samedi 2 mai 2026

Loin de chez moi

Loin de chez moi – Maryse Burgot 

Fayard (2024) 

Le sous-titre de ce livre, Grand reporter et fille de paysans, décrit précisément le parcours de Maryse Burgot, née en Ille-et-Vilaine dans une famille d’agriculteurs bretons et devenue une habituée du petit écran, souvent vêtue d’un gilet pare-balles et coiffée d’un casque de protection. Nous l’avons vue dans toutes les régions du monde, sur toutes les zones de conflits, rendant compte à l’écran de ce qu’elle a vu, racontant les tenants et aboutissants de guerres ou de catastrophes naturelles et nous en expliquant les conséquences dramatiques pour les populations civiles.

Dans ce livre passionnant, elle commence par l’enlèvement dont elle fut victime aux Philippines à l’été 2000, à Jolo, en compagnie d’un cameraman et d’un preneur de son et on comprend qu’elle souhaite évacuer tout de suite cet épisode pour ne plus y revenir, car elle ne veut pas être définitivement cataloguée dans le rôle d’otage. Elle évoque ensuite deux missions qui l’ont particulièrement marquée, à Haïti en 2010 après un séisme puis la guerre en Ukraine depuis 2022.

Elle reprend ensuite le cours chronologique de sa vie, son enfance en Bretagne, ses études de journalisme et les multiples reportages qui l’ont amenée en Inde, au Kosovo, sur des lieux touchés par le terrorisme, en Iran, en Afghanistan, en Irak et en Syrie. Elle a aussi été correspondante de France Télévisions à Londres et à Washington et aussi à l’Élysée sous la présidence de François Hollande. En 2020, elle a couvert la pandémie du Covid et depuis 2023, elle est de nouveau affectée à l’actualité du Moyen-Orient et au conflit israélo-palestinien.

Elle évoque également sa vie de mère, elle a deux garçons, et parle très bien de ses doutes, de la culpabilité qu’elle ressentait quand elle devait les laisser pour partir à l’autre bout du monde. Elle a tout à fait conscience des dangers de son métier mais l’envie de témoigner est plus forte que la peur.

C’est un livre que j’ai lu avec un grand intérêt car il m’a permis de replonger dans des évènements qui ont fait l’actualité des trente-cinq dernières années, des guerres que j’avais oubliées, des catastrophes naturelles ou sanitaires qui se répètent et où on a l’impression que les mêmes erreurs se produisent, comme si on n’avait rien appris des précédentes.

Une femme titube de peur, d'angoisse. Elle est soutenue par un bénévole. Il tente de la rassurer, lui dit qu'il l'emmène loin d'ici, que tout va bien aller. Une autre attaque de mortier précipite bénévoles et journalistes sous un escalier pour chercher un peu de protection. Je me dis que j'ai déjà vécu cette scène. Exactement la même chose, mais dans un autre pays. Un mois auparavant, j'étais en Ukraine et les protagonistes de notre reportage étaient semblables : des bénévoles risquant leurs vies pour sauver des personnes âgées. Des vieillards, des femmes penchées par le poids des années qu'il faut convaincre de quitter leur maison. C'est le même arrachement, le même exil intérieur, la même tristesse infinie. L'Ukraine, Israël, et bientôt Gaza sous le feu permanent de Tsahal, l'armée israélienne. Des hommes, des femmes, des milliers d'enfants sont au milieu du carnage, et nous sommes submergés par notre impuissance. Celle des journalistes filmant à l'infini les mêmes calamités, celle aussi de la communauté internationale, de l'ONU, incapables d'empêcher les massacres de civils. Mais à aucun moment je ne me dis que je ne devrais pas être là. Il faut rendre compte de cette histoire qui se répète. (page 316, octobre 2023) 

Ce livre vient d’être réédité au Livre de Poche et Maryse Burgot était invitée sur le plateau de la Grande Librairie le 4 mars 2026, la séquence est à voir ici.

 

 

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