mardi 23 octobre 2018

L'eau qui dort

L’eau qui dort – Hélène Gestern

Éditions arléa (2018)

Benoit Lauzanne est commercial dans une entreprise qui fabrique du papier. Suite à une nouvelle rebuffade de sa femme Sabine, il a fait sa valise et déserté le domicile familial. Machinalement, il a pris la route pour la ville de V. dans le Loir-et-Cher où il a rendez-vous trois jours plus tard avec un client. Ultime rendez-vous car il vient d’être licencié et n’en a encore rien dit à sa femme. 
Au buffet de la gare de V., il aperçoit une femme blonde en laquelle il croit reconnaitre Irina, une jeune peintre Lituanienne avec laquelle il a vécu à Paris lorsqu’il était étudiant, vingt ans auparavant. Un beau matin, Irina a disparu sans laisser de traces et il n’a jamais su ce qu’elle était devenue. 
Alors que son rendez-vous professionnel est annulé, Benoit entreprend de retrouver Irina, il s’installe à l’hôtel d’abord, puis au domaine du Précy-Hingrée, un superbe jardin où il se fait embaucher comme aide-jardinier et où il est logé dans le chalet précédemment occupé par Rebecca, dont elle est partie un jour sans prévenir ses collègues. Benoit, qui s’est fait connaitre sous le prénom de Martin au Précy, n’a rien dit de sa situation et commence à prendre ses marques dans le travail au jardin, lui qui aurait voulu être horticulteur depuis son enfance. Il apprécie le travail au grand air, dans un endroit un peu magique, retiré du monde, comme dans un cocon. Hélas, la découverte d’un sac contenant des lingots dans la maçonnerie d’une fontaine et l’irruption de la police locale vient contrarier la douce ambiance bucolique et introduire la défiance au sein de l’équipe. Martin se rend compte qu’il n’est pas le seul à avoir un secret et que ses nouveaux collègues ne sont pas tous aussi « lisses » qu’ils le paraissent.

Ce sont deux enquêtes qui se déroulent dans ce nouveau livre d’Hélène Gestern, celle que mène Benoit/Martin pour retrouver son amour de jeunesse et celle de la police au sujet de ce sac de lingots qui pourrait être en relation avec la mort d’un journaliste quelques mois plus tôt dans un étang proche, journaliste qui avait été vu au Domaine de Précy-Hingrée. Deux enquêtes que l’on suit avec intérêt, qu’on ne lie absolument pas au début et qui finissent par se rejoindre, d’une certaine façon.

Mais avant cela, les thèmes de ce roman, ce sont la disparition et le rôle de la nature.
Comme Irina vingt ans plus tôt, Benoit a quitté sa femme sans explications, il ne répond pas à ses appels téléphoniques, à ses SMS, même s’il est conscient de la douleur qu’il lui cause puisqu’il a vécu cela aussi dans le passé et même dans le présent puisque la disparition d’Irina est encore une blessure pour lui. À la recherche de son amour disparu, il prend conscience de sa lâcheté, des conséquences de la fuite d’Irina sur l’évolution de son couple avec Sabine des années après, et aussi sur son comportement avec une autre femme qu’il a aimée.
La nature, dont Hélène Gestern décrit très bien le pouvoir protecteur et apaisant, la beauté sauvage et l’esthétisme, n’est pas seulement le refuge où Martin croit trouver une solution à ses angoisses et à sa fuite des responsabilités. Au Précy, on lui pose peu de questions, on se contente de ses réponses évasives, ses collègues sont bienveillants, respectueux de ses mystères. En réalité, chacun a ses secrets, ses failles, d’autres que lui apprécient aussi le lieu pour l’asile qu’il procure et l’oubli trompeur d’un passé qu’il engloutit dans ses bosquets et ses allées.

Extrait page 60-61
J'ai fermé les yeux et respiré profondément. Pour la première fois depuis des années, j'ai eu l'impression que le verrou qui enserrait ma cage thoracique venait de se décadenasser. J'aurais voulu prolonger ce moment, goûter encore la sensation du soleil timide sur ma peau, d'ordinaire confinée aux voitures, aux bureaux ou aux chambres d'hôtel. J'ai subitement eu l'envie irraisonnée de m'allonger sur le sol, de sentir sous mon poids l'élasticité de l'herbe, l'énergie de la terre pénétrer mes os et mes muscles. Car s'il est vrai que nous sommes poussière et que nous y retournerons, nous sommes aussi terriblement désireux d'être vivants, tant que le cœur nous bat encore.

Comme presque toujours, je vis la lecture des romans d’Hélène Gestern comme une échappée bienvenue, son écriture est toujours aussi fluide, imprégnée de sensations et d’images apaisées, comme hors du temps et pourtant si réelles, si représentatives des aléas de l’existence.

C’est l’opération Masse critique de la rentrée chez Babelio qui m’a donné l’occasion de découvrir ce livre. Merci à eux et aux éditions Arléa pour cet envoi gracieux.

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dimanche 14 octobre 2018

La correction

La correction - Élodie Llorca

Rivages (2016)

Prix Stanislav du premier roman (2016)

François, le narrateur a trente-sept ans. Après avoir travaillé huit ans dans une papeterie, il a suivi une formation de correcteur, sur l’incitation de sa mère. Ensuite, il a exercé son nouveau métier en free-lance puis a été embauché à La Revue du Tellière, où il traque depuis trois ans les coquilles dans les articles avant leur parution. La revue est dirigée par Reine, une femme un peu androgyne qui l’attire et lui fait peur à la fois. François est marié avec Marie, ils n’ont pas d’enfant, ils ont eu un chien mais Marie l’a confié à sa mère, prenant seule cette décision. Leur mariage bat de l’aile, ils ne se parlent pratiquement plus, communiquant souvent par Post-It. Aucune animosité entre eux, c’est plutôt de l’ennui, une usure s’est installée. Le décès soudain de la mère de François sept mois auparavant est sans doute pour beaucoup pour expliquer la forme de dépression où il semble s’installer.
 Un matin, à son bureau, il découvre dans un texte qu’il a déjà corrigé de nouvelles coquilles. Comment a-t-il pu les laisser passer ? Ou bien serait-ce Reine qui les auraient introduites dans le document ? Dans quel but ? Toujours très perplexe, il sort dans la rue pour prendre une pause et découvre dans le caniveau un oiseau affaibli mais encore en vie. Sans réfléchir, il le recueille et le ramène chez lui.


Page 45 :
Avec lui dans ma poche, j’éprouvais aussi une excitation nouvelle, celle de l’enfant qui a trouvé un trésor, dont il pourra d’autant plus profiter que lui seul sait qu’il le possède. J’avais découvert un talisman qui m’attendait depuis longtemps.

Lorsque j’ai aperçu ce livre sur un présentoir à la médiathèque, il m’a semblé que j’en avais déjà entendu parler, sans me rappeler précisément où. Un rapide coup d’œil à la quatrième de couverture, le sujet m’a intéressée, je l’ai emprunté.
Moins de 200 pages, il se lit rapidement, il est bien écrit, on plonge assez facilement dans l’univers de François, dans ses interrogations, sans comprendre vraiment les images qu’il convoque, ces oiseaux comme le cincle plongeur ou l’outarde houbara ou encore ce tableau d’Edward Hopper, Nighthawks.

C’est manifestement un homme perdu, indécis, qui a toujours été soumis à la volonté des femmes de son entourage. Sa mère était malade depuis longtemps et le départ de son père, un tailleur de pierres, lorsqu’il eut dix-sept ans, le laissa seul face aux bizarreries maternelles d’abord puis à son décès dans des circonstances violentes qu’on découvre au long du récit. Face à sa femme, là non plus, il n’a pas vraiment eu son mot à dire, c’est elle qui a pris l’initiative et qui continue à le faire. Quant à Reine, même si elle lui inspire une attirance certaine, elle demeure inaccessible, tantôt lointaine et autoritaire, tantôt empathique et bienveillante.

L’histoire commence bien ancrée dans la réalité, lorsque François s’alarme de sa découverte de coquilles dans son texte déjà corrigé et puis, au fur et à mesure de la progression de l’intrigue, l’univers devient plus onirique, on ne sait pas toujours ce qui est vrai et ce qui n’est qu’illusion. Et cet oiseau à l’éclat métallique et aux ailes aiguisées, quel est-il réellement, que symbolise-t-il ?

À la première lecture, j’ai compris certaines choses de l’histoire que voulait nous raconter Élodie Llorca mais je sentais bien que m’échappaient encore des clés, un certain flou persistait malgré la chute qui éclaire un peu le lecteur. J’ai cherché alors sur Internet des avis sur ce livre, des interviews de l’auteur pour tenter de comprendre son but et de découvrir sa source d’inspiration. C’est d’ailleurs ce que je recherche très souvent après la lecture d’une histoire au sujet un peu inhabituel ou mystérieux.

C’est la chronique du blog de Femmes de lettres qui m’a mise sur la voie et m’a permis d’entamer une deuxième lecture sur une nouvelle base, de mieux appréhender le sens de ce roman. L’interview d’Élodie Llorca sur le site de L’Humanité m’en a appris un peu plus sur l’auteur, ou devrais-je dire l’autrice si je suis le conseil de l’auteur du blog Femmes de lettres.

J’ai alors mieux perçu ce qui se cache derrière les corrections détectées par François, comme page/cage, comme celle qu’il découvre à la fin de l’histoire ou par celle que suggère Femmes de lettres. N’oublions pas non plus de revenir au sens premier de la coquille.

En résumé, une belle réussite que ce premier roman d’Élodie Llorca, dramaturge et comédienne, dont sort en cette rentrée d’automne 2018 un nouveau livre Grand Bassin, dont on dit déjà du bien ou pas.

Page 83 :
Je saisis dans ma bannette mes copies de la veille afin de rentrer dans l’ordinateur les corrections que j’avais à y apporter. Cette tâche me prit deux bonnes heures. Je rectifiais un barbarisme, « Il est parti à l’anglaise » au lieu d’« Il a filé à l’anglaise », trahissant peut-être le désir du journaliste d’en finir au plus vite. Également, une pléthore de fautes de grammaire et de conjugaison – tel l’emploi de ce subjonctif abusif : « Malgré qu’il soit fatigué », ou encore cette conjugaison ratée : « J’ai été » au lieu de « Je suis allé » - et, pour finir, je butai sur cette expression malheureuse : « Ceci dit », employée à la place de « Cela dit ».

mercredi 10 octobre 2018

Baba Segi, ses épouses, leurs secrets

Baba Segi, ses épouses, leurs secrets – Lola Shoneyin

Actes Sud (2016)
Traduit de l’anglais (Nigeria) par Isabelle Roy


Bolanle, une jeune nigériane éduquée a décidé de devenir la quatrième épouse de Baba Segi, de vingt ans son ainé, alors qu’elle aurait pu faire une brillante carrière et épouser un jeune homme de son niveau intellectuel. Quelles sont ses raisons ? 

Nous l’apprendrons au fur et à mesure de la lecture de ce roman de Lola Shoneyin, le premier d’une jeune poétesse de Lagos.
 

Lorsqu’elle se marie, Bolanle est pleine d’illusions au sujet du foyer de Baba Segi. Voulant bien faire, elle s’imagine qu’elle pourra instruire les trois autres épouses, qu’elle pourra aider les sept enfants de Baba Segi dans leurs études et n’a jamais envisagé qu’elle ne serait pas la bienvenue dans cette famille où chacun et chacune a déjà sa place bien établie. Certes, Iya Tope, la deuxième épouse est mieux disposée que les deux autres à l’encontre de Bolanle mais elle n’ira pas jusqu’à dévoiler à la jeune mariée le secret qu’elle partage avec Iya Segi et Iya Femi. Ce secret, Bolanle devra le découvrir par elle-même, plongeant à cette occasion la famille entière dans la confusion.

Après la lecture des romans de Chimamanda Ngozi Adichie, j’ai eu envie de découvrir d’autres voix de la littérature nigériane et j’ai commencé mon périple avec ce roman plein d’humour et pourtant très sérieux. En effet, dès le début, on comprend que l’arrivée de Bolanle dans le foyer polygame ne va pas aller de soi et on s’attend à des crêpages de chignons entre les épouses, à un déploiement de vexations et de basses manœuvres pour évincer la nouvelle venue. Mais les prises de parole successives des quatre femmes au cours du récit permettent de comprendre la motivation de chacune, de découvrir ce qui les a menées au côté de Baba Segi, ce que chacune attend de ce mariage, ce qu’elles sont prêtes à faire pour assurer leurs positions. Même si Bolanle est instruite, qu’elle ne n’accorde pas d’importance aux stratagèmes de ses co-épouses, elle aura bien du mal à se préserver, d’autant plus qu’elle peine à produire la protection suprême dans cette société qui exalte la maternité, l’enfant qu’elle n’arrive pas à concevoir.

Une lecture très dépaysante, à la fois distrayante parce qu’on découvre des modes de vie qui sont bien éloignés des nôtres et pleine d’enseignement sur la condition des femmes nigérianes et les freins dans l’acquisition de leur autonomie.

Extrait page 11 :
Donc oui. J’ai choisi cette maison. Pas pour la pension mensuelle, pas pour les tailleurs en dentelle ni pour les bracelets en corail. Ces choses-là n’ont aucune valeur à mes yeux. J’ai choisi cette famille afin de reprendre pied, de guérir dans l’anonymat. Et quand vous choisissez une famille, vous restez auprès d’elle. Vous restez auprès de votre époux même si vos amies le qualifient d’ogre polygame. Vous restez à ses côtés quand votre mère le traite d’orang-outang boulimique. Vous portez un regard différent sur lui et vous voyez une grande âme, bienveillante et généreuse.
D'autres avis chez Cuné, FemmesDeLettres et Le Suricate.

dimanche 23 septembre 2018

Un certain M. Piekielny

Un certain M. Piekielny – François-Henri Désérable

Gallimard (2017)

En mai 2004, François-Henri Désérable se trouve par hasard à Vilnius en Lituanie devant l’immeuble où vécut Romain Gary, alors Roman Kacew, de 1921 à 1925. Lui revient alors en mémoire une phrase de Gary, extraite de la Promesse de l’aube, roman que Désérable a étudié en classe de première pour préparer le bac français : « Au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait un certain M. Piekielny. »
Selon ce qu’avait écrit Gary dans son roman, ce M. Piekielny était un voisin, éperdu d’admiration pour le destin que la mère de Romain Gary prédisait à son fils et il avait fait promettre à l’enfant de prononcer la fameuse phrase devant tous les grands de ce monde qu’il aurait l’occasion de rencontrer lorsqu’il aurait atteint la célébrité prophétisée par sa mère. Et Gary, plus tard, affirmait qu’il avait effectivement prononcé la phrase devant la reine d’Angleterre, devant le Général de Gaulle, devant le président Kennedy, devant Bernard Pivot lors d’un Apostrophe.


Francois-Henry Désérable entreprend alors de remonter la trace de ce M. Piekielny, il consulte les archives, il recherche son nom dans les registres de déportés dans les camps puisque c’est le triste destin que Gary attribuait à son ancien voisin. Hélas, nulle trace de M. Piekielny. Alors Désérable s’intéresse de plus près à Gary, reconstituant la vie aventureuse de l’écrivain et recréant les moments où l’auteur aurait prononcé sa fameuse phrase.

J’ai découvert ce roman et son auteur dans l’émission La grande Librairie du 2 novembre 2017 et je l’ai réservé à la médiathèque. Il m’a fallu de la patience puisque j’ai dû attendre jusqu’à mi-août pour que mon tour arrive et que je puisse enfin commencer ma lecture.
Comme je m’y attendais, j’ai beaucoup apprécié ce livre, parce que François-Henri Désérable y mêle avec habileté vérité historique et fiction romanesque. Il faut dire qu’il est gâté parce que la vie de Romain Gary est propice à l’invention et que lui-même n’a pas ménagé sa peine. Le personnage de M. Piekielny, réel ou inventé, permet à Désérable de se pencher sur le destin des juifs de Wilno et de raconter à sa façon un pan d’histoire. Et l’évocation de Romain Gary, de sa vie si extraordinaire, est aussi un des plaisirs que m’a offert la lecture ce roman.

Extrait page 258-259 :
Mais s’il avait existé pour de vrai, comme disent les enfants ? Si de ce corps réduit en cendres sur les bûchers de Klooga, ou changé en nuage dans les plaines à betteraves et barbelés de Pologne, ou plus sûrement tombé à Ponar dans la forêt naine au pied des grands arbres, si de ce corps, donc, Gary avait fait un corps de mots ? La littérature triomphait encore, cette fois-ci à travers le réel.
On prétend parfois qu’elle ne sert pas à grand-chose, qu’elle ne peut rien contre la guerre, l’injustice, la toute-puissance des marchés financiers – et c’est peut-être vrai. Mais au moins sert-elle à cela : à ce qu’un jeune Français égaré dans Vilnius prononce à voix haute le nom d’un petit homme enseveli dans une fosse ou brûlé dans un four, soixante-dix ans plus tôt, une souris triste à la peau écarlate, trouée de balles ou partie en fumée, mais que ni les nazis ni le temps n’ont réussi à faire complètement disparaître, parce qu’un écrivain l’a exhumée de l’oubli.

dimanche 16 septembre 2018

Au cœur de l'été

Au cœur de l’été – Viveca Sten

Albin Michel (2017)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne

C’est la fête de la Saint-Jean sur l’île de Sandhamn et comme tous les ans, le port est envahi par une horde de bateaux, amenant des groupes de jeunes à l’assaut des plages et des pontons. Toute la journée puis toute la nuit, c’est la musique à fond, l’alcool coule à volonté et d’autres substances sont parfois échangées à l’abri des regards de la police qui veille au grain et tente de contrôler la situation. Malgré cela, les incidents se multiplient. Wilma, la fille de Jonas, le nouvel ami de Nora, ne rentre pas à l’heure prévue et demeure introuvable. Nora est appelée à la rescousse pour héberger deux adolescentes mineures qui ont perdu leurs amis de vue lors des festivités. Et puis, le corps d’un jeune homme est retrouvé, dissimulé sous des buissons, le crâne fracassé.

Nouvelle enquête confiée à la police de Nacka et à Thomas Andreasson qui va devoir reconstituer les allées et venues des amis du jeune Victor pour élucider son assassinat. Au-delà de l’enquête, il y a un aspect sociologique intéressant autour de cette jeunesse dorée, de ses excès et des conséquences tragiques qui viennent ternir le tableau.

Nora, qui se trouve impliquée malgré elle, est sensible aux dangers auxquels sont confrontés les adolescents et les appréhende dans le futur pour son propre fils, Adam, qui est à l’orée de la tranche d’âge fatidique. Elle s’aperçoit aussi que sa relation avec Jonas demeure fragile parce qu’ils ont tous les deux des enfants et qu’en cas de crise, ces derniers seront toujours prioritaires face à leur couple. Terminées, les amourettes romantiques de l’adolescence, il faut se résoudre à une relation amoureuse différente, moins exclusive.

Encore une fois une lecture distrayante et parfois un peu dérangeante parce que la Suède n’est pas la société lisse que j’imagine, à tort évidemment, trompée par la blondeur des policiers et la sérénité qui ressort des intérieurs nordiques impeccables !

dimanche 9 septembre 2018

Et toujours elle m'écrivait

Et toujours elle m’écrivait – Jean-Marc Savoye


Avec le regard de Philippe Grimbert
Albin Michel (2017)

C’est une émission sur France-Inter qui m’a incitée à lire ce récit que fait Jean-Marc Savoye de sa psychanalyse, qui a duré une quinzaine d’années, en trois fois et qui lui a permis de sortir de ses névroses, de son incapacité à s’engager auprès d’une femme et à prendre le contrôle de sa vie.
Originalité de ce récit, les commentaires de Philippe Grimbert, qui fut son troisième psychanalyste, viennent enrichir le texte, expliquer et compléter ce que l’auteur a appris sur lui-même et la façon dont il a vécu son analyse.

Je ne rentrerai pas dans les détails de ce récit qui se lit aussi facilement qu’un roman. Je veux juste conseiller cette lecture passionnante, émouvante, où l’on peut trouver des clés pour se comprendre soi-même. Il est très intéressant de voir la progression de l’auteur, au fur et à mesure qu’il se raconte, de découvrir comment des épisodes de l’enfance peuvent expliquer des souffrances de l’adulte, comment la place dans la famille peut expliquer des comportements, révéler des secrets.

Personnellement, en vieillissant, j’ai pris conscience de certaines choses venant de l’enfance qui expliquent mon attitude face à certains évènements. Je me dis, à la lecture de ce livre, que j’aurais peut-être compris plus vite si j’avais consulté un professionnel et ça m’aurait sans doute aidée dans l’éducation de mes enfants !

Extrait p118-119 :
Fédida vous accueillait avec une réelle chaleur dans son cabinet qui n’était autre que son appartement. Le rituel était toujours le même. De son interphone, il ouvrait la porte du bas, puis au moment où l’on arrivait devant chez lui, au premier étage, sa porte s’ouvrait comme par enchantement, sans même que l’on ait besoin de sonner. Il se tenait devant et vous accueillait avec autant de simplicité que de gentillesse. On n’attendait jamais, on ne croisait jamais personne. À la fin de la séance, il vous raccompagnait jusqu’à la porte, qu’il gardait ouverte aussi longtemps que vous étiez à portée de vue. Ce détail m’a toujours surpris. Il y avait dans cette attitude la volonté de signifier au patient que l’analyste l’accompagnait aussi loin qu’il le pouvait dans sa vie, sans pour autant sortir de son territoire. Je vivais cela comme une forme d’encouragement ; je me disais que j’aurais toujours un endroit où me rendre, un interlocuteur à qui parler si j’en éprouvais le besoin.

jeudi 6 septembre 2018

Les secrets de l'île

Les secrets de l’île - Viveca Sten

Albin Michel (2016)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne


Un étudiant en psychologie, Marcus Nielsen, est retrouvé pendu dans sa chambre d’étudiant. Il a laissé un mot d’adieu, écrit à l’ordinateur. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un suicide. Mais la mère de Marcus est persuadée que son fils a été tué et insiste auprès de Thomas pour qu’il poursuive l’enquête. Il faut dire que l’ordinateur de Marcus est introuvable, ce qui est curieux puisqu’il l’avait toujours avec lui. Grâce au téléphone portable de l’étudiant, Thomas entre en contact avec les destinataires de ses derniers appels. La visite au premier, Jan-Erik Fredell, un homme gravement atteint de sclérose en plaques, n’apporte aucun éclaircissement sur la mort du jeune homme. Marcus avait rencontré Fredell dans le cadre de son projet d’étude, pour l'interroger sur son service militaire en tant que chasseur-côtier trente ans auparavant.
Quelques jours plus tard, Fredell est retrouvé noyé dans la baignoire de son appartement. Même si l’hypothèse du suicide est envisagée, elle est vite balayée par l’état de santé du malade qui pouvait à peine se déplacer et très vite infirmée par les premières analyses qui révèlent que Fredell a été brutalisé et noyé par un tiers.
Sans comprendre le lien entre ces deux décès, Thomas doit alors mettre tout en œuvre pour rencontrer les autres correspondants de Marcus et tenter d’élucider ce qui se cache derrière les deux décès.


Parallèlement à la progression de l’enquête de la police, le lecteur découvre les chapitres d’un journal tenu dans les années soixante-dix par un jeune soldat qui effectue son service en tant que chasseur-côtier sur l’île de Korsö, au large de Sandhamn. Ce récit de l’expérience très exigeante vécue par un groupe de jeunes recrues sous la direction d’un sous-officier cruel et sadique est très impressionnant et vient petit à petit apporter un début de solution à l’énigme.

J’ai abordé cette nouvelle enquête de Thomas Andreasson avec un peu d’appréhension. Comme les épisodes précédents, j’avais vu sur Arte l’adaptation télé qui en a été faite et je me souvenais de l’ambiance particulièrement glauque de celle-ci, en particulier à cause de la nature des meurtres et aussi à cause des flash-backs sur la formation de chasseur-côtier, expérience très traumatisante pour ceux qui y participaient. Je n’ai donc pas été surprise par l’atmosphère très lourde de ce roman, par la noirceur des évènements qui se succèdent, aussi bien dans le présent que dans le récit du passé.
Heureusement, la présence de Nora Linde apporte comme d’habitude un peu de fantaisie au milieu de cet univers pesant et les péripéties de sa rencontre avec son jeune voisin apportent un répit bienvenu.

Je dois reconnaitre que l’enquête menée dans cet épisode est plus complexe que dans les précédents. Encore une fois, Viveca Sten mêle deux récits, celui du passé étant connu du lecteur mais pas de la police, ce qui apporte un autre éclairage sans pour autant diminuer le suspense.

Je suis prête pour la suite de la série !