samedi 5 septembre 2026

Le carnet d'or

Le carnet d’or – Doris Lessing 

Éditions Albin Michel (1976) - Le Livre de Poche (1980) 
Traduit par Marianne Véron 
Prix Médicis étranger 1976 

Œuvre majeure de Doris Lessing, Le carnet d’or se compose de plusieurs entités : le roman intitulé Femmes libres qui en constitue la trame principale, quatre carnets de couleur que tient le personnage principal, Anna Wulf, et le carnet d’or, but ultime du récit.

L’histoire se passe au 20ème siècle, au milieu des années cinquante, à Londres. Anna Wulf est écrivain, elle vit avec sa fille d’une dizaine d’années, Janet. Elle a vécu en Rhodésie, y a rencontré son mari puis a divorcé.
Anna Wulf a écrit un roman qui a eu un certain succès, Frontières de guerre, ce qui lui assure un revenu modeste mais elle est confrontée à la difficulté d’écrire le suivant. 
Elle a toujours été sympathisante du parti communiste, a fini par y adhérer après beaucoup d’hésitation, y a milité puis en a été exclue pour avoir manifesté ses doutes et ses interrogations. 
Quand le roman commence, Anna vit depuis cinq ans une relation amoureuse avec un homme marié mais elle sent que celui-ci s’éloigne d’elle et il finit par la quitter, ce qui la plonge dans une profonde dépression. Elle partage ses tourments avec son amie Molly, elle-même divorcée, qui rencontre des difficultés avec son fils Tommy, jeune adulte suicidaire.
Pour tenter de se sortir de son mal-être, Anna écrit dans des carnets. Le carnet noir est réservé à ses interrogations d’écrivain et s’appuie sur des épisodes de sa vie passée en Rhodésie. Le carnet rouge, c’est son parcours politique, son expérience avec le parti communiste. Dans le carnet jaune, Anna tente d’écrire un roman autour de la figure d’Ella, une femme qui partage de nombreux points communs avec elle, qui vit des expériences similaires. Elle essaye ainsi de démêler l’écheveau compliqué de l’existence. Le carnet bleu est tout simplement le journal d’Anna et prend des formes multiples. Enfin, le carnet d’or est une tentative de concentrer en un seul récit le contenu des autres carnets, Anna y assume ses difficultés psychologiques, sa dépression, ses névroses.


J’avais déjà lu Le carnet d’or dans les années 90 et je me souviens que j’avais été éblouie par ce roman, en partie à cause de sa construction mais aussi par les thèmes féministes qui y sont développés. Je m’étais promis de le relire et j’ai profité des challenges de l’été pour m’y mettre.


Je n’ai malheureusement pas retrouvé le même bonheur lors de cette relecture. Le féminisme d’Anna et de Molly correspond à une époque maintenant lointaine et semble très daté. En effet, même si elles revendiquent leur autonomie financière et leur liberté d’action, elles sont encore très soumises à la norme du couple et du mariage. Anna et Ella, son alter ego, se lancent dans des aventures amoureuses avec des hommes qui correspondent aux stéréotypes qu’elles rejettent et pourtant, elles persistent alors qu’il est clair que ces relations ne pourront être que des échecs. 
 

Ce qui m’a finalement le plus intéressée, c’est le contenu du carnet rouge. L’expérience auprès des communistes est décrite de façon détaillée, de l’intérieur et on partage l’évolution d’Anna, son idéal, son envie de solidarité et ses désillusions. On perçoit comment son exclusion participe à son mal-être. 

Le carnet noir et l'expérience africaine m'ont rappelé la trilogie Les enfants de la violence, oeuvre en partie autobiographique de Doris Lessing, avec laquelle j'ai découvert cette auteure. On y retrouve des thèmes fondamentaux comme le colonialisme, la ségrégation, la condition féminine. Encore des livres à relire, au risque d'être déçue !

A l'issue de cette relecture, je réalise que je n'ai pas choisi la meilleure période pour le faire. J'avais trouvé le livre dans une boîte à livres il y a quelques mois et l'avais mis de côté en prévision des challenges de l'été. En fait, j'aurais dû anticiper ma lecture en mai, période plus tranquille en ce qui me concerne, alors qu'en août, les visites familiales et un séjour à Londres m'ont obligée à faire des pauses, ce qui n'est pas du tout approprié pour un tel livre. 

L’édition au Livre de Poche comprend 960 pages, ce qui l'inscrit tout naturellement dans ma participation aux deux challenges de cet été, les Pavés de l’été chez La petite liste et Les épais de l’été proposé par ta d loi du ciné chez Dasola.