vendredi 1 janvier 2010
jeudi 24 décembre 2009
mardi 22 décembre 2009
Du côté de Castle Rock

Du Côte de Castel Rock - Alice Munro
Éditions de l'Olivier - 2009
Traduit de l'anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso.
Dans l'avant-propos, Alice Munro explique la genèse de ce livre. Depuis une douzaine d'années, elle s'est intéressée à l'histoire de sa famille, venue d'Écosse et émigrée en partie en Amérique du Nord.
Revenue aux sources, dans la vallée de de l'Ettrick, l'auteur a trouvé de nombreux témoignages écrits, des lettres et des recueils de souvenirs et découvert des traces de ses ancêtres dans les ouvrages des bibliothèques locales. Elle a utilisé tout ce matériel dans une série de nouvelles, écrites au fil du temps mais non publiées jusqu'alors. Ce livre lui a permis de regrouper ces histoires, mêlant réalité et fiction et d'explorer une vie, la sienne, et toutes celles qui l'ont précédée et lui ont permis d'être celle qu'elle est devenue.
La première figure marquante est celle de William Laidlaw, connu sous le nom de Will O'Phaup, déformation du nom de sa ferme Far-Hope. Simple berger, il a marqué l'histoire locale de la vallée d'Ettrick pour avoir rencontré des fées, un soir qu'il regagnait son foyer après avoir rentré ses moutons !
C'est ensuite un de ses petits-fils, James, qui en 1818 émigre au Canada, emmenant avec lui deux fils, une fille, sa belle-fille et son petit-fils. La longue traversée de l'Atlantique constitue la première épreuve de leur exil, l'occasion déjà de découvrir un autre monde, grâce aux rencontres qu'ils font sur le bateau. James est ainsi à l'origine de cette branche familiale de nouveaux américains, que le lecteur suit, génération après génération, jusqu'au père d'Alice puis Alice elle-même, de l'enfance à l'époque actuelle.
A travers la multitude d'anecdotes et de petites histoires qui constituent ce roman, c'est la vie qui est racontée, la vie toute simple qui passe avec les années, les souvenirs qui restent ou qui s'envolent.
Un extrait où bizarrement, j'ai retrouvé une question existentielle familière :
Les moutons se pressent autour de moi. [...] Je leur donne de l'avoine dans la longue mangeoire.
Autour de moi, des gens disent que ce genre d'ouvrage permet de se ressourcer et possède une dignité propre, mais le connaissant depuis ma naissance, j'en ai un sentiment différent. Le temps et le lieu risquent de me rattraper pour m'enfermer, je risque d'avoir trop facilement l'impression de n'être jamais partie, d'être restée ici ma vie entière, comme si ma vie d'adulte était une espèce de rêve qui ne s'est jamais emparé de moi. (p. 308)
Au final, une lecture agréable, mais qui m'a laissée pensive et mélancolique !
Ce livre m'a été offert gracieusement par le site Alapage, où vous pouvez découvrir les autres ouvrages d'Alice Munro, que je ne connaissais pas avant cette lecture.
D'autres avis : celui de Papillon et un article de l'Express, ainsi qu'une présentation très intéressante des canadiennes de la rentrée littéraire sur Bibliobs.
.
Libellés :
Dans ma bibliothèque,
Lecture
samedi 12 décembre 2009
Persuasion
Persuasion - Jane AustenPublié en 1818 (oeuvre posthume).
A l'âge de dix-neuf ans, Anne Elliot s'est fiancée à Frederick Wentworth, un jeune officier de marine, mais elle a renoncé à cet engagement, persuadée par son entourage du risque d'épouser un homme sans fortune et sans relations. Les années ont passé, Anne a perdu sa fraîcheur et se dirige à vingt-sept ans vers l'état de vieille fille de façon certaine, mal aimée par son père et ses soeurs. Elle a eu tout le temps de regretter sa décision, d'autant que la situation de Frederick Wentworth a bien changé : Sa bravoure et ses succès aux combats lui ont apporté la prospérité et la fortune.
Alors que Anne séjourne chez Mary, sa soeur cadette mariée à Charles Musgrove, le hasard la remet en présence du Capitaine Wentworth, qui n' a rien oublié et lui garde une rancune certaine, même s'il se montre très distant. De nombreuses rencontres en société vont leur donner de multiples occasions de se redécouvrir l'un l'autre.
J'ai beaucoup apprécié ce roman de Jane Austen, moins flamboyant que Orgueil et Préjugés qui m'avait emballée, mais très subtil dans la description des caractères de Anne et de Frederick, dans l'évolution de leur relation.
J'ai trouvé beaucoup d'humanité dans ces deux personnages, leurs faiblesses les rendent sympathiques et donnent envie de les voir revenir l'un vers l'autre. Anne est très émouvante, à la fois résignée à sa situation de vieille fille mais aimant toujours Frederick Wentworth. Sa lucidité la rend capable de s'opposer aux manigances de son père et de sa soeur ainée. Elle est aussi très clairvoyante et ne se laisse pas embobiner par les manières de son cousin, William Elliot, jeune homme charmant en apparence, qui souhaite l'épouser.
Le Capitaine Wentworth, peu sympathique au début, séduit au fil du roman par sa sobriété et son authenticité. Décidé à se marier, maintenant que la guerre est terminée, il participe avec plaisir aux soirées et aux promenades des jeunes filles Musgrove, apparemment charmé par l'une d'elles. En réalité, les retrouvailles avec Anne ont réveillé ses sentiments, même s'il lui faut du temps pour le reconnaitre. Mais il fait preuve de ténacité et d'audace pour exprimer son amour à Anne lorsqu'il craint qu'elle se laisse de nouveau influencer par sa famille.
Au delà de l'histoire d'amour, ce roman est aussi une peinture critique d'une certaine société anglaise, où la seule issue raisonnable pour une jeune fille est un beau mariage. Anne est devenue une charge pour son père et sa soeur ainée, qui ne lui accordent aucune considération et ne la consultent en rien, alors qu'elle est très lucide sur les défauts de son père et son incapacité à gérer ses finances. Par contraste, l'affection qu'elle trouve auprès de la famille Musgrove la place en confiance et la revalorise. Mr et Mrs Musgrove sont d'ailleurs beaucoup plus soucieux du bonheur de leurs filles que de la recherche d'un riche parti. Ils apportent une note d'optimisme qui fait du bien, autant à l'héroïne qu'au lecteur !
J'ai lu ce livre en anglais et y ai trouvé moins de difficultés que ce que je craignais. J'ai découvert la langue du début du XIXème siècle et ai été surprise bien sûr par certaines tournures, moi qui n'ai aucune connaissance particulière de la littérature anglaise. J'ai passé un très bon moment et je compte bien poursuivre mon parcours dans l'oeuvre de Jane Austen !

Livre lu dans le cadre du challenge Lire en VO de Bladelor.
Les avis de Karine, de Lilly et de Cachou.
A lire sur le Web, ici en anglais et là en français.
Et je n'ai bien sûr pas pu résister aux adaptations en vidéo : Celle de 1995 et celle de 2007, en VO non sous-titrée (Je n'ai pas trouvé de version avec sous-titres).
.
vendredi 4 décembre 2009
Le retour du Lotobook

Stéphanie lance une nouvelle édition du Lotobook !
Pour vous inscrire, c'est ici avant le 4 janvier 2010 !
Moi, c'est déjà fait !
.
dimanche 29 novembre 2009
Le jour de votre nom
Le jour de votre nom - Olivier SebbanPublié par les éditions du Seuil en août 2009.
Traqué par son beau-père, Alvaro Diaz n'a d'autre solution que d'abandonner sa femme et ses deux enfants et de fuir en France, traversant à pied les Pyrénées. Il emporte avec lui un carnet écrit par sa soeur Esther, qui retrace la vie de leur père, Isaac Diaz. Alvaro apprend ainsi que son père s'appelait en réalité Isaac Alvarez, qu'il a fui Tanger en abandonnant sa femme et qu'il s'est reconstruit une autre vie sous une identité nouvelle. Cette découverte, mise en parallèle avec sa propre vie, va profondément ébranler Alvaro dans sa fuite et le fragiliser lors de son séjour dans le camp de Gurs, en France, où l'ont conduit les autorités françaises après son arrestation à la frontière.
J'avais noté ce livre d'Olivier Sebban à l'occasion de sa visite dans l'émission de Katleen Even sur France-Inter, l'Humeur vagabonde.
Aussi, lorsque je l'ai découvert dans la liste de la 6ème édition de Masse Critique organisée par Babelio, je n'ai pas hésité à le choisir. Mais la lecture en a été assez ardue, pour plusieurs raisons.
La première est sans doute mon état d'esprit à ce moment-là : tracassée par une ambiance professionnelle de plus en plus pénible, j'aurais eu besoin de légèreté et de fantaisie, tout le contraire de cette histoire !
Les autres raisons sont liées à ce livre : d'abord, un récit qui navigue au gré de la mémoire d'Alvaro et de sa lecture du carnet. Il n'est pas toujours facile de s'y retrouver. Et puis, absolument aucun espoir ne surgit de cette histoire terrible, installée dans une période tourmentée, qui va de la guerre d'Espagne au conflit franco-allemand de 39-45, et qui transporte le lecteur de l'Espagne franquiste aux camps français où ont été parqués les exilés espagnols, puis dans la région toulousaine où le héros évadé rejoint un réseau de résistance.
Malgré tout, j'ai quand même apprécié la réflexion sur l'identité qui occupe une grande place dans ce roman, suscitée par les questions que se pose Alvaro au fur et à mesure de la lecture du carnet écrit par sa soeur.
Je reviendrai certainement vers ce livre quand j'aurai moi-même retrouvé plus de sérénité.

Merci à Babelio et aux éditions du Seuil pour l'envoi de ce livre.
Le premier chapitre est accessible sur le site de l'éditeur.
.
Libellés :
Dans ma bibliothèque,
Lecture
dimanche 22 novembre 2009
Dans le café de la jeunesse perdue

Dans le café de la jeunesse perdue - Patrick Modiano
Éditions Gallimard - 2007
Le café de la jeunesse perdue, c'est le Condé, à l'Odéon. C'est un jeune étudiant à l'école des Mines qui nous le fait découvrir, avec ses habitués, Tarzan, Jean-Michel, Fred et la Houpa, et bien d'autres. Et puis, Louki, une jeune fille dont l'étudiant sait peu de choses. Elle apparaît pourtant sur les clichés qu'un photographe a rassemblé dans un album, consacré à Paris. Et puis, sa présence au Condé figure également dans le carnet de Bowing, preuve qu'elle a bien fréquenté le café à cette époque.
L'un des membres du groupe, Bowing, celui que nous appelions "le Capitaine", s'était lancé dans une entreprise que les autres avaient approuvée. Il notait depuis bientôt trois ans les noms des clients du Condé, au fur et à mesure de leur arrivée, avec, chaque fois, la date et l'heure exacte. Il avait chargé deux de ses amis de la même tâche au Bouquet et à la Pergola, qui restaient ouverts toute la nuit. Malheureusement, dans ces deux cafés, les clients ne voulaient pas toujours dire leur nom. (Page 18)
L'étudiant a beau avoir rencontré Louki par hasard avenue de la Grande Armée et l'avoir accompagnée jusqu'à la Porte Maillot, il n'en a pas appris davantage sur elle. Pour lui, elle a conservé tout son mystère. Nous en apprenons davantage grâce à Caisley, un ancien policier devenu détective privé. Jean-Pierre Choureau l'a chargé de retrouver sa femme, Jacqueline, née Delanque, qui a disparu du domicile conjugal. Son enquête minutieuse va nous éclairer un peu sur la trajectoire de la jeune femme, de l'avenue Rachel, dans le 18ème arrondissement, où elle vivait avec sa mère, jusqu'au Condé, où elle est devenue Louki.
Puis c'est Jacqueline elle-même qui revient sur son enfance près du Moulin-Rouge, où sa mère travaillait le soir. Profitant de son absence, elle sortait dans le quartier et même plus loin, ce qui lui avait valu d'être emmenée une ou deux fois au commissariat, où sa fugue avait été notée dans la main courante. C'est ainsi que des années plus tard, Caisley remontera la piste fragile de Jacqueline à Louki.
Finalement c'est Roland, le "brun à la veste de daim" du carnet de Bowing qui va nous permettre de relier tous ces fragments de la vie de Jacqueline, lui qui a partagé un moment de sa vie mais qui n'en savait pas assez pour la protéger jusqu'au bout.
Je ne me lasse jamais de ces romans de Patrick Modiano, situés dans un Paris d'une autre époque. A la suite de ses personnages, ombres fugaces décrites en quelques phrases ou bien figures majeures du roman, nous parcourons les différents quartiers de la capitale, bien loin de la réalité grouillante et saturée qu'elle est devenue.
Ces histoires, toujours identiques et en même temps si différentes, font surgir un autre temps, comme le ferait un film en noir et blanc et nous donnent à partager quelques instants de la vie de ces héros et héroïnes bien attachants, même s'ils disparaissent de nos mémoires, dès le livre refermé... Qu'importe, le plaisir de lecture est toujours là.
Les avis de Kate, Stéphanie qui propose une mini-interview de l'auteur, Bernard qui a été déçu, Leiloona, Mag, Bookomaton.
Sur le site des éditions Gallimard, une vidéo de Patrick Modiano.
.
Inscription à :
Articles (Atom)

