vendredi 15 décembre 2017

Tiens ferme ta couronne

Tiens ferme ta couronne - Yannick Haenel

Gallimard - Collection L'Infini (2017)


J'avais conscience, en discutant avec des producteurs, qu'il n'était pas facile de se représenter le sujet de mon scénario et lorsque, à un moment de la conversation, l'un d'eux finissait par dire : « Mais de quoi ça parle ? », j'aimais beaucoup dire que ça parlait de ça : « l'intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville ».
Était-ce le mot « mystiquement » ou le mot « alvéolé » qui provoquait leur stupeur ? Aucun producteur, bien sûr, ne donnait suite. Mais je ne me décourageais pas : lorsqu’on agit contre son propre intérêt (lorsqu’on se sabote), c’est toujours par fidélité à une chose plus obscure dont on sait secrètement qu’elle a raison. Après tout, ce qui est très précieux est aussi difficile que rare. (page 12)

Le narrateur a écrit un scénario de 700 pages sur la vie d’Herman Melville, l’auteur de Moby Dick, pour lui le plus grand écrivain américain. Ce qu’il veut faire entendre de Melville, c’est sa pensée, plus exactement l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville. Difficile avec ça de trouver un producteur capable de porter le projet à l’écran, d’autant que pour le narrateur, seul quelqu’un de la trempe de Michael Cimino serait à la hauteur du challenge. Et puis, par hasard, un producteur français, Pointel, lui donne le numéro de téléphone de Cimino. Le narrateur contacte le cinéaste, obtient, sans difficulté, un rendez-vous trois jours plus tard, à New York, devant le Cavalier polonais de Rembrandt à la Frick Collection.

Hé oui, ce livre démarre très fort !
Et ce début prometteur n’est pas un leurre, ça continue sur le même rythme pendant 331 pages, dans lesquelles on rencontre Michael Cimino, certes, mais aussi Isabelle Huppert en personne, un sévère maitre d’hôtel sosie d’Emmanuel Macron, un dalmatien pataud, une jeune chercheuse très attirante, un voisin irascible et absent, pour ne citer que quelques figures de ce roman, sans parler du héros, qui se qualifie lui-même à plusieurs reprises de fou. Je ne sais pas s’il est réellement fou, mais ce dont je suis sûre, c’est qu’il est fou de cinéma, et en particulier de Voyage au bout de l’enfer et de La porte du paradis de Cimino, ainsi que d’Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, passant ses jours et ses nuits à voir et revoir sans cesse ces films en boucle, décortiquant les actions, analysant les personnages et revisitant les figures mythiques des œuvres, en écho au daim blanc qui symbolise la vérité selon Melville.

J’ai commencé ce livre dans un état d’esprit particulier, pleine de culpabilité d’avoir raccroché au nez d’un parent qui pour la nième fois, entreprenait de me raconter ses quarante années de démêlés avec l’administration, et de n’avoir pu échapper à cette logorrhée qu’en coupant la ligne, incapable de me faire entendre et de stopper des propos insensés. Le soir même, j’attaquais ce livre de Yannick Haenel, dont je n’avais encore rien lu. Et voilà que j’y retrouve un autre style de logorrhée, s’agissant ici de l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête d’Herman Melville !
Bon, d’accord, ça change des problèmes d’autorisation de stationnement, de déposes de roues, de majuscules accentuées et d’adresses incorrectes de mon correspondant téléphonique ! Alors, j’ai continué ma lecture, pour me changer les idées et je me suis laissée emporter par la prose de Yannick Haenel, en me demandant souvent pourquoi il s'était donné la peine de choisir ce beau titre pour son livre alors que « Accroche-toi au pinceau » aurait fait l’affaire !
Et puis, tout de même, lorsque le narrateur se plonge sans cesse dans le film de Cimino, Voyage au bout de l’enfer, je ne peux qu’être d’accord avec lui, partager ses points de vue et ses analyses. Alors, lorsqu’il évoque, de la même façon obsessionnelle, d’autres films que je connais moins, comme La porte du paradis ou Apocalypse Now, je suis très curieuse de sa vision de ces films et très intéressée par son approche.
À partir de là, j’ai oublié mes réticences et j’ai continué ma lecture sans à priori, je suis entrée dans cet univers foutraque et déjanté, j’ai accepté de suivre le narrateur dans ses errances alcoolisées, j’ai ri aux péripéties de sa soirée dans un grand restaurant chic, j’ai compati à ses démêlés avec sa concierge et à ses problèmes de voisinage. Je me suis inquiétée du sort de Sabbat, le dalmatien et je suis d’ailleurs très fâchée contre Yannick Haenel qui n’a pas pitié de nous, pauvres lecteurs, puisqu’il nous a laissés sans nouvelles de l’animal, comptant sans doute sur nous pour continuer à le chercher dans les rues de Paris !

Bref, une lecture que je recommande, qui a eu sur moi un effet salutaire, qui m’a prouvé que certaines folies pouvaient être créatives et fructueuses, au lieu de tourner en rond de façon stérile et nombriliste. Une belle expérience

mardi 21 novembre 2017

Peggy dans les phares

Peggy dans les phares – Marie-Ève Lacasse

Flammarion (2017)

Pour les uns, Peggy était sublime, terrifiante, respectée, admirée. Pour les autres, paumée, ratée, alcoolique. Pour la plupart, élégante, habitée, chaleureuse. Le qualificatif le plus méchant qu’on ait pu lui attribuer, c’était inintéressante. Qui dit vrai ? J’ai voulu me faufiler dans leur histoire pour restituer une vérité fausse et vraie qui est la mienne, et qui pourrait, par le miracle de la fiction, être aussi la leur. (page 243)
J’ai entendu parler de ce livre de Marie-Ève Lacasse alors que je lisais Sagan et fils, le témoignage de Denis Westhoff consacré à sa mère. Il y était bien sûr question de Peggy Roche, celle qui fut la compagne de Françoise Sagan pendant quinze ans et dont la mort fut, selon Westhoff, une perte terrible pour sa mère.

Alors évidemment, j’ai eu envie de découvrir grâce au livre de Marie-Ève Lacasse qui fut Peggy Roche, mannequin-cabine, styliste, rédactrice de mode chez Elle, successivement épouse d’un photographe de guerre puis d’un acteur connu. Comment est-elle entrée dans le cercle de Sagan, pourquoi est-elle si peu connue, si peu mise en avant ? Quel a été son rôle auprès du charmant petit monstre ?

Des réponses à ces questions, j'en ai trouvé dans ce roman. Roman et pas document, car comme l’écrit Marie-Ève Lacasse dans sa conclusion citée en ouverture de ce billet, c’est sa vérité à elle qu’elle donne à lire dans ce livre, celle qu’elle a reconstituée après une longue enquête à partir des témoignages des proches qui ont bien voulu lui parler de Peggy. Mais il reste de nombreuses questions sans réponse à propos de cette femme discrète, sur son père, sur l’enfance, sur la relation avec Sagan et les raisons de celle-ci de maintenir sa compagne dans l’ombre.

La construction très libre de ce livre en fait une lecture agréable. Les allers et retours dans le temps gomment l’aspect documentaire pour faire ressortir tous les éléments romanesques de cette histoire, et apportent une pierre de plus à la découverte de la vie de Françoise Sagan. La romancière n’apparait pas toujours à son avantage chez Marie-Ève Lacasse, surtout lorsqu’elle semble ne pas assumer sa relation avec Peggy face à l’extérieur. Ainsi, lorsque Sagan reçoit chez elle, dans la maison qu’elle partage avec Peggy, elle demande à celle-ci de quitter les lieux avant l’arrivée des invités et de revenir comme si elle était elle-même une invitée.

On peut ressentir de l'agacement à la lecture de la description du milieu où vivaient Françoise Sagan et Peggy Roche, un univers superficiel où l'argent coule à flots - au moins dans les débuts - où les soirées arrosées d'alcool et de drogues se succèdent. J'ai volontairement laissé cet aspect de côté pour mieux apprécier la façon dont Marie-Ève Lacasse dessine le portrait de son héroïne et dépeint un amour durable et précieux, et c'est ce que je veux retenir de cette lecture.

mardi 14 novembre 2017

Un livre de raison

Un livre de raison – Joan Didion

Grasset (2017)
Traduit de l’anglais (US) par Gérard-Henry Durand


Grace Strasser-Mendana, la narratrice, est une américaine qui s’est mariée avec l’un des fils de la famille Mendana, au pouvoir du Boca Grande, un état imaginaire d’Amérique centrale. Grace était anthropologue, elle a travaillé avec Lévi-Strauss, puis elle s’est passionnée pour la biochimie. Elle est veuve, atteinte d’un cancer incurable. Elle a décidé d’être le témoin de Charlotte Douglas, une autre américaine, échouée à Boca Grande parce qu’elle recherche sa fille Marine, disparue à l’âge de dix-huit ans. Marine qui s’est enfuie avec un groupe de combattants révolutionnaires, Marine dont le corps aurait été retrouvé à la suite d’une opération de guérilla. Mais cela, Charlotte ne peut pas l’entendre et Grace s’est donnée pour tâche de reconstituer son parcours, de sa quête pour retrouver sa fille.

Je suis très consciente que mon résumé ne donne qu’un aperçu très incomplet de ce livre assez bizarre. Deux femmes très différentes, l’une qui essaye de comprendre comment fonctionne l’autre et ce qui l’a conduite jusqu’à Boca Grande où elle a trouvé la mort. Autant Grace est rationnelle, attachée aux faits et aux chiffres, autant Charlotte Douglas est fantasque, passionnée, irréfléchie. Grace ne s’entend pas avec son fils, Charlotte est prête à tout pour sa fille. Grace a compris le fonctionnement politique de Boca Grande, ses dangers et les compromissions obligées si l’on veut rester en vie, Charlotte n’hésite pas à défier les agents de la CIA qui la surveillent et elle ne respecte aucune règle de conduite.

Peut-être faudrait-il lire plusieurs fois ce livre pour réussir à en extirper ce qu’a voulu nous raconter Joan Didion, il faudrait accepter de se confronter plusieurs fois à ces personnages qui ne sont pas sympathiques, l’un d’entre eux, Warren Bogart, premier mari de Charlotte et père de Marine, étant le pire de tous, raciste, sexiste, alcoolique et j’en passe ! La narration est heurtée, suivant en cela l’attitude de Charlotte Douglas, femme toujours au bord de l’abîme, instable, incapable de se poser. La description que donne Grace des soubresauts politiques qui traversent régulièrement le pays est savoureuse et certainement inspirée de faits réels.

Pour résumer, une lecture un peu difficile d’accès, qui permet néanmoins de découvrir plus avant le talent de Joan Didion, que j’ai toujours plaisir à explorer. Je me demande encore pourquoi l’auteur a nommé son livre « A book of Common Prayer » en version originale, il y a certainement une intention dans ce titre que je n’ai pas élucidée. Il faudra sans doute que je cherche à lire les articles parus aux États-Unis à propos de ce livre pour le découvrir. Si quelqu’un a une idée, ça m’intéresse !

À noter : ce roman est paru en français successivement chez plusieurs éditeurs : en 1978 chez Julliard, chez Robert Laffont en 2010 dans cette même traduction, avant l’édition chez Grasset que j’ai lue ici. On peut dire que les éditeurs français sont persévérants pour faire découvrir Joan Didion et son oeuvre à leurs lecteurs !

dimanche 12 novembre 2017

Du fond de mon coeur

Du fond de mon cœur – Jane Austen

Traduit de l’anglais et présenté par Marie Dupin
Éditions Finitude (2015)


Le sous-titre de cet ouvrage, lettres à ses nièces, résume parfaitement la première partie de ce livre. Il s’agit de lettres que Jane Austen a adressées à trois de ses nièces, Anna, Fanny et Caroline.
Deux aspects dans ses lettres : d’abord, le côté documentaire sur la vie que menait Jane Austen, lorsqu’elle évoque son quotidien, les promenades, les visites diverses, les voyages et séjours chez ses frères. On y retrouve l’ambiance de son roman Emma. Et puis, ce qui est plus intéressant, ce sont ses conseils d’écritures à ses nièces et ses suggestions sur les textes qu’elles lui envoient pour commentaires et correction. Jane Austen, bien que restée célibataire, avait des idées très arrêtées sur ce qu’une jeune fille doit attendre d’une relation amoureuse et sur ce qui doit la conduire ou non au mariage !

Ensuite, dans la deuxième partie, sont rassemblées des lettres de Cassandre, la sœur de Jane, qui annoncent son décès aux nièces, leurs réponses suivies de leurs témoignages à propos de leur tante lorsqu’un neveu de Jane, Edward Austen-Leigh, les sollicitera pour préparer son livre en hommage à sa tante. Ce qui est assez surprenant dans ces témoignages, c’est la différence de perception de leur tante entre les nièces. Autant Anna et Caroline sont élogieuses à son sujet, pleines d’affection et de reconnaissance, autant Fanny est mesquine et critique, trahissant là d’une manière impardonnable celle qui l’aimait tant.

Un recueil très émouvant à lire sans hésitation si on est fan de Jane Austen, qui apporte un éclairage passionnant sur la façon dont elle construisait ses romans et qui fournit des clés pour comprendre quels étaient ses principes de vie. Rien d’étonnant à ce qu’elle soit restée célibataire !

mercredi 8 novembre 2017

Les histoires de Franz

Les histoires de Franz – Martin Winckler

Éditions P.O.L (2017)

J’ai emprunté ce livre de Martin Winckler à la médiathèque parce qu’il était sur la table des nouveautés. De l’auteur, je n’ai lu que La maladie de Sachs, qui m’avait emballée !

Ces histoires de Franz, je n’en savais rien. Même pas qu’il faisait suite au précédent roman Abraham et fils paru en 2016, à propos duquel je n’avais rien lu non plus. Quand j’ai appris cela dans l’avertissement en début d’ouvrage, je me suis demandée s’il ne fallait pas rendre ce livre tout de suite et emprunter le précédent pour reprendre l’histoire dans l’ordre. Mais comme j’avais attendu celui-ci plusieurs semaines, j’ai commencé ma lecture et j’ai bien fait, d’autant que de fréquents retours dans le temps permettent de resituer la chronologie des évènements qui sont relatés dans le premier.

Je ne tenterai pas de résumer ce gros livre de plus de 500 pages. Ce serait trop difficile et ça dévoilerait trop de choses dont je veux laisser le plaisir de la découverte aux futurs lecteurs qui passeraient par ici.
Pour situer le cadre, je dirai juste qu’il s’agit d’une famille recomposée, les Farkas. Il y a Abraham, médecin, et son fils, Franz, celui du titre. La mère est morte très jeune en Algérie, pendant les évènements, victime d’un attentat, après lequel Franz lui-même est resté longtemps dans le coma. Après un séjour aux États-Unis, Abraham et son fils sont venus s’établir dans le Loiret et le médecin a engagé une assistante, Claire Delisse, veuve elle aussi, avec une fille, Luciane, plus âgée que Franz. Plus tard, Abraham et Claire se sont mariés, recréant ainsi une cellule familiale aimante et harmonieuse. Parce que Franz, devenu adolescent, postule pour aller vivre dans une famille aux États-Unis et y poursuivre ses études, il doit se présenter dans une lettre qu’il adresse à l’organisme chargé des sélections et fournir des témoignages et des recommandations. C’est le point de départ de ce roman, où se succèdent les voix de Franz, d’Abraham, de Claire, de Luciane et d’autres encore, qui racontent la vie, l’Histoire et en particulier les combats féministes des années 60-70, l’accès à la contraception et à l’avortement, et la façon dont ces luttes se vivent au quotidien pour un médecin engagé.

J’ai trouvé ce livre passionnant, original dans sa forme car il alterne de nombreux types de narration, et très humain, ce qui ne m’a pas surprise de la part de Martin Winckler. Maintenant, je n’ai plus qu’une envie, c’est de lire Abraham et fils, et qu’une impatience, c’est que la suite, Franz en Amérique, soit publiée !

lundi 30 octobre 2017

Comment vivre en héros ? #MRL17

Comment vivre en héros – Fabrice Humbert

Gallimard (2017)

Tristan Rivière, lycéen de seize ans et adepte de boxe, a irrémédiablement déçu son père, Marcel, ouvrier et fervent communiste, le jour où il a abandonné Bouli, son coach, alors que celui-ci, toujours prêt à la bagarre, se colletait avec trois loubards dans le métro. Submergé par le nombre, Bouli fut gravement blessé et Tristan, définitivement déclaré lâche par Marcel qui, jusque-là, avait toujours rêvé son fils dans le rôle du héros. Tristan, écrasé par la honte, ne remet plus jamais les pieds au club et traine ses remords comme un fardeau, persuadé qu’il est et sera toujours un incapable. Dix ans plus tard, alors qu’il est devenu professeur d’histoire-géographie dans un collège difficile, il se retrouve dans une situation analogue, alors qu’il rentre d’une soirée. Une jeune fille se fait importuner par un groupe de jeunes un peu échauffés et Tristan doit décider en trente-huit secondes ce qu’il va faire : ne pas réagir et risquer de revivre les tourments qu’il a déjà traversés ou se porter au secours de la jeune fille au risque de se faire démolir par le groupe. Avec génie, il choisira une troisième solution qui changera le cours de sa vie et lui donnera accès à un milieu social jusque-là inatteignable et à une carrière politique qu’il n’aurait jamais envisagée.

Ce n’est que le début de la vie de Tristan et l’amorce des péripéties qui vont se succéder au fil des quatre cents pages de ce roman. Je ne peux pas dire que je ne l’ai pas aimé, sur le moment j’ai tourné les pages avec hâte, toujours avide de savoir ce qui allait arriver à Tristan, dans son destin de héros décidé depuis la naissance par son père et si difficile à assumer. Ce que j’ai aimé, c’est toute la partie qui raconte l’ascension politique de Tristan, la façon dont il s’impose avec le soutien de son beau-père. Mais je suis réservée sur le choix de Fabrice Humbert d’illustrer son propos par la théorie du héros qu’il développe comme fil conducteur de ce roman. J’avais d’ailleurs déjà ressenti cette impression avec un autre de ses romans, L’origine de la violence, où, de la même façon, il utilisait un discours théorique sur la violence pour soutenir une histoire qui, à mon avis, n’en avait absolument pas besoin.

En résumé, une petite déception, d’autant que j’ai lu de nombreux avis plutôt favorables sur ce livre. Je suis peut-être passé à côté de ce roman !

Merci à PriceMinister et aux éditions Gallimard qui m’ont gracieusement adressé ce livre dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire 2017.

mardi 24 octobre 2017

Une année studieuse

Une année studieuse – Anne Wiazemsky

Gallimard (2012)

Un jour de juin 1966, j’écrivis une courte lettre à Jean-Luc Godard adressée aux Cahiers du cinéma, 5 rue Clément-Marot, Paris 8e. Je lui disais avoir beaucoup aimé son dernier film, Masculin Féminin. Je lui disais encore que j’aimais l’homme qui était derrière, que je l’aimais, lui. J’avais agi sans réaliser la portée de certains mots, après une conversation avec Ghislain Cloquet, rencontré lors du tournage d’Au hasard Balthazar de Robert Bresson. (Page 11)

Après trois rencontres « ratées » entre la jeune fille et le cinéaste, c’est cette lettre d’Anne qui va inciter Jean-Luc Godard à la rejoindre près d’Avignon où elle passe ses vacances chez une amie. Et c’est là que va démarrer leur histoire d’amour au fil de quelques visites.

C’est une année qui ne sera pas uniquement studieuse que raconte Anne Wiazemsky car, si elle obtient finalement son baccalauréat de philosophie à la session de septembre grâce aux cours particuliers de Francis Jeanson et qu’elle s’inscrit à la faculté de Nanterre où elle côtoiera Daniel Cohn-Bendit , elle va aussi poursuivre sa relation avec le cinéaste, tourner dans son film, La Chinoise, et finalement épouser Jean-Luc Godard, tourner le dos à des études qui lui pèsent et dont elle ne voit plus l’intérêt.

J’avais aimé Jeune fille, le précédent livre d’Anne Wiazemsky où elle racontait sa première expérience cinématographique sur le tournage d’Au Hazard Balthazar.
J’ai encore plus aimé celui-ci où j’ai eu l’impression d’assister à la naissance d’un papillon, de voir celle qui n’est au début qu’une jeune fille peu assurée déployer ses ailes au fur et à mesure, prendre des décisions, se libérer de son cocon familial, découvrir une autre vie.
Et ce n’est pas seulement sa rencontre avec Godard et leur histoire d’amour qui vont être le déclencheur, mais aussi les leçons de Jeanson, le tournage du film, ses cours à la fac, les trajets en train, la découverte de la banlieue pour la petite parisienne des beaux quartiers. Autant d’expériences racontées avec candeur et sincérité, dans un style fluide et sans artifice que j’apprécie toujours autant.