mercredi 22 janvier 2020

des vies débutantes

des vies débutantes – Sébastien Verne

Asphalte éditions (2019)

Dans le Wisconsin en 1992 : Adrien, un jeune français, passionné de photographie, travaille comme taxi dans la petite ville de La Crosse. Son objectif est clair, travailler le plus possible pour gagner l’argent nécessaire pour aller dans le Maine et s’adonner à sa passion. Quelques mois plus tard, la chance lui sourit, une de ses photos a été repéré par le Photo Center de Rockport, Maine, où on lui propose un job de technicien à mi-temps.
Arrivé à Rockport, Adrien se lie avec Gloria, la responsable du centre et Travis, le technicien avec lequel il travaille en binôme. Très vite, ils deviennent inséparables et se lancent dans des petits trafics peu recommandables pour arrondir leurs fins de mois. En parallèle, ils ont l’occasion de rencontrer des pointures de la photographie, qui ne sont pas avares de conseils. Et puis, tout s’emballe, Travis décide de cambrioler les réserves du centre, les deux hommes s’enfuient en voiture puis Travis abandonne Adrien dans une station-service. Heureusement que Gloria vient pour le sauver de la police et qu’elle l’emmène au Québec tout proche pour qu’il regagne la France.
Vingt ans, plus tard, alors que Adrien est devenu professeur de français auprès de migrants, il reçoit une invitation de Gloria à un hommage organisé en l’honneur de Travis, photographe professionnel mort en reportage en Somalie. L’occasion lui est donnée de retraverser l’Atlantique et de retrouver les lieux de sa jeunesse.


C’est un roman organisé en trois parties, inégales. La première, la plus courte, à peine une quarantaine de pages, est superbe, rythmée. On accompagne Adrien dans ses courses, ses haltes dans les bars, ses pauses photo sur les bords du fleuve Mississipi, une séance de pêche avec Slim. Les descriptions sont précises, rapides, on est tout de suite dans le décor

Page 24 :
Alors Adrien fait encore deux, trois passages au dancing, les veuves et les veufs patientent jusqu’à son retour de course, réputation de taxi qui sent bon. Le compteur tourne et les miles s’égrènent. Il ouvre la fenêtre, ça sent le vieux. Ses oreilles sifflent. Le vent, le bruit et le froid remplissent son véhicule. Il traverse le fleuve. Maintenant, vers la fin de l’hiver, les berges du monstre sont un fruit flétri attaqué de pourriture, un compost en devenir, mordu jusqu’au cœur par le froid tyrannique de la saison. Une boule informe de billets verts usagés profite au fond de ses poches, il palpe sa recette, satisfait. Les danseuses en ligne du Concordia sont toutes rentrées, les rengaines country se sont enfin tues. Après son dernier passage, il s’arrête au Kwik Trip. Devant lui, un pickup hors d’âge. Du coffre dépasse, à moitié sanglé, un grand cerf abattu par balle. La langue sanguinolente, ses deux yeux rivés sur les étoiles. Du sang coagulé sur le pare-chocs, ses grands bois dépassent, il garde une présence inquiétante. Adrien fait une image et s’éloigne.
La deuxième partie, c’est la période au centre photographique. Elle commence très fort par une partie de pêche au homard, où on retrouve le style du début. Il y a aussi une séance où Adrien bénéficie des conseils en développement de photo d’un des pontes du centre. En très peu de phrases, on comprend tout de l’art du développement, de la maitrise de la nuance, de la fabrication de l’image. Mais à côté de ces moments précieux, il y aussi des instants bâclés, des accélérations superflues, des faiblesses dans l’histoire. Les petits trafics, le cambriolage, la fuite d’Adrien, je suis restée un peu à côté de ces péripéties, la magie n’est plus là.

Troisième partie, vingt ans plus tard. Face aux photos de Travis, Adrien replonge dans sa jeunesse passée et perçoit la banalité de son existence. Gloria, elle, n’a pas renoncé à ses projets d’antan et la présence d’Adrien lui permet de finaliser l’arnaque où tout le monde trouve son compte, à part le lecteur, peut-être, qui ne sait plus dans quel style de roman il s’est laissé entraîner. Un bref séjour dans la tribu dont est originaire Gloria, on espère retrouver l’authenticité de la nature et des coutumes ancestrales, mais non, c’est déjà la fin, on ne sait quoi en penser !

Premier roman, très prometteur au début et c’est ce que je retiendrai de ce livre. Dommage que Sébastien Verne ait voulu juxtaposer plusieurs histoires – et encore, je n’ai pas parlé de celle de la souris qui donne lieu à une utilisation d’une chanson bien connue pour nommer les chapitres de la deuxième partie – avec des styles de narration et des rythmes différents. Mais cette juxtaposition m’a paru sans réelle nécessité, comme si l’auteur n’avait pas réussi à choisir le type de roman qu’il voulait écrire. J’espère qu’il n’en restera pas là, je lirai son prochain roman, c’est certain !

Les avis de Yann, Caroline.

À noter : Sébastien Verne nous propose sur le rabat de la quatrième de couverture une playlist à écouter pendant ou après la lecture, que l'on retrouve sur le site de l'éditeur.

mardi 31 décembre 2019

Repose-toi sur moi

Repose-toi sur moi – Serge Joncour

Flammarion (2016)

Ludovic travaille pour une agence de recouvrement. Son quotidien, c’est rendre visite à des gens endettés et arriver à leur faire signer des chèques pour un remboursement échelonné de leur créance. Depuis qu’il a quitté la ferme familiale après le décès de sa femme, il exerce sa mission avec conscience mais sans passion.
Aurore est une styliste réputée, cofondatrice de l’entreprise qui porte son nom et sa marque, et qui est confrontée à des difficultés financières. C’est aussi la mère de deux jeunes enfants et l’épouse d’un businessman américain. Malgré cette vie bien remplie, Aurore est particulièrement contrariée par la présence de deux corbeaux dans la cour de son immeuble haussmannien, deux corbeaux dont les croassements l’angoissent outre mesure. Par hasard, elle fait part de ses craintes à Ludovic, qui habite un autre immeuble donnant sur la cour. Ludovic est sensible à l’inquiétude de la jeune femme qu’il a déjà aperçue par la fenêtre et il fait le nécessaire pour éliminer les corbeaux. Une étrange relation se noue alors entre ces deux êtres si différents qui vont trouver chacun dans l’autre l’occasion de dépasser les rôles qu'ils tenaient jusque là.
 

Ainsi, Ludovic, dont l’existence est plutôt terne et sans histoire, devient une sorte de héros aux yeux d’Aurore grâce à l’aide qu’il lui apporte à plusieurs reprises. Aurore, qui est fragilisée par la trahison de son associé, trouve auprès de Ludovic l’écoute et la présence dont elle a besoin. Plus tard, lorsque Ludovic traverse une période compliquée, elle sait, mobilisant ses réflexes de chef d’entreprise, trouver le ressort nécessaire pour faire face.

L’histoire met du temps à s’installer, entre les visites de Ludovic à ses clients endettés et ses séjours à la ferme de ses parents, et les démêlés d’Aurore face aux machinations de son associé. Mais il faut patienter, apprécier les différents styles de roman qui se succèdent ici : roman social, roman d’amour, thriller même. On suit tour à tour les interrogations de Ludovic et d’Aurore sur leur relation et les idées fausses qu’ils se font l’un de l’autre, leur manque de confiance en eux, leur ignorance de leur valeur. Le dénouement est surprenant, mais assez évident finalement. On ressent un certain apaisement, la fin de la lutte contre soi-même, contre les autres, juste l’envie de prendre soin de soi, de prendre le temps de vivre.

Un beau roman qu'il faut laisser se développer à son rythme. C'est la deuxième fois que je lis Serge Joncour, ce n'est pas la dernière !

lundi 30 décembre 2019

Je suis le carnet de Dora Maar

Je suis le carnet de Dora Maar – Brigitte Benkemoun


Stock (2019)

L’auteur a trouvé dans un agenda acheté sur eBay un répertoire téléphonique où elle découvre avec surprise des noms célèbres : Cocteau, Chagall, Giacometti, Lacan, Aragon, Breton, Brassaï, Braque, Balthus, Éluard, Leonor Fini et d’autres encore. Un calendrier à la fin du carnet lui permet de dater ce répertoire de l’année 1951. Elle commence alors son enquête pour tenter d’identifier à qui il appartenait. En quelques mois, elle arrive à la conclusion qu’il s’agit de Dora Maar, qui fut l’une des compagnes de Picasso, sa muse, une photographe et une peintre de talent, amis aussi une femme malade et tourmentée. 
Brigitte Benkemoun retrace alors la vie de Dora Maar et celle de ses illustres amis, Picasso y tenant une grande place. On parcourt ainsi une partie du XXème siècle aux côtés des plus grands artistes, des intellectuels, des médecins mais aussi du coiffeur de Dora, de son architecte, de son marbrier, de son plombier.

C’est un livre passionnant, riche et documenté, que j’ai lu avec un grand plaisir. Je n’ai pas eu l’occasion de voir l’exposition consacrée à l’œuvre de Dora Maar au centre Pompidou l’été dernier et je le regrette. C’est un des effets de ce livre, on a envie d’en savoir plus sur les personnalités évoquées au cours des pages même si, avec Picasso, c’est plutôt la déception car il n’apparaît pas vraiment sous un jour très sympathique ! Grâce au travail de Brigitte Benkemoun, Dora Maar est replacée dans son œuvre et dans sa vie, bien au-delà de l’image de "la femme qui pleure".

Ce livre était une recommandation de mon libraire lors de la présentation des coups de cœurs avant l’été. Il ne s’est pas trompé !

Jusqu'aux yeux...

Jusqu’aux yeux… - Zoë Barnes

Traduit de l’anglais par Marie Dupraz
Ramsay (2002)
Lu dans l’édition Pocket

Melanie Norton vient de se faire plaquer par Gareth, son petit ami. Il entretenait une liaison depuis trois mois avec la colocataire de Mel. Si elle est malheureuse en amour, tout se passe mieux sur le plan professionnel : responsable du rayon prêt-à-porter masculin d’un grand magasin, elle vient de se voir confier en plus l’organisation de la semaine américaine au printemps, pour fêter l’ouverture d’un magasin à Los Angeles. Un surcroit de travail en perspective mais l’espoir d’une promotion qui serait bienvenue à l’heure où elle va devoir supporter seule le coût de son logement. Une situation prometteuse qui semble bien compromise lorsque Mel découvre qu’elle attend un bébé et qu’elle ne peut espérer aucun soutien de la part de ses parents.
 

Un roman de chick-lit, il ne m’arrive pas souvent d’en lire. J’ai trouvé celui-ci dans les boites à lire de ma commune, d’anciennes cabines téléphoniques transformées où l’on peut déposer les livres dont on veut se débarrasser et prendre ceux que l’on souhaite. Je l’avais choisi en prévision d’une période de panne de lecture ou de déprime. C’est à la grisaille de novembre que je dois d’avoir sorti ce livre de mes étagères où il patientait depuis un moment.

Une héroïne confrontée à toutes les catastrophes en même temps et qui fait front, malgré les nausées inévitables, les jalousies et les coups bas de ses collègues, la désertion de ses parents, quoi de mieux pour sortir de la morosité où m’avaient plongée quelques journées pluvieuses et venteuses ? Une lecture sans effort, où l’on devine les rebondissements à venir, où tout se règle à coup de volonté et de persévérance, finalement ça vaut bien tous les livres de développement personnel et ça regonfle le moral ! Si on s’intéresse en plus au fonctionnement d’un grand magasin, aux relations entre les différents départements et aux méthodes de marketing qui y sont employées, on passe un bon moment avec cette histoire vite lue malgré les 450 pages et aussi vite oubliée dans les détails !

Vous plaisantez, monsieur Tanner

Vous plaisantez, monsieur Tanner – Jean-Paul Dubois

Éditions de l’Olivier (2006)

On a tous entendu les récits cauchemardesques d’amis ou de connaissances qui se sont lancés dans des projets de construction ou de rénovation de maison. Ils ont tous des anecdotes au sujet d’artisans au planning fantaisiste, qui viennent travailler un jour puis ne montrent plus leur nez pendant des jours, laissant les travaux en plan et les outils en désordre. Ou alors des histoires de plombier qui se terminent par une inondation lors de la remise en eau. Ou bien encore ces terrasses dont la pente est telle que l’eau de pluie s’accumule du côté de la maison au lieu d’être évacuée.

Et bien, j’ai retrouvé tout cela et bien plus dans ce livre de Jean-Paul Dubois. Le héros, documentariste, hérite un jour d’une maison où tout est à refaire. Contre tout bon sens, il met en vente celle où il vit et qui lui convenait parfaitement pour se lancer dans la rénovation de sa nouvelle demeure. Commencent alors des ennuis sans fin, des catastrophes en chaîne qui vont le conduire dans un gouffre financier et une vie de chaos, tandis que défile chez lui une troupe d’artisans et de bricoleurs du dimanche plus caricaturaux les uns que les autres.

J’ai craint le pire au début de cette lecture car ça commence très fort avec le duo de couvreurs qui n’a même pas d’échelle (à quoi bon, tout le monde a une échelle !) et dont le comportement frise le grotesque. Heureusement, les travers des autres artisans qui interviennent ensuite sur le chantier sont plus nuancés, plus humains et plus crédibles. On rit beaucoup, on a parfois froid dans le dos et personnellement, à la fin de cette lecture, la dernière chose que j’aurais envie de faire serait de faire faire des travaux chez moi !

Une lecture distrayante d’un auteur que je n’avais jamais lu mais que j’ai voulu découvrir puisqu’il a obtenu le prix Goncourt cette année !

Extrait page 90-91
Igor Zeitsev était un jeune russe qui effectivement ne maîtrisait pas les nuances et la complexité de la langue française. Mais la défiance que lui témoignait Chavolo n’avait qu’un lointain rapport avec ses difficultés d’expression. Il faut savoir que, dans le bâtiment, les corps de métiers se vouent un mépris aussi inexplicable qu’inextinguible. Le plâtrier tient le maçon pour un pouilleux et le plaquiste pour un escroc. Le chauffagiste regarde de haut le fumiste qui, lui-même, toise le jointeur. Quant à l’électricien, électron agaçant, il ne voit même pas le peintre, que, souvent, le carreleur rabroue. Le charpentier n’est qu’un primate aux yeux du menuisier que le couvreur tient pour quantité négligeable, tandis que le zingueur, albatros des toitures, raille le plombier, vague ratier de la tuyauterie.

dimanche 29 décembre 2019

Comme psy comme ça

Comme psy comme ça – Mardi Noir

Payot (2018)

Derrière Mardi Noir se cache (ou pas) Emmanuelle Laurent dont je suis les vidéos sur Youtube.
J’aime sa façon de parler de psychanalyse, son humour, sa sincérité, son anticonformisme.

Je l’ai retrouvée complètement dans ce livre, où, en 20 chapitres, elle aborde des sujets classiques avec son style bien à elle : la jalousie, le narcissisme, la dépendance affective, le pervers narcissique, l’angoisse, l’hystérie, le désir, l’amitié pour en citer quelques-uns. Bien sûr, on rencontre Freud et Lacan au détour des pages et des concepts expliqués, mais pas trop si ça peut rassurer les allergiques !

J’ai bien aimé le chapitre sur les mots et leurs sens cachés, et celui qui explique le signifié et le signifiant. L'auteur s’appuie sur une anecdote vécue et on comprend tout !

J’ai aussi été touchée par l’histoire personnelle qu’elle nous raconte, elle dévoile un secret de famille et on perçoit tout ce qui peut se cacher dans des non-dits et comment ils peuvent peser sur une existence.
En revanche, à la première lecture du chapitre 7, Narcissiquement vôtre, je n’avais pas tout compris sur le moi, le surmoi et le ça ! À la deuxième lecture, c’est un peu plus clair, surtout après avoir vu la vidéo consacrée au surmoi ici !

Un petit livre à lire et à relire, pour découvrir, peut-être, certaines choses sur soi et sur les autres, et pour se faire du bien certainement !

Quelques extraits :
Là s'enchaîne le souvenir sur le hamster. Elle m'écoute. À mesure qu'elle ne dit rien, je mesure la portée de ce souvenir et l'imposant secret gardé par ma mère et moi contre mon père. Je ris. Je n'en reviens pas. Elle me regarde et ajoute : « Et dans hamster, il y a "se taire" … Très bien, Emmanuelle, quand nous revoyons-nous ? » J'étais sciée. Première séance avec elle. Ça dépotait. Je pleurais et riais en même temps. Et puis cette punchline du « se taire », sont quand même forts ces lacaniens ! (page 91)
 L'hystérie ne cherche pas de réponse, malgré ce qu'elle aime nous faire croire. Elle cherche à être entendue. De cette écoute naissent de nouvelles approches. De cette écoute naissent des interrogations et des remises en cause du discours dominant. Elle est salvatrice et tellement moderne. J'espère profondément qu'elle ne pourra jamais être jugée comme démodée. À bon entendeur ! (page 145)

D'autres avis chez Loupbouquin et sur Babelio.

lundi 23 décembre 2019

Le discours

Le discours – Fabrice Caro

Gallimard (2018)

Dîner de famille chez les parents d’Adrien, en compagnie de Sophie, sa sœur, et de Ludovic, son futur beau-frère. D’ailleurs, Ludo vient d’informer Adrien qu’il compte sur lui pour faire le discours lors de la cérémonie de leur mariage, ce qui plonge Adrien dans la confusion car il n’a vraiment pas la tête à ça. Déjà trente-huit jours que son ex, Sonia, a décidé de mettre leur relation en pause et qu’il est sans nouvelles d’elle. Trente-huit jours qu’il réfrène l’envie de l’appeler ou de lui envoyer un texto, suivant la « théorie qui veut que l’absence renforce la présence, qu’il faut nourrir la cristallisation comme on nourrit un animal de compagnie, créer le manque, laisser le champ libre au mystère. » Et puis, à 17h24, juste avant de partir chez ses parents, Adrien a craqué et a envoyé un SMS à Sonia, ravi de voir qu’elle l’a lu à 17h56 et consterné de constater, au fil des heures qui s’écoulent pendant ce dîner, qu’elle ne lui répond pas.
Alors que le dîner se déroule sans autre surprise que la demande de discours, Adrien imagine les circonstances qui pourraient expliquer que Sonia ne soit pas en mesure de lui répondre, il se remémore les étapes de leur relation, la rencontre, les premiers moments idylliques et puis la routine qui s’installe, conduisant à cette pause imposée. S’intercalent avec les souvenirs les échanges entre les convives, les rituels immuables du dîner, la difficulté pour Adrian de s’extraire d’un rôle pré-attribué et ses tentatives d’élaboration du futur discours.


Tout cela pourrait être banal sans le ton burlesque qui accompagne les pensées d’Adrien et sa perception du déroulé du repas, ses interrogations sur la conduite à tenir vis-à-vis de Sonia, ses velléités de refuser la charge du discours et sa conscience que les évènements lui échappent, quoi qu’il fasse.

Ce roman de Fabrice Caro, auteur de BD bien connu sous le nom de Fabcaro, avait été recommandé par mon libraire lors de la soirée de présentation des coups de cœur 2018 et cette mise en avant était bien méritée. J’ai beaucoup ri à la lecture de ce livre, je trouve que les travers des repas de famille y sont vraiment bien représentés. Cette impression de toujours revivre la même chose, d’être placé dans un rôle dont on ne peut se sortir et qui ne correspond plus à ce qu’on a pu être à un moment de sa vie, je l’ai déjà éprouvée. Dans la réalité, on ressent plutôt un malaise face à cette situation, mais ici, c’est un comique désabusé qui s’exprime et on s’amuse beaucoup. Les tergiversations du héros à propos de son texto à Sonia sont aussi très drôles - Pourquoi ne me répond-elle pas, Ah mais oui, j’aurais dû mettre un point d’interrogation à la fin de ma phrase plutôt qu’un point d’exclamation, je vais peut-être écrire à sa meilleure copine pour savoir comment elle va, Mais non, c’est encore plus nul… - elles s’inscrivent bien dans l’air du temps et à l’ère de la communication immédiate.

Un livre à ne pas négliger si vous le trouvez sur votre chemin.

J’ai vu que Fabrice Caro avait un autre roman à son actif, Figurec publié en 2006. Il n’est pas à la médiathèque mais j’espère malgré tout avoir l’occasion de le lire.


D'autres avis élogieux sur le blog de Krol et sur Folittéraires.