mercredi 16 mars 2016

La neige noire

La neige noire – Paul Lynch

Albin Michel (2015)
Traduit de l’anglais par Marina Boraso


La neige noire, ce sont les cendres qui recouvrent tout dans la maison de Barnabas Kane, après l’incendie qui a ravagé l’étable où se trouvaient ses quarante-trois vaches, et dans lequel a péri Matthew Peoples, son ouvrier agricole. Barnabas lui-même y serait resté si son voisin, Peter McDaid, ne l’en avait pas extrait, in extremis.
Malheureusement pour la famille Kane, en cette année 1945, à part Peter, il ne se trouve pas grand monde dans leur voisinage du Donegal pour leur apporter de l’aide pour surmonter cette catastrophe. Déjà que les fermiers du coin voyaient d’un mauvais œil l’installation de Barnabas sur les terres de son enfance, à son retour de New-York où il avait travaillé à la construction des gratte-ciels, et dont il avait ramené une femme, Eskra, elle-même fille d’émigrés irlandais, et Billy, leur fils de douze ans. Pour eux, il n’était qu’un « faux-pays », raflant des terres qui ne lui appartenaient pas avec de l’argent gagné ailleurs. La mort de Matthew, dont la femme de celui-ci l’accuse d’être le responsable, va cristalliser à l’encontre de Barnabas l’hostilité de la communauté qui voudrait les voir partir.


C’est une descente aux enfers que raconte Paul Lynch dans ce roman âpre et sombre, comme un long chemin vers l’expiation que va suivre Barnabas, qui au fond de lui se sent responsable de la mort de son employé. Refusant de se rendre à l’évidence, il ne veut pas envisager de vendre une partie de ses terres, comme le souhaiterait Eskra, et entreprend de reconstruire son étable, alors qu’ils n’ont plus un sou. Il s’enferme dans son malheur, se met à dos son seul ami et son fils et s’éloigne de sa femme, pour qui le départ serait la seule issue.

Une histoire bien noire que j’ai malgré tout appréciée, car l’écriture de Paul Lynch est belle. Il évoque à merveille la campagne irlandaise, la vie rude des paysans et leur repli sur eux-mêmes, leur animosité vis-à-vis de celui qui est parti et qui a réussi à l’étranger, le fatalisme qui les rend amers et peu enclins à aider ceux qui se débattent pour s’en sortir. J’ai beaucoup aimé le personnage d’Eskra, femme lucide et courageuse, qui tente d’aider et de soutenir son mari, même si elle le reconnait de moins en moins. C’est elle qui s’occupe des ruches, parce qu’elle est calme et paisible. Elle se met au piano quand elle a besoin de réconfort. Elle aussi sera finalement submergée par les épreuves et sombrera à sa façon.




Quatrième lecture pour le challenge 1% Rentrée littéraire 2015, orchestré par Sophie Hérisson.

D'autres avis chez Gambadou, Kiba-chan, Tiben, Eva, MicMelo et Fleur.

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