Revenir à Vienne - Ernst Lothar
Liana Levi - collection Piccolo (2020)
Traduit de l'allemand par Elisabeth Landes
Félix von Geldern, un jeune juriste issu d'une riche famille de banquiers viennois a quitté l'Autriche en 1938 après l'Anschluss parce qu'il ne voulait pas devenir allemand. Presque toute sa famille l'a accompagné, seule sa mère, veuve, est restée à Vienne. En 1946, Félix et sa grand-mère Viktoria viennent juste d'obtenir la nationnalité américaine et Félix envisage de se fiancer à Livia, la jeune soeur de sa logeuse, qui est très amoureuse de lui. Maintenant que le retour en Europe est possible, Félix est mandaté par ses oncles pour aller inspecter l'état de leurs affaires, d'abord dans la filiale parisienne puis au siège viennois de la banque. Sa grand-mère l'accompagnera.
Après un séjour parisien décevant, l'arrivée à Vienne est un choc. La mère de Félix, qui les accueille et les héberge, est quasiment aveugle, à cause des privations de la guerre, ce qui ne l'empêche pas d'avoir toujours des sympathies pro-nazies. La ville est en ruines, occupée par les troupes américaines, que la population locale, affamée, tient pour responsable des bombardements destructeurs. L'accueil des émigrés est plutôt frais : ils n'ont pas connu les horreurs de la guerre, ont vécu la belle vie aux États-Unis, sont devenus américains et sont donc du côté des occupants, ils ont le culot de venir demander des comptes sur la marche de leur banque et sur le comportement de leurs anciens compatriotes. Félix a la suprise de retrouver Gertrud, son ancienne fiancée qu'il croyait morte. La jeune femme est entretenue par un colonel américain et il se dit qu'elle a été la protégée de Goebbels. Félix se sent tenu par son engagement d'avant-guerre et tient à l'épouser, tout en étant très suspicieux à l'égard de ses anciennes fréquentations.
Dès son arrivée, Félix est convoqué au tribunal comme témoin dans le procès d'anciens dignitaires du régime nazi. Il se rend vite compte que les autorités sont très complaisantes et ne souhaitent que tirer un trait sur la période de la guerre afin de passer à autre chose, comme tous ceux qui se sont compromis avec l'occupant nazi. D'une façon générale, la population autrichienne s'estime victime du nazisme et reproche maintenant à l'occupant américain de ne pas en faire assez pour reconstruire le pays.
C'est un livre que j'ai lu avec intérêt car il éclaire un pan de l'histoire autrichienne que je ne connaissais pas. L'auteur dépeint très bien l'incompréhension qui règne entre les émigrés de retour au pays et ceux qui ont vécu l'invasion allemande et la période de guerre. Chacun s'accroche à sa rancœur et peine à prendre en compte la situation de l'autre.
D'Ernst Lothar, j'ai déjà lu Mélodie de Vienne et j'ai trouvé un point commun entre ces deux romans : les personnages ne sont pas sympathiques. Cela explique sans doute l'impression mitigée qui reste à l'issue de leur lecture. Personnellement, j'ai besoin de ressentir un peu d'empathie avec au moins un héros de l'histoire.
Néanmoins, je ne regrette pas du tout cette lecture d'été dont les 544 pages de l'édition Piccolo m'ont permis de participer au challenge Les Pavés de l'été 2025 proposé par Sybilline.