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vendredi 4 mai 2012

La Resquilleuse

La Resquilleuse - Mary Wesley
Éditions Héloïse d'Ormesson (2011)
Traduit de l'anglais par Michèle Albaret.


Mathilda vit en compagnie d'un jars, Gus, dans la maison familiale, vide depuis la mort de Tom, son mari tant aimé, depuis le départ de ses enfants, dispersés sur la planète.  Leurs vieux animaux familiers sont morts également et plus grand-chose ne retient Mathilda à la vie. Elle a donc tout organisé, trouvé un refuge pour Gus, rangé sa maison, et préparé un pique-nique, son dernier repas qu'elle compte prendre face à la mer avant de se laisser engloutir par les flots. Mais un groupe de jeunes a envahi la plage pour une fête nocturne et les plans de Mathilde sont bouleversés, elle n'arrive pas à suivre le planning qu'elle s'était fixé. La rencontre avec Hugh, qu'elle soupçonne d'avoir envie d'en finir de la même manière qu'elle, lui donne l'occasion d'être utile à quelqu'un. Le jeune homme est pourchassé dans toute l'Angleterre pour avoir tué sa mère et Mathilda décide, comme une dernière bravade, de le cacher et de l'aider.

Tout le talent de Mary Wesley est de raconter d'une façon burlesque et irrévérencieuse une histoire tragique. Mathilda a vécu heureuse et veut en finir avant que la vieillesse ne s'installe et lui ôte son énergie. Elle et Tom avaient toujours envisager de mettre fin à leurs jours ensemble, avant la "dégringolade", comme Tom appelait la décrépitude. Mais Tom est mort seul, lors d'un voyage à Paris et Mathilde se sent coupable d'avoir continué à vivre sans lui, comme si elle l'avait trahi. Au cours des quelques semaines où Mathilde cache Hugh, leurs conversations lui donnent l'occasion de découvrir son mari sous un aspect inconnu et de reconsidérer leur vie commune. Profitera-t-elle de cette remise en question pour prendre un nouveau départ ?

De Mary Wesley, j'avais lu Les raisons du coeur et j'avais été surprise du ton et du style de cette femme de plus de soixante-dix ans. Ici, aussi, c'est ce qui étonne, il y a beaucoup de vitalité et d'impertinence dans cette histoire. Aucun souci des bonnes manières et une grande envie de battre en brèche les convenances et les règles. Un régal !


Les avis de Karine et de Theoma.

A lire : un extrait sur le site de l'éditeur.

Une lecture de plus dans le cadre du challenge Voisins-Voisines 2012 d'Anne pour l'Angleterre.




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samedi 31 mars 2012

Une seconde vie

Une seconde vie - Dermot Bolger
Éditions Joëlle Losfeld (2012)
Traduite de l'anglais par Marie-Hélène Dumas

Sean Blake a failli mourir au cours d'un grave accident de la route. Pendant quelques instants il a été cliniquement mort et ce passage dans l'au-delà lui a fait rencontrer des visages connus comme celui de son grand-père ou de ses proches, et un autre qui reste pour lui un mystère, un jeune homme revêche et menaçant qui l'a repoussé fermement vers l'univers des vivants.
Sean se rétablit mais devient comme étranger à son milieu familial. Le traumatisme qu'il a vécu réveille en lui un épisode qu'il a caché à sa femme : Depuis l'âge de onze ans, Sean sait qu'il est un enfant adopté, mais jusque là, il s'est accommodé de ce secret. Après sa convalescence, Sean est décidé à retrouver ses parents biologiques, à comprendre les raisons de son abandon et à identifier ce jeune homme dont le visage le hante.

Si je vous dis que ce roman se passe en Irlande, vous devinerez très vite ce qui a pu se arriver à la mère de Sean et quelles sont les raisons qui l'ont poussée à abandonner son bébé. D'ailleurs, le mystère de la naissance de Sean est assez vite révélé au lecteur puisque l'auteur nous fait suivre en parallèle l'existence d'Élisabeth Sweeney, une vieille femme qui perd la tête et parcourt les rues à la recherche de son Petit Garçon Bleu.
Le roman s'attache plutôt à accompagner Sean dans son parcours à travers l'Irlande et à travers sa propre existence vers ce Francis qu'il a été quelques semaines, vers sa mère qu'il n'a pas connue et vers ce jeune homme dont il va découvrir le secret.
Le sujet est grave mais Dermot Bolger refuse de sombrer dans le larmoyant et la facilité. Son évocation de ces jeunes filles-mères, obligées d'abandonner leur enfant et forcées de cacher leur honte toute leur vie est poignante mais c'est la quête de Sean qui importe dans ce livre, sa volonté de comprendre ce qui est arrivé, à lui et à sa mère, afin de s'approprier sa première vie, de s'en libérer et de vivre la seconde en connaissance de cause.
De la mousse obstruait les gouttières de l'immeuble au coin de la rue. Il y avait sur le toit des ardoises cassées qui provoqueraient des dégâts pendants l'hiver. Une jeune étudiante jeta un coup d’œil à travers les rideaux en dentelles d'une lucarne. Tandis qu'elle se penchait pour observer les voitures bloquées dans les deux sens, je vis les ballons de fête dont elle avait scotché les ficelles sur la vitre et le haut de sa tête encore mouillée de la douche. Les automobilistes qui nous regardaient derrière leur pare-brise semblaient terriblement stressés. Où allaient-ils tous, en ces limbes d'entre Noël et le jour de l'An, quand les bureaux et les usines étaient fermés ? J'étais désolé pour eux, car voici qu'ils se retrouvaient forcés de contempler mon cadavre. Mais pas pour moi. Je ne ressentais vraiment aucune émotion particulière vis-à-vis de mon corps qui gisait à moitié hors de la voiture broyée, et à moitié dedans. (pages 15-16)
Ce qui est aussi intéressant, c'est que l'auteur a donné, lui aussi, une seconde vie à son roman. Ainsi qu'il l'explique dans sa note au lecteur en préambule, il avait publié sous le même titre un premier roman en 1993. Mais insatisfait de la façon dont il avait traité cette histoire, il avait toujours refusé les réimpressions et quelques années plus tard, il a réécrit son roman.

Ce roman n'est donc ni l'ancien ni tout à fait un autre. J'aime à le considérer comme un roman remanié, celui que j'aurais pu écrire si - plongé à la fois dans les évènements de ma vie personnelle et les changements de la société qui m'entourait - j'avais pris une respiration profonde et dit : "Je vais recommencer." (page 10)

J'ai découvert ce livre grâce au billet de Lewerentz et cette lecture me permet de participer au challenge Voisins-Voisines 2012 d'Anne pour l'Irlande.




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lundi 5 mars 2012

Rose Candida

Rosa CandidaAudur Ava Ólafsdóttir
Éditions Zulma (2010)
Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
 

Arnljótur est à peine sorti de l'adolescence et il est déjà père d'une petite fille, née presque par hasard d'une relation éphémère avec Anna, une étudiante qu'il connaissait à peine. Depuis la mort de sa mère dans un accident de voiture, Arnljótur vit avec son père, un ancien électricien, et Jósef, son frère jumeau handicapé. Il poursuit avec amour l'œuvre de sa mère, la culture de multiples variétés de roses dans le jardin, sous la serre construite des années auparavant par le père. Arnljótura a travaillé quatre mois sur un bateau de pêche mais n'a pu s'habituer à la rudesse de cette vie en mer. Il vient de trouver un emploi de jardinier dans un monastère, loin sur le continent et s'apprête à quitter son village, emportant quelques boutures de rosiers, lorsque cette histoire commence.

Quel ravissement que ce livre d'Audur Ava Ólafsdóttir sur lequel j'avais lu de nombreux éloges. Comme une rose fragile implantée dans un terreau favorable, le héros s'épanouit au contact des autres, candide et sans préjugés, conscient de son ignorance mais prêt à tout apprendre. 
Porté par le souvenir de sa mère, il aborde l'existence en toute innocence, observe les choses et les gens et apprécie les petits bonheurs furtifs qu'il sait saisir et apprécier, d'autant qu'il a pris conscience de la fragilité de la vie et de sa destinée de mortel. 
Face à sa responsabilité de père, il ne se dérobe pas, même s'il est loin d'être sûr de lui. Lorsqu'Anna fait appel à lui pour s'occuper de Florá Sól pendant qu'elle rédige son mémoire, il accepte, malgré ses incertitudes. Grâce à son travail dans la roseraie du monastère, grâce à Frère Thomas qui lui apprend la vie à travers le cinéma, et surtout grâce à l'enfant et à la jeune femme, Arnljótur émerge d'un quotidien où la mort est trop familière pour se tourner vers la vie. 
Un roman magnifique !

Extrait p. 25-26 :
Maman avait parfois des idées, comme celle de prendre la route à l'aube pour aller cueillir des myrtilles le jour de son anniversaire, en quelque endroit mystérieux qui lui était cher. Elle allait ensuite nous inviter, nous les gars, comme elle nous appelait, papa, Jósef et moi, à manger des gaufres aux myrtilles fraîchement cueillies avec de la crème fouettée. Je me rends compte à présent que ça a dû parfois être dur de n'avoir que des hommes à la maison, de n'avoir pas de fille. Je prends tout mon temps avant d'approcher maman à l'intérieur de la voiture renversée dans le creux de lave. Je me donne vraiment le temps d'inspecter la nature, de tournoyer au-dessus des lieux, comme un caméraman prenant une vue aérienne du haut d'une grue, avant d'en venir à maman elle-même, l'actrice principale autour de laquelle tout gravite. C'est le sept août et je décide que l'automne a été précoce. C'est pourquoi je vois beaucoup de rouge et d'or flamboyer dans la nature ; je me représente toutes les nuances de rouge sur le lieu de l'accident ; la bruyère rousse, le ciel sanglant, les feuilles carmin sur des rameaux proches, la mousse mordorée. Maman elle-même portait un gilet bordeaux et l'on n'a pas vu le sang coagulé avant que papa ne rince le lainage dans la baignoire, à la maison.
Le premier chapitre est à écouter ici.
A consulter : La fiche du livre chez Zulma et les avis de Cathulu et Céleste

Lu dans le cadre du défi Voisins-Voisines 2012 d'Anne, pour l'Islande.

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mercredi 15 février 2012

Les raisons du coeur

Les raisons du coeur - Mary Wesley
Editions Héloïse d'Ormesson (2002)
Traduit de l'anglais par Michèle Albaret

Printemps 1926, Dinard : Quelques familles anglaises ont trouvé refuge pour les vacances de Pâques sur la côte d’Emeraude, loin des rumeurs de grève générale qui menacent l’Angleterre. Il y a les Leigh et leur fils de quinze ans, Cosmo, et Mrs Wyndeart-Whyte, une veuve, accompagnée de son fils Hubert, surnommé Blanco, du même âge que Cosmo. Les deux adolescents partagent leur temps entre leçons de piano, parties de bridge ou de tennis, visites non autorisées au casino et promenade sur la plage, à la recherche d’hypothétiques conquêtes féminines. Justement, le directeur de l’hôtel a annoncé l’arrivée prometteuse d’une baronne hollandaise, flanquée de cinq filles et d’un fils. Si les cinq demoiselles ne comblent pas leurs attentes, Cosmo et Hubert sympathisent avec Félix, leur frère, qui fait battre le coeur de nombreuses jeunes vacancières. Et puis, il y a Flora Trevelyan, une fillette de dix ans, indépendante et solitaire. Ses parents s’occupent peu d’elle, préférant la laisser à la garde d’une gouvernante ou de qui veut bien se soucier d’elle. Flora rend de menus services aux familles de l’hôtel en promenant leurs chiens, elle apprend le piano chez une immigrée russe, Mme Tarasova qui survit grâce à son travail de couturière. Malgré son jeune âge, Flora tombe amoureuse des trois garçons, indissociablement, et le souvenir de ces quelques semaines de vacances va marquer durablement le cours de son existence.

Au fil des dizaines d’années qui s’écoulent entre les pages de ce roman, c’est le personnage de Flora qui insuffle sa grâce à l’histoire. Enfant, elle fait preuve d’une grande indépendance malgré son jeune âge, habituée à être délaissée par ses parents et livrée à elle-même et à la bienveillance des familles qui la prennent en pitié. Mais au fil des années, sa liberté agace les mères de famille qui voient en elle un danger et Flora doit apprendre seule à trouver son chemin à travers la vie et ses embûches.

Ce livre agréable et distrayant m’a fait passer un bon moment. Ecrit par une anglaise de soixante-dix huit ans, il surprend par un ton moderne et un style vivant, des dialogues incisifs et des personnages attachants.  

Les avis de Lilly et de Théoma.


Cette lecture me permet de participer au défi Voisins-Voisines 2012 d'Anne, qui a repris le flambeau de Kathel.

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