par exemple, chez Clara, Cathulu, Brize ou sur le site des Échos.

Un extrait :
158. Complot

Natalie Blake et Leah Hanwell étaient persuadées que les gens voulaient les pousser à faire des enfants. Famille, inconnus dans la rue, personnalités à la télévision, tout le monde. En vérité, le complot allait plus loin que ce que Hanwell imaginait. Blake était agent double. Elle n’avait aucunement l’intention de se ridiculiser en refusant d’accomplir de que l’on attendait d’elle. Pour Natalie, il s’agissait juste de choisir le bon moment. 

jeudi 21 octobre 2021

La ligne droite


La ligne droite – Yves Gibeau

En Exergue (2021)
 

Deuxième guerre mondiale, lignes allemandes. Le lieutenant Michael sait que les troupes russes sont proches et que son bataillon va bientôt être encerclé. Il n’a plus qu’une idée en tête, exfiltrer le soldat Volker pour lui sauver la vie, car il n’est pas possible que cet athlète d’exception soit victime des tirs ennemis.
1947. Julius Henckel, ancien entraineur des athlètes du demi-fond allemand vient rendre visite à son ami Voldemar. Celui-ci annonce à Julius qu’il a rencontré Stefan Volker en train de vendre des journaux devant la gare de Munich. Julius ne veut pas en entendre parler, il a renoncé à son ancien métier et aux rêves de médailles à la portée de son ex-poulain, si la guerre n’avait pas coupé court à tous les exploits.
Puis, la curiosité est la plus forte, la compassion aussi, la certitude que tout n’est pas perdu. Julius se rend à Munich, y retrouve effectivement Stefan Volker, blessé de guerre, amputé d’un avant-bras et surtout atteint dans son moral et sa jeunesse. Mais la force de conviction de Julius est intacte, il réussit à ramener Volker chez lui et entreprend de lui redonner goût à la vie, de lui faire rechausser les crampons et de reprendre l’entrainement.

Ce livre a été publié une première fois en 1957 et a été récompensé par le Grand Prix de la Littérature Sportive. Je le connaissais surtout parce que j’ai toujours entendu ma mère dire qu’il s’agissait de son livre préféré et elle ne manquait jamais de le recommander. Est-ce qu’elle s’en souvient encore ?
Lorsque j’ai découvert ce titre dans la liste de Babelio pour l’opération Masse Critique, je n’ai pas hésité à le choisir.

Je comprends qu’il ait été récompensé car il met en avant toutes les qualités que l’on attend du sport : la persévérance, le goût de l’effort, l’esprit d’équipe, le fait de se surpasser, l’humilité. Comment ce livre sera-t ’il perçu aujourd’hui ? L’écriture, belle et académique, est datée et peut rebuter. Et pourtant, ce serait dommage de ne pas découvrir cette belle histoire humaine et positive. Je vais donc imiter ma mère et conseiller la lecture de La ligne droite d’Yves Gibeau !
 

tous les livres sur Babelio.com

jeudi 14 octobre 2021

En cherchant Parvulesco


En cherchant Parvulesco – Christophe Bourseiller

La Table Ronde (2021)

Jean Parvulesco est un écrivain d’origine roumaine, auteur de plus de cinquante livres connus seulement d’un cercle d’initiés. Familier des cinéastes de la Nouvelle Vague, ami d’Éric Rohmer, Parvulesco est au générique d’À bout de souffle en tant que personnage dont le rôle est interprété par Jean-Pierre Melville.

Christophe Bourseiller a eu l’occasion de rencontrer Parvulesco dans le cadre de l’émission Ce soir ou jamais et le comportement de l’écrivain ce soir-là l’a tellement bluffé qu’il a décidé d’en savoir plus sur l’individu. Il s’est alors lancé dans une recherche approfondie, a lu tous ses livres, regardé ou écouté les émissions qui lui ont été consacrées, un vrai travail documentaire.

Dans sa quête de Parvulesco, Christophe Bourseiller évoque ses relations avec Jean-Luc Godard qu’il a beaucoup fréquenté dans l’enfance, le cinéaste était un proche de ses parents. Christophe Bourseiller a d’ailleurs joué dans trois films de Godard. Il raconte aussi comment, brutalement, leur relation s’est rompue. Plus tard, adolescent mutique et boudeur, il a trouvé sa place dans les comédies d’Yves Robert, Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis, dans le rôle du fameux Lucien.

En tentant de comprendre comment Parvulesco, situé plutôt à l’extrême-droite, a pu faire partie du cercle des familiers de Godard, Christophe Bourseiller comprend la phrase d’Yves Robert à son sujet : « Tu n’es pas un acteur, tu es un personnage. » Comme lui, Parvulesco, que l’on peut apercevoir dans quelques films, était aussi un personnage.

En cherchant Parvulesco, Christophe Bourseiller s’est trouvé lui-même.

Le hasard fait bien les choses. Quelques jours après avoir regardé, une nouvelle fois, le film À bout de souffle diffusé à la télévision suite à la disparition de Belmondo, je découvre ce livre À la recherche de Parvulesco sur la table des nouveautés à l’entrée de la médiathèque. Et je me souviens d’avoir vu ce nom de personnage au générique du film. Le nom de Christophe Bourseiller sur la couverture achève de me convaincre d’emprunter ce livre, je me souviens évidemment de lui dans les films d’Yves Robert et j’apprécie beaucoup ses émissions sur France-Inter le week-end et les mois d’étés.

Ce livre est un petit bijou. Je ne doutais pas du talent de Christophe Bourseiller, de son humour et de son érudition. Mais j’ai trouvé un réel plaisir à l’évocation de son enfance, de son adolescence et à la narration de ses relations avec le cinéma, ses désillusions. J’ai aussi découvert avec curiosité ce Parvulesco, ce « psychogéographe de l’occulte », ce « marcheur qui randonne sur les chemins de l’invisible », « un émissaire du monde noir », comme le qualifie l’auteur.

Extrait page 115-116 :

Il ne me restait plus qu’à le lire, le loser magnifique, le perdant, l’outsider… Mais l’exercice s’est révélé périlleux… Tant de livres empilés. Tant de pages indigestes, avec, çà et là, un diamant, une émeraude, une perle…
Si l’homme se révélait drôle et sautillant, l’auteur s’est souvent perdu dans un labyrinthe de phrases ampoulées. Que retenir de ces livres épais, imprimés en petits caractères, de ces monologues alourdis par les adjectifs et les adverbes, de ces toiles d’araignée complotistes aux ramifications infinies ? Une vérité peut-être…
Dans Le Visage des abîmes, il dit de l’un de ses personnages : « Il était conduit par ses propres gouffres », ce qui le résume assez bien.



mercredi 15 septembre 2021

Grand Union


Grand Union – Zadie Smith

Gallimard (2021) Collection Du monde entier
Traduction de l’anglais par Laetitia Devaux

Je l’ai déjà écrit, j’ai du mal avec les nouvelles ! Qu’est-ce qui m’a pris de choisir ce recueil en tête de gondole à la médiathèque ? Peut-être l’étiquette Nouveauté sur la couverture ? Ou bien enfin l’occasion de découvrir la plume de Zadie Smith, sur laquelle j’ai souvent lu du bien au hasard des articles de blog ou de magazines, mais dont je n’avais jamais réussi à dénicher un des romans à la médiathèque ?

Eh bien, pas sûr que j’en sache plus sur l’écriture de Zadie Smith après la lecture de ces nouvelles, tant elles sont disparates, autant sur les sujets évoqués que dans les styles d’écriture !

D’ailleurs, je suis passée complètement à côté de certains textes, incapable d’en retirer ce qu’avait voulu dire l’auteure, quel était son propos, que voulait-elle démontrer.
En revanche, certaines nouvelles m’ont beaucoup plu, parce que pour une fois, je ne suis pas restée sur ma faim.

Ainsi, Bien sous tous rapports raconte les difficultés que rencontre Donovan pour se sortir des griffes de sa mère, pour échapper au cocon familial d’un petit théâtre de marionnettes, et pour être lui-même dans sa vie amicale et scolaire. Une intrigue en moins de vingt pages, où tout est dit, sans superflu mais sans que je me sois sentie frustrée au point final.

De même, Mlle Adèle et les corsets est une histoire bien ficelée (c’est le cas de le dire quand il est question de corset !), bien enlevée en vingt-cinq pages, qui dit tout ce qu’on peut ressentir dans une boutique quand on est regardée de travers et que l’on sait avoir sa propre originalité.

J’ai été émue par Une sacrée semaine et son héros, Michael Kennedy McRae, humble et persévérant, dont on découvre les mésaventures au fil des pages.

J’ai lu avec intérêt Déconstruire l’affaire Kelso Cochrane, basée sur une affaire réelle de meurtre non-élucidé à l'origine d'émeutes raciales à Londres en 1959.
 
Dans ces quelques textes, j’ai, pour une fois, trouvé que l’histoire racontée était tout à fait à l’aise dans le format de la nouvelle, qu’il aurait été superflu de l’étirer pour en faire autre chose. En revanche, j’ai parfois regretté de ne pas sentir davantage le point de vue de l’auteure. Elle n’exprime aucun avis, elle ne fait que décrire sèchement des situations. Quelquefois, le sens de l’histoire est évident, bien sûr, mais à d’autres moments, j’aurais aimé qu’elle soit plus démonstrative ou au moins plus explicative sur son objectif.

Entre la lecture de ce recueil et la rédaction de ce billet, j’ai commencé un autre roman de Zadie Smith, Ceux du Nord Ouest et je sais déjà que la démonstration et l’affichage de ses idées personnelles ne sont pas au programme, là non plus ! Il va falloir s’y faire…
 

jeudi 26 août 2021

Âme brisée


Âme brisée – Akira Mizubayashi

Gallimard (2019)
Lu dans l’édition Folio n°6941

Tokyo, 1938. Un dimanche après-midi, Rei, un garçon de onze ans accompagne son père au Centre culturel municipal. Celui-ci, Yu, violoniste, y retrouve trois jeunes amis chinois pour répéter l’œuvre à laquelle ils travaillent, le quatuor à cordes Rosamunde de Schubert. Rei occupe le temps en lisant son livre préféré. Mais la répétition est interrompue par un groupe de soldats, Yu n’a eu que le temps de cacher son fils dans une armoire et de lui recommander de ne pas en sortir. En ces temps de guerre sino-japonaise, il ne fait pas bon pour un japonais d’entretenir des relations d’amitié avec des chinois. Le caporal qui dirige les soldats brutalise Yu et brise son violon. Un lieutenant intervient par la suite et semble plus sensible à la beauté de la musique mais il ne peut rien faire pour empêcher l’arrestation des musiciens. Il se contente de rendre le violon endommagé à Rei, dont il a découvert la présence mais qu’il cache à son supérieur.

Soixante-cinq ans plus tard, Rei est un vieil homme, il s’appelle Jacques Maillard car il a été adopté par un ami français de son père. Il vit en France, exerce le métier de luthier et a consacré une bonne partie de son existence à restaurer le violon de son père. Lorsque sa femme, Hélène, archetière réputée, lui annonce qu’une jeune violoniste japonaise, Midori Yamazaki, vient de remporter un prix important, Jacques est loin de s’imaginer que la rencontre avec la jeune virtuose va bouleverser sa vie et lui permettre de retisser un lien avec son passé.

L’âme brisée, c’est à la fois celle du violon de Yu et celle du jeune garçon qui a assisté à l’arrestation de son père sans pouvoir rien faire. Rei s’est retrouvé en un instant complètement seul au monde. Il n’a plus jamais revu son père, n’a pas su ce qu’il était devenu. Même s’il a été traité comme un fils par le couple qui l’a adopté, il a gardé au fond de son cœur une blessure qui ne s’est pas refermée, même si son amour du violon et de la musique lui a donné une raison de vivre.

C’est une histoire très émouvante, bercée par la musique de Bach, en particulier deux œuvres que Yu, le père de Rei, avait joué ce dernier dimanche à Tokyo, le quatuor Rosamunde de Schubert et la Chaconne de la Partita n°3 de Bach.

J’ai beaucoup aimé la partie du roman où Jacques évoque ses années d’études et ses efforts pour acquérir une technique suffisante pour être capable de restaurer le violon de son père. L’instrument n’est plus seulement un objet, il devient presque un personnage à part entière, associé pour Rei au père qu’il a perdu et porteur de la tradition de lutherie, héritée de Mirecourt et de Crémone.

J’ai été moins sensible aux recherches de Jacques pour retrouver les traces du lieutenant. L’histoire est belle mais un peu attendue, comme une image d’Épinal.

Néanmoins, c’est un roman très agréable à lire, délicat et poétique, à prolonger par l’écoute des deux morceaux de musique qui le bercent et le rythment, et, pourquoi pas, par la lecture d'un livre de Yoshino Gensaburô, dont le titre français est Et vous, comment vivrez-vous ?. C'est ce livre que Rei lisait lorsque son père fut arrêté, c'est ce livre qui l'a accompagné sa vie durant et qui prend une place toute particulière dans l'histoire qui nous est racontée. Ce livre, un classique au Japon, vient d'être réédité en février 2021 chez Philippe Picquier.
 
Merci à Christine pour le prêt !


dimanche 15 août 2021

L'affaire Pavel Stein

L’affaire Pavel Stein – Gérald Tenenbaum

Cohen&Cohen (2021)
 

Quelques mois avant le passage à l’an 2000.
Paula Goldmann, jeune journaliste responsable de la rubrique cinéma-théâtre sur J-Médias, une chaîne thématique diffusée sur le web et sur les ondes hertziennes, se rend à la projection du dernier film de Pavel Stein,
Les Cent Vingt jours de Sodome. L’homme est écrivain, auteur de pièces de théâtre, cinéaste. Ses films parlent de la mémoire, de l’absence de ceux qui ont été exterminés pendant la deuxième guerre mondiale et il a construit son œuvre autour du vide, du manque.
Même si Paula est touchée par le film de Stein, elle est agacée par le comportement de l’homme et ne peut s’empêcher de l’attaquer verbalement par une question provocatrice. Énervée par la réplique du cinéaste, elle quitte les lieux puis ne le ménage pas dans son article. Quelques mois plus tard, elle reprend contact avec lui pour une interview. De façon inattendue, une relation amoureuse commence entre ces deux solitaires. Lorsque Pavel part au Tibet dans un monastère pour ce que Paula imagine être une retraite temporaire, un séjour pour se ressourcer, et qu’elle le rejoint pour quelques jours à son invitation, elle n’imagine pas qu’il s’agit de leur dernière rencontre. Vingt ans plus tard, elle se souvient et déroule le fil de la mémoire pour tenter de comprendre ce qui s’est passé à Lhassa.

 
Avec ce résumé, je présente une vision très partielle de ce roman.
Oui, c’est une histoire d’amour, tragique puisqu’interrompue, mais toujours présente dans l’esprit de Paula et on comprend pourquoi dans les dernières pages. Pavel Stein est malade, il s’est trouvé à Lhassa au moment où la Chine a envahi le Tibet. Il a écrit des messages à Paula pour lui raconter l’évolution de la situation mais ne les a pas envoyés. C’est un ami commun qui les ramène à Paula, alors que Pavel a disparu et que personne ne sait où il est.

Mais ce n'est pas que cela, le roman développe aussi les thèmes favoris de son personnage masculin : l’absence, le vide. Dans leurs vies personnelles, aussi bien Paula que Pavel en ont été les victimes et leur rencontre va aussi s’appuyer, de façon paradoxale, sur le vide et l’absence.
Finalement, en lisant ce livre, j’ai eu l’impression d’un tourbillon qui ramènerait sans cesse les mêmes évènements, sous des formes différentes. Ainsi, les deux héros trouvent dans le cours de leur existence l’occasion de réfléchir à ce qu’ont vécu ceux qui les ont précédés et qui ont été emportés dans la tourmente de la Shoah, même si Pavel refuse absolument ce terme pour évoquer l’extermination des Juifs. C’est par exemple ce qui se produit lorsque Pavel assiste dans son monastère à l’invasion de l’armée chinoise. Le dilemme des tibétains de Lhassa face aux assaillants et leurs choix lui évoquent la destinée des juifs du ghetto de Varsovie. C’est un passage très poignant du livre. 


 J’ai été surprise au début de ma lecture par la narration à la première personne. En effet, c’est Paula qui s’exprime, une jeune femme qui évoque des sujets très intimes. Comment un auteur masculin allait-il s’en sortir ? Mais finalement, très vite, j’ai oublié mes premières réticences et je me suis laissée porter par la narration et ses allées et venues dans le temps, au fil des souvenirs de Paula.


Je n’oublie pas que Gérald Tenenbaum est un mathématicien reconnu, il joue avec la présence des nombres au cours de son récit. Dans un premier temps, je me suis agacée de certaines phrases et puis j’ai finalement compris que l’histoire s’appuyait sur la succession des nombres premiers, en ordre décroissant à partir de 101. Je me suis alors amusée à les retrouver dans le texte, en savourant l’habileté de l’auteur à les placer dans le déroulement de l’intrigue, sans nuire à sa cohérence et à son sérieux. 


Bref, un roman que l’on doit lire et relire pour percevoir la richesse des niveaux de l’intrigue, au fil des différents récits qui s’entremêlent.


Merci aux éditions Cohen&Cohen et à Gérald Tenenbaum qui m’ont donné l’occasion de découvrir ce roman avant sa sortie en librairie prévue le 26 août.

L'avis de Cassiopée.
 

dimanche 1 août 2021

Brest-Vladivostok Journal d'un enthousiaste

Brest-Vladivostok Journal d’un enthousiaste – Philippe Fenwick

Éditions des Équateurs (2021)

Juillet 2008 à Avignon : Philippe Fenwick annonce son nouveau projet : Brest-Vladivostok, la plus grande tournée de théâtre itinérant jamais réalisée. Relier les deux villes, la plus grande distance terrestre, en jouant un spectacle dans les villes-étapes.
Les mois passent, il parle souvent du projet mais rien n’avance. Pourtant, il serait intéressant de profiter de l’année culturelle France-Russie en 2010 pour lancer la tournée.
Automne 2009, il commence à travailler sérieusement, crée une structure adaptée, embauche des collaborateurs, monte un dossier auprès du ministère, voit des gens influents, obtient enfin le soutien espéré. Il serait temps de trouver une histoire.
Un article du Télégramme, le quotidien brestois, lui offre un sujet en or : la disparition inexpliquée d’une gloire locale, Jacques Mercier. Le chanteur qui anima pendant vingt ans les nuits des cabarets de Recouvrance s’est comme évaporé d’un jour à l’autre. Personne ne l’a revu depuis janvier 1983, même ses plus proches voisines n’ont aucune idée de ce qu’il est devenu. Mais grâce à elles, Madame Schuller et sa fille Margot, Fenwick va découvrir qui était Jacques Mercier et les raisons pour lesquelles il est le héros idéal de son futur spectacle.

 

Philippe Fenwick est vraiment auteur, acteur et metteur en scène de théâtre, c’est un spécialiste du spectacle itinérant. Il a réellement joué sa pièce Atavisme jusqu’à Vladivostok. Mais comme le précise la quatrième de couverture : Tout est vrai, tout est faux dans ce conte picaresque. Et c’est ce qui fait tout le charme de cette aventure, qui promène le lecteur dans les méandres des administrations culturelles, au côté d’un auteur qui ne se prend pas au sérieux. Philippe Fenwick ne se prive pas de dénoncer l’absurdité et l’ironie de situations qu’il a probablement vécues, sur ce projet ou sur d’autres.
 

Je suis ressortie de cette lecture enchantée par sa verve, son humour et son imagination. Moi aussi, j’ai rêvé d’un voyage Brest-Vladivostok dans le Transsibérien, je m’y voyais presque !
 

Extrait page 40 :

10 novembre 2009
Anna trouve la tournée trop grande : trop de pays, trop de villes, trop d’artistes, trop de tout. Je ne veux pas l’entendre, car mes envois commencent à trouver un écho. Je rencontre la semaine prochaine une personne très influente : une retraitée du ministère de la Culture qui connait un Monsieur anciennement haut placé qui pourrait nous aider à obtenir un rendez-vous – via la chargée de communication de la Maison de la culture d’Amiens – avec la secrétaire générale par intérim de la scène nationale de Forbach. C’est déjà un bon début, la Moselle est sur la route de l’Extrême-Orient.

J’ai choisi ce livre dans la sélection Babelio pour une des récentes opérations Masse critique. Merci à eux et aux éditions des Équateurs cet envoi gracieux.