vendredi 12 décembre 2014

La chute des princes

La chute des princes Robert Goolrick
Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville
Editions Anne Carrière (2014)


Grandeur et décadence d’un trader new-yorkais dans les années 80. Il a vécu comme un prince, cumulant tous les excès : alcool, drogue, sexe. Il a gagné des millions de dollars, en a dépensé autant. Il a échappé aux ravages du sida mais a vu ses amis tomber comme des mouches. Et puis un jour, tout s’est effondré pour lui aussi : il a perdu son travail, sa femme a demandé le divorce. Toutes les portes se sont refermées devant lui, il a touché le fond pendant deux ans, survivant en partie grâce à la lecture d’À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. C’est aussi grâce à sa connaissance de l’œuvre qu’il a trouvé un emploi dans une librairie. Depuis, sa vie a bien changé, monotone et sans éclat. Il se souvient des folies de sa jeunesse, il raconte les moments marquants de son existence, sans complaisance et ne cherche pas à se justifier, s’étonnant même d’avoir survécu.

Un livre fort et percutant d’un auteur que je découvre. J’ai pris beaucoup de plaisir à cette lecture alors que le sujet, à priori, aurait dû me rebuter.  Mais l’auteur garde une certaine retenue dans la description des  épisodes de fêtes et de beuveries, le côté trash des situations étant atténué par les regrets  du narrateur, qui jamais ne se glorifie de ses succès passés ni de ses excès. L’évocation de quelques figures secondaires apporte aussi de vrais moments de tendresse et d’amitié. A découvrir sans hésitation ! 

Un extrait page 63 :
En ville, j’ai dégoté une gigantesque tente marocaine qui m’a coûté vingt-cinq mille dollars, que j’ai fait monter sur la pelouse et remplir de banquettes et de coussins en soie, et aussi de tables basses marocaines. J’ai fait suspendre des lustres, ça ressemblait à un sérail dédié au sexe. Il faisait une chaleur d’enfer, là-dedans, on se serait cru sous la chaleur d’un cirque déglingué par un après-midi de juillet à Reno, Nevada. Mais la toile était magnifiquement brodée et rehaussée de milliers de miroirs minuscules – c’était d’une beauté à couper le souffle.
Depuis le premier étage de la maison, on surplombait le toit de la tente, si c’est bien ce qu’on dit pour une tente, et c’était comme regarder les étoiles d’en haut, avec tous ces miroirs qui scintillaient, et la lueur douce des bougies tamisée par la toile.
Curieusement, il y a beaucoup de similitudes entre La chute des princes et une lecture précédente, Trente ans et des poussières de Jay McInerney. Il s’agit de la même époque, dans une ambiance similaire et les héros vivent des expériences proches. Mais dans Trente ans…, le lecteur accompagne le jeune couple dans les crises qu’il doit surmonter et ne sait rien du futur. Ici, le temps a passé et c’est un narrateur assagi et solitaire qui raconte sa jeunesse enfuie.

tous les livres sur Babelio.com

Je remercie Babelio qui m’a donnée l’occasion de découvrir ce roman, ainsi que les éditions Anne Carrière.

La vidéo ci-dessous m'a permis de faire connaissance avec Robert Goolrick,



et celle-ci éclaire la relation entre l'auteur et son éditeur :

vendredi 28 novembre 2014

No et moi

No et moiDelphine de Vigan
Éditions Jean-Claude Lattès (2007)

Lou a treize ans, vit à Paris avec ses parents dans un bel appartement. C’est une adolescente surdouée, elle vient de rentrer au lycée et elle se sent mal à l’aise dans cette classe de seconde, où les autres filles la regardent de travers.  Seul Lucas, un redoublant de dix-sept ans, lui témoigne un peu d’intérêt. Lorsque Lou se voit obligée de choisir un sujet d’exposé, elle présente son projet d’enquêter sur les jeunes SDF, sur un coup de tête. Gare d’Austerlitz, elle repère No, une jeune sans abri, tout juste majeure, qui zone dans le quartier, toujours à la recherche d’un endroit où dormir. Les premiers contacts entre les deux filles sont difficiles mais petit à petit, Lou réussit à apprivoiser Nolwenn et une amitié s’installe. Lorsque la situation s’aggrave pour No, Lou sollicite l’aide de ses parents, qui acceptent d’héberger la jeune fille. La présence de No ramène la joie de vivre qui manquait dans la famille de Lou depuis la mort de sa petite sœur. No se requinque, savoure le confort et la chaleur d’un foyer uni et reprend confiance. Mais ce roman n’a rien d’un conte de fées et aucune bonne marraine ne s’est penchée sur le berceau de No.

Même si le titre du roman met en avant les deux jeunes filles, c’est de trois adolescents dont qu’il est question dans cette histoire, où chacun, à sa façon et à des degrés divers, vit dans la solitude, délaissé par sa famille. La vie de No en est l’exemple ultime, enfant abandonnée par sa mère, baladée de foyer en foyer jusqu’à sa majorité puis poussée à la rue, dans la crasse, la violence et l’alcool. Lou, quant à elle, bénéficie du confort des beaux quartiers parisiens, d’une éducation à la mesure de ses capacités mais elle ne reçoit pas tout l’amour qui lui est dû. En effet, sa mère a perdu pied à la suite du décès de son deuxième enfant, et depuis, elle sombre dans la dépression et ne manifeste qu’indifférence pour sa fille. Quant à Lucas, le beau gosse, le charmeur, il ne manque pas d’argent mais vit quasiment seul dans un bel appartement, où sa mère ne fait que des apparitions fugaces entre ses déplacements professionnels.

La présence de No va aider la famille de Lou à sortir de son drame, mais elle–même ne va malheureusement pas en bénéficier durablement. L’histoire de Lou, No et Lucas est poignante et réaliste. Elle prouve que lorsqu’on a le gîte et le couvert assuré, la vie est quand même plus facile, même si l’environnement familial n’assure pas complètement son rôle protecteur. No n’a rien eu de tout cela pendant de trop longtemps et l’amitié de Lou ne suffira pas à l’empêcher de sombrer.  Une belle lecture qui m’a laissée avec un grand sentiment d’injustice.


J'avais ce livre depuis un moment dans ma liseuse et c'est le challenge Objectif Pal 2014 d'Antigone qui m'a fourni l'occasion de le faire sortir de ma PAL numérique.

D'autres avis sur ce livre un peu partout sur la Toile et chez Babelio, par exemple.

mardi 4 novembre 2014

Trente ans et des poussières

Trente ans et des poussières Jay McInerney
Editions de l’Olivier (1993)
Traduit de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso

 
Dans les années 80, à Manhattan, Russel et Corinne forme un couple modèle, envié par tous leurs amis. Lui est éditeur chez Corbin, Dern & Cie, elle est courtière en bourse et est bénévole dans une association d’aide aux démunis. Ils ont trente ans, ils s’aiment et ont l’avenir devant eux, ils s’amusent dans toutes les fêtes où il faut être vu, écument les vernissages et les cocktails. Pourtant, chacun commence à ressentir une insatisfaction, un manque dans sa vie. Russel s’ennuie dans son activité professionnelle, il est tenté par des propositions cinématographiques sur la côte Ouest. Ou alors, pourquoi ne pas profiter de sa rencontre avec un riche homme d’affaires et lancer une OPA sur Corbin, Dern et Cie. Et puis, la routine matrimoniale commence à lui peser, il est attiré par d’autres femmes que la sienne. Quant à Corinne, elle se sent de plus en plus mal à l’aise dans le milieu boursier et voudrait faire une pause, avoir un bébé, arrêter de boire, moins sortir, souffler, quoi. Et puis, il y a leur ami Jeff, un écrivain qui n’a plus écrit depuis plusieurs années, qui a replongé dans la drogue. Cette rechute et la part active qu’ils doivent prendre pour faire entrer Jeff en cure de désintoxication sont un choc pour eux, le passage dans l’âge adulte en quelque sorte.

En commençant ce livre, j’ai souvent pensé aux romans de Paula Fox. Comme chez elle, les personnages ne sont pas forcément très sympathiques. Tout l’art de l’auteur est de donner, malgré cela, envie de les accompagner, de s’intéresser aux évènements qu’ils vivent, tant ils sont ancrés dans une époque décrite de façon très réaliste, très concrète. Ici, c’est la crise boursière de 1987 à New York qui va venir contrer les projets de Russel et de Corinne, bouleverser leur existence confortable et les forcer à se remettre en question. C’est une description très vivante du New York de la fin des années 80, dans le milieu des yuppies, de leurs excès, du toujours plus et du difficile retour aux réalités, quand la crise vous oblige à réduire la voilure.

C’est ma deuxième lecture de Jay McInerney, après Bright Lights, Big City, et j’ai vraiment envie de découvrir davantage cet auteur. Ça tombe bien, il existe une espèce de suite à Trente ans et des poussières, La belle vie, où l'on retrouve Russel et Corinne après les attentats de septembre 2001.


D'autres avis sur Babelio.

mardi 28 octobre 2014

Mad about the boy

Mad about the boyHelen Fielding
Editeur : Jonathan Cape (Octobre 2013)

Dans ce troisième épisode des aventures de Bridget Jones, la situation a bien changé. Bridget a cinquante et un ans, elle est veuve et élève seule ses deux enfants depuis la mort accidentelle de Marc Darcy, cinq ans auparavant. Quand le livre démarre, Bridget a une relation amoureuse avec un jeune homme de vingt-neuf ans, et elle s’interroge sur la nécessité de le présenter à ses enfants. Débute alors un long flashback pour expliquer comment elle en est arrivée là, après une vie de nonne depuis son veuvage. Sous l’influence de ses amis, Bridget a décidé de reprendre sa vie de femme en main et de chercher l’âme sœur. Tout a commencé évidemment par un régime, et puis Bridget a dû se mettre aux nouveaux outils de communication, Twitter, site de rencontres, etc. Elle a voulu également retrouver une activité professionnelle et a commencé à écrire un scénario pour adapter la pièce d’Ibsen, Hedda Gabler, en la transposant à Londres, de nos jours. De ce côté-là, ce n’est pas simple non plus pour Bridget, car le producteur veut absolument que l’histoire se déroule en Californie, sur un yacht.

Voilà rapidement résumé ce gros livre de 400 pages, bien trop long à mon goût, et que j’ai failli abandonner à plusieurs reprises. Il a fallu que je me convainque de l’intérêt de lire de l’anglais pour persévérer dans cette succession de gags loufoques et répétitifs, d’où émerge péniblement un peu de sensibilité dans les pages qui traitent de sujets plus sérieux : l’éducation des enfants et leurs difficultés à vivre sans père,  la place de la femme veuve dans la société et la sortie du deuil, la relation amoureuse avec un homme plus jeune.

Évidemment, avec Bridget Jones, je m’attendais à de la fantaisie, et j’aurais été déçue s’il n’y en avait pas eu. Mais il y a aussi beaucoup de longueurs qui nuisent au rythme, ça tourne un peu en rond et puis, sur la fin, les évènements se précipitent. Lorsque Bridget comprend qu’elle est amoureuse d’un homme qu’elle rencontre très souvent et qu’il partage peut-être son inclination, tout est expédié en vingt pages. Bref, une déception. Il paraît qu’une adaptation cinématographique de cet épisode est en cours. Peut-être que l’histoire passera mieux au cinéma. Mais sur le papier, cette fois, trop d’invraisemblances ou de redites. Dommage !

Lu dans le cadre du challenge Romancières Américaines de Miss G.
 

dimanche 21 septembre 2014

Moment d'un couple

Moment d’un coupleNelly Alard
Gallimard (2013)

Juliette et Olivier vivent à Paris, avec leurs deux enfants. Les débuts de leur relation amoureuse ont été compliqués mais ils affichent maintenant un bonheur sans histoire, comme tant d’autres couples avec enfants de l’est parisien. Et puis soudain, alors qu’elle n’a rien vu venir, Juliette est confrontée à l’aveu d’Olivier : il a une liaison depuis trois semaines. Juliette est dévastée par cette annonce mais décide de tout faire pour sauver son couple, puisqu’Olivier ne semble pas vouloir la quitter. Mais l’autre femme est coriace, d’autant plus qu’elle est persuadée qu’Olivier l’aime et veut vivre avec elle. Et pour elle, la guerre avec Juliette est déclarée et tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins.

Sujet classique du mari, de la femme et de la maîtresse mais traité d’une façon moins conventionnelle. C’est Juliette, l’épouse trompée, qui est la narratrice ici et c’est de son point de vue que nous suivons l’intrigue. L’aveu d’Olivier est pour elle l’occasion de revenir sur son histoire personnelle, sur le divorce de ses parents, la dépression de sa mère, ses années de lycée enfermée dans un pensionnat religieux, sa vie sentimentale chaotique et le viol dont elle a été victime. C’est la partie du livre que j’ai le moins aimée, j’ai même failli abandonner cette lecture à plusieurs reprises. L’auteur, par la voix de Juliette, nous livre dans un style presque mécanique tous les évènements qui ont façonné le caractère de l’héroïne, mais sans expliquer vraiment leurs conséquences sur son comportements et ses sentiments. Au lecteur de se débrouiller avec tout ça. Personnellement, je n’y ai pas trouvé beaucoup de cohérence.
Et puis, dans la deuxième partie, Juliette décide de mener le combat face à V., celle qui veut lui prendre son mari et qui est prête à tous les chantages. A partir de ce moment-là, j’ai trouvé l’histoire beaucoup plus intéressante, plus crédible aussi, même si je m’interrogeais sur ce que pouvait ressentir Juliette face à l’incertitude et à la faiblesse de son mari. Ce n’est que lorsqu’elle comprend que son mari ne pourra pas se sortir tout seul des griffes de son adversaire que Juliette reprend la main et s’affirme, sortant alors du statut de victime pour mener le jeu.

J’avais beaucoup aimé le premier roman de Nelly Alard, Le crieur de nuit et j’attendais sans doute beaucoup de ce deuxième livre, trop sans doute, ce qui peut expliquer ma déception en début de lecture. Heureusement, la suite de l’histoire m’a fait un peu changer d’avis. J’ai mieux compris les deux citations extraites du dictionnaire qu’insère Nelly Alard au tout début de son livre, et en particulier la définition physique de l’expression moment d’un couple. L’auteur a vraiment bien su en exploiter le sens pour mener son intrigue. A mon avis, cette interprétation est une bonne raison pour découvrir ce roman.

Ce livre a été récompensé par le prix Interallié 2013. Cela, je le savait déjà. Ce que j'ignorais, en revanche, c'est que ce livre avait provoqué quelques remous à sa sortie, quant à son aspect autobiographique et à l'identité potentielle de V. Je vous laisse chercher un peu sur la Toile, c'est assez cocasse, je trouve, d'un point de vue externe, bien sûr. Si l'histoire est réelle, elle n'a pas du être facile à vivre pour l'auteur.

Pour en savoir davantage sur l'auteur, rendez-vous sur son site.

lundi 8 septembre 2014

Extrêmement fort et incroyablement près

Extrêmement fort et incroyablement prèsJonathan Safran Foer
Éditions de l’Olivier (2006)
Traduit de l’anglais par Jacqueline Huet et Jean-Pierre Carasso
Lu dans l’édition poche Points Folio.


Oskar Schell a neuf ans, il vit à New York avec sa mère et a une relation très proche avec  sa grand-mère, rescapée des bombardements de Dresde durant la deuxième guerre mondiale. Son père, Thomas, a disparu lors des attentats au World Trade Center, le 11 septembre 2001. Oskar est un enfant hyper sensible, surdoué, qui n’arrive pas à surmonter la mort de son père. Il découvre par hasard dans un vase une enveloppe contenant une clé. Sur l’enveloppe est inscrit le mot Black. Oskar se met en tête de retrouver la serrure correspondant à la clé et se persuade qu’un dénommé Black pourra l’aider dans cette quête. Qu’importe si cela doit lui prendre des années.

C’est un livre très étrange, et le début de ma lecture a été un peu difficile. Plusieurs récits s’entremêlent dans ce roman, celui d’Oskar bien sûr, qu’il s’agisse de ses souvenirs de son père, du ressassement des évènements du 11 septembre ou de sa quête folle de tous les dénommés Black dans New York.
Une autre voix importante s’élève dans ce roman, c’est celle de la grand-mère dont l’existence est une succession de drames. Après avoir perdu toute sa famille pendant les bombardements de Dresde, elle s’est mariée avec l’ancien fiancé de sa sœur. Ensemble, ils ont émigré aux États-Unis, ont travaillé pour établir leur entreprise de bijouterie. Un jour, son mari a disparu, la laissant enceinte de Thomas, qu’il n’a jamais connu.
Et puis, il a les mots d’un homme, dont on met un moment à comprendre qui il est, qui complètent cette histoire complexe et terrible, un homme que le lecteur identifie au fur et à mesure, lorsque l’auteur veut bien en dire suffisamment pour éclairer sa lanterne, un homme qui lui aussi a vécu des drames et qui va reprendre sa place dans l’histoire familiale.

Impossible d’en dire trop sur ce roman au risque de dévoiler des éléments clés de l’histoire. Il faut  s’y plonger,  découvrir les indices semés par l’auteur et se tromper sur leur signification, comme il l’a manigancé. Et il faut accepter de revivre cette sidération qui nous a saisis ce mardi de septembre 2001 quand nous avons découvert ce qui se passait là-bas, de l’autre côté de l’Atlantique, et que nous regardions en boucle sur les écrans de télévision, incapables de détacher nos yeux de ces images terribles. C’est d’ailleurs le récit que la grand-mère fait de ces évènements qui m’a le plus touchée car ce qu’elle raconte, c’est vraiment ce qui dépeint ce que j’en ai perçu à l’époque. Et puis, les mots et les souvenirs des anciens, que ce soit la grand-mère ou bien l’homme que l’on découvre au fur et à mesure, remettent la tragédie du 11 septembre à sa place dans l’histoire. Pour ceux qui ont vécu les conflits du XXème siècle et qui en ont été les victimes, c’est un drame de plus, qu’il faut surmonter. Pour nous qui n’avons pas connu de guerre et qui avons vu et revu les images du 11 septembre, l’impact de l’évènement est bien sûr beaucoup plus percutant, même si nous n’en n’avons pas été les victimes directes.

Si je peux exprimer un regret par rapport à cette lecture, c’est à propos du personnage de la mère d’Oskar. Elle est très peu présente dans le livre, on découvre en même temps qu’Oskar la part qu’elle a tenue dans les dernières pages. Personnellement, j’aurais aimé en savoir un peu plus sur elle. Mais cela n’était sans doute pas l’objectif de l’auteur.

En lisant ce livre, je me suis rappelé L’histoire de l’amour de Nicole Krauss. Comme ici, plusieurs récits s’entremêlaient, entre présent et passé. Ce n’est peut-être pas un hasard, Nicole Krauss partage la vie de Jonathan Safran Foer et la dédicace du roman « Pour NICOLE, mon idée du beau » lui est sans doute adressée.

Avec cette lecture, je continue mon challenge Objectif Pal 2014, initié par Antigone


et je peux également participer au Mois Américain organisé par Titine.


vendredi 15 août 2014

Le dernier gardien d'Ellis Island

Le dernier gardien d'Ellis Island - Gaëlle Josse
Les éditions Noir sur Blanc (2014)

Le 3 novembre 1954 sur Ellis Island, John Mitchell commence le récit de sa vie sur l’île, où il vit et travaille depuis quarante-cinq ans. Dans neuf jours, le centre d’accueil va fermer, des officiels viendront par bateau pour une dernière cérémonie et John repartira avec eux, pour regagner Manhattan et l’appartement vide de ses parents, où il a passé son enfance. Pour occuper ces neuf journées, John parcourt seul tous les lieux de l’île, où il a tant de souvenirs et couche sur le papier ce qu’il y a vécu.
Il dit les foules d’immigrants qui débarquaient d’Europe après un voyage souvent terrible, la sélection qu’ils devaient affronter avant d’être autorisés à entrer aux Etats-Unis et le drame de ceux qui étaient refoulés.
Il raconte les cinq années de bonheur au côté de Liz, sa femme, des années enfuies trop vite, et qu’a suivi une vie solitaire et terne. Et puis il évoque aussi deux épisodes douloureux, où il a failli personnellement. Une fois, en tant qu’homme, face à Nella, une jeune immigrée sarde qui lui a fait perdre la tête et puis, en tant que directeur face à Lazzarini, un homme au passé douteux, qu’il a malgré tout aidé à obtenir son autorisation d’entrée.


C’est le troisième livre de Gaëlle Josse que je découvre ici et encore une fois, j’ai été captivée par son écriture. Elle sait à merveille installer une ambiance, décrire des lieux et faire revivre ceux qui les ont visités. Son évocation du centre d’accueil d’Ellis Island tient du documentaire et j’y ai trouvé un grand intérêt. Les destins particuliers qui y sont racontés apportent une émotion touchante et aident à comprendre les états d’âme du narrateur, un homme sincère, intègre, dépassé parfois par ses responsabilités et par une vie de solitude et de devoir.

En complément de cette lecture, visitez ce site où Gaëlle Josse partage des textes, des photos et des vidéos qui l'ont accompagnée au cours de l'écriture de ce livre.

Je remercie Babelio et les éditions Noir sur Blanc qui m'ont gracieusement proposé ce livre, que j'ai accepté avec plaisir.