dimanche 26 juin 2016

Eugène Boudin la magie de l'air et de l'eau

Eugène Boudin la magie de l’air et de l’eau – Anne-Marie Bergeret-Gourbin et Laurent Manœuvre

Éditions À Propos (2016)

Ce très joli livre, que j’avais pu voir dans la vitrine de ma librairie de quartier, était proposé dans la sélection de l’opération Masse Critique de Babelio. J’avais tout de suite été séduite par sa couverture, qui propose une vue partielle du tableau de Boudin, « Plage de Deauville à marée basse ».

En une soixantaine de pages, les auteurs présentent la vie et l’œuvre de l’artiste, alternant les repères chronologiques et les analyses des œuvres marquantes, décrivant le contexte historique, culturel et social de l’époque. Ensuite, ils choisissent d’approfondir un thème spécifique à l’artiste, ici « De l’esquisse au tableau de Salon », qui apporte un éclairage passionnant sur le travail de l’artiste, puis ils terminent par une bibliographie autour du peintre et de son époque et une présentation rapide des endroits où l’on peut voir ses tableaux.

Bien qu’ayant participé à la première exposition des Impressionnistes, Boudin ne s’est jamais revendiqué de ce mouvement. Néanmoins, c’est lui qui a convaincu Claude Monet de l’importance de la peinture en extérieur, sur le motif. Peintre de l’estuaire de la Seine, de ses paysages et de ses métiers, puis adepte des scènes de plage qui deviennent un style à la mode, l’artiste s’est aussi spécialisé dans les marines, même s’il n’a jamais été officiellement consacré comme « peintre de la Marine ». Ses voyages l’ont mené en Belgique, aux Pays-Bas, en Bretagne et plus tard à Venise et en Toscane. Ses œuvres ont inspiré les artistes qui lui ont succédé, comme Matisse et les Fauves. Claude Monet a affirmé avec force qu’il devait tout à Eugène Boudin.

J’avais l’impression de connaitre la peinture d’Eugène Boudin mais ce livre m’en a appris davantage sur son œuvre et sur son désir d’indépendance, qu’il a gardé toute sa vie, résistant autant que possible aux pressions des marchands qui voulaient le contraindre à suivre le goût des acheteurs et les dictats de la mode.

Merci à Babelio et aux éditions À Propos pour l’envoi gracieux de ce livre. D’autres ouvrages dans la même collection présentent d’autres artistes, tels que Bonnard, Yves Klein, Rembrandt ou Donatello, pour n’en citer que quelques-uns, et cela pour un coût à la portée de tous. Parfait pour la première découverte d’une œuvre.

dimanche 19 juin 2016

La femme sur l'escalier

La femme sur l’escalier – Bernhard Schlink

Gallimard – collection Du monde entier (2016)
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary.


Je ne me plains pas d’être vieux. Je n’envie pas la jeunesse d’avoir encore la vie devant elle ; je ne veux pas l’avoir encore une fois devant moi. Mais j’envie la jeunesse d’avoir derrière elle un passé qui est bref. Quand nous sommes jeunes, nous embrassons notre passé d’un regard. Nous pouvons lui donner un sens, même si c’est sans cesse un autre sens. Si maintenant je me retourne sur mon passé, je ne sais pas ce qui fut pesant et ce qui fut gratifiant, j’ignore si le succès valait la peine et, dans mes rencontres avec les femmes, j’ignore ce qui fut abouti et ce qui me fut refusé. (page 61)

Le narrateur est un grand avocat allemand, la soixantaine, venu à Sydney pour négocier un contrat. Il profite d’une journée de repos avant de repartir pour l’Allemagne et visite le jardin botanique et l’Art Gallery. Là, il tombe en arrêt devant un tableau qu’il connait, dont il a connu le peintre, Karl Schwind, l’acheteur, Peter Gundlach, et même la femme qui a servi de modèle. Tout jeune avocat, il était intervenu à la demande du peintre, afin de régler un différend entre lui-même et le propriétaire du tableau et était tombé amoureux du modèle, Irène. À ce qui devait devenir sa grande honte, il avait accepté de négocier un marché entre les deux hommes, monnayant le tableau contre la jeune femme. L’affaire avait capoté, Irène et le tableau avait disparu et il n’en avait plus jamais entendu parlé.
L’avocat décide de prolonger son séjour en Australie, bien décidé à retrouver Irène, qu’il n’a jamais oubliée et pour apaiser les remords qui le poursuivent depuis.

Je m’avançai lentement vers le tableau. J’étais gêné, là aussi, comme la première fois. À l’époque, ç’avait été de voir s’avancer vers moi, nue, la femme qui, la veille encore, était assise dans mon bureau avec un jean, un haut et une veste. À présent j’étais gêné parce que le tableau me rappelait ce qui s’était passé à l’époque, ce dans quoi je m’étais laissé entraîner, et que je m’étais empressé de chasser de ma mémoire. (page 12)
C’est une histoire rocambolesque que raconte Bernhard Schlink mais il ne s’attarde pas sur les péripéties que traversent Irène et le tableau. Ce qui compte, ce sont les sentiments entre ces trois hommes et cette femme. Tous trois, ils l’ont aimée, tous trois elle les a fuis et elle ne va en choisir qu’un pour l’accompagner dans les jours qui lui restent, utilisant le tableau et l’attrait qu’il exerce pour les réunir tous une dernière fois.

Aux côtés d’Irène, le narrateur redevient le jeune homme qu’il a été, comme si toutes ces années n’avaient pas existé, comme s’il les avait vécues entre parenthèses. Alors que Gundlach semble savoir ce qu’Irène a fait entre sa fuite et son exil en Australie, l’avocat ne cherche pas à connaître les détails de ce qui semble être un lourd passé. Avec Irène, il choisit de réinventer ce qui aurait pu être leur histoire, s’ils avaient fui ensemble, se reconstruisant des souvenirs fictifs apaisants pour tous deux.

Il est question d’amour, d’art, de la complexité qui entoure les œuvres d’art, de ce que ces œuvres représentent pour ceux qui gravitent autour. L’argent et le pouvoir qu’il apporte y tiennent aussi leur place, pas la plus brillante ni la plus durable. Irène l’avait pressenti, se choisissant un destin désintéressé dans son exil australien.

C’est une histoire singulière, pas du tout celle à laquelle je m’attendais après la lecture de la quatrième de couverture. Mais aucune déception, en ce qui me concerne, juste une frustration vis-à-vis du passé trouble d’Irène en RDA qui n’est qu’effleuré. Mais ce n’était sans doute pas le propos de Schlink de s’étendre sur ces événements, le livre en aurait été différent.

Les avis de Kathel et de Jostein.

dimanche 12 juin 2016

Mariages de saison

Mariages de saison – Jean-Philippe Blondel

Buchet Chastel (2016)

Été 2013 : Corentin, comme tous les ans, seconde son parrain, Yvan, comme vidéaste de mariage, pendant les mois où les cérémonies se multiplient. À vingt-sept ans, Corentin n’est pas encore très installé dans la vie, que ce soit sur le plan professionnel ou sur le plan sentimental. Jusqu’à présent, il s’est laissé vivre, n’a pas retenu les petites amies qui l’ont quitté, parfois après quelques mois de vie commune. Les expériences qu’il va vivre cet été, au travers de cinq mariages, vont marquer un tournant dans sa vie et l’amener à enfin décider du cours de son existence.
C’est l’initiative d’une des mariées, Aline, qui va être l’élément déclencheur de cette prise de conscience. Lors de son mariage, elle demande à Corentin de filmer en privé la déclaration d’amour qu’elle adresse à son nouveau mari. La teneur du message vidéo et l’expression des sentiments de la jeune femme amènent Célestin à renouveler l’expérience auprès de ses proches et à leur demander de s’exprimer devant sa caméra. Son ami Alexandre est le premier à jouer le jeu, puis ce sont ses parents, son parrain, une ancienne petite amie mariée et prête à accoucher, qui s’y prêtent. À travers leurs déclarations, Corentin découvre des secrets, comprend comment il est perçu par ses proches, voit les failles dans l’existence de chacun et perçoit aussi leurs forces, ce qui les aide à vivre et ce qui lui manque pour avancer dans sa propre vie. Il décide alors de répondre à chacun, toujours en vidéo.


Beaucoup d’émotion dans ce nouveau roman de Jean-Philippe Blondel que j’ai lu presque d’une traite. On parle souvent de la petite musique de Modiano, mais Blondel a également la sienne, que je retrouve au fil de ses romans. Ici, il exprime d’une façon touchante les incertitudes que l’on peut ressentir à diverses étapes de la vie, et qui n’empêchent pas malgré tout de vivre, de prendre des décisions ou de se laisser porter. Et il n’est jamais trop tard pour reprendre la main, pour bifurquer et s’engager sur un autre chemin. Tout cela sans heurts, raconté dans une langue fluide et agréable, avec humour et simplicité. Un vrai bonheur de lecture.

Un extrait (pages 55-56)
22 heures. Yvan et Corentin sont assis à une table de huit. Pendant le repas, ils filment peu – quelques plans de coupe, quelques zooms sur des personnes qui rient ou qui dansent, ce sera suffisant pour les vingt minutes qui resteront à la fin. L’enchaînement des scènes est toujours le même – la coiffure, l’habillage du marié, la mairie, l’échange des alliances, la photo de groupe (animée désormais), l’extérieur de l’église, le vin d’honneur et quelques secondes sur la suite des événements. Le tout emballé dans une musique sentimentale – Coldplay par exemple, une référence incontournable ces derniers temps – et des chansons anglaises qui parlent souvent d’amours contrariées, de tromperies et de déprime. Corentin se demande parfois ce que choisissent les Anglo-Saxons pour illustrer leurs propres mariages – il pourrait aller vérifier sur Internet mais n’en a pas le courage. Le repas de ce soir est aussi bon et aussi insipide que les précédents – il n’y a d’ailleurs qu’un nombre réduit de traiteurs dans le département, de même qu’il n’y a qu’un nombre réduit de vidéastes. (…)

lundi 30 mai 2016

Il faut tenter de vivre

Il faut tenter de vivre - Éric Faye

Édité chez Stock (2015)

Le narrateur, l’auteur lui-même, avait déjà entendu parler de Sandrine Broussard avant de la rencontrer lors d’une soirée. Il connaissait déjà beaucoup de choses sur elle, sur les arnaques aux petites annonces qu’elle organisait avec Julien, son compagnon du moment. Il savait qu’elle avait été en prison, qu’elle ne voulait plus y retourner. C’est pour cela que lorsque ça avait commencé à sentir le roussi, elle s’était exilée en Belgique, pour y vivre sous un autre nom, y attendre suffisamment longtemps que les faits délictueux soient prescrits.

Sandrine devait se tenir à carreau pendant cinq ans, après quoi elle pourrait réapparaître au grand jour sous sa véritable identité, avait certifié l’avocat. Le souvenir des six mois qu’elle avait passés en prison l’horrifiait. Plutôt mourir que d’y retourner. Elle ne voulait plus que de mauvaises rencontres l’attirent vers le fond. Dans ses cauchemars s’invitaient toujours, des années après, les femmes côtoyées à la prison de Loos. Ce monde-là existait, et le savoir accablait Sandrine. Avec ses arnaques sans grandes conséquences, sans violence, qu’avait-elle de commun avec la femme qui avait fait avaler du Destop à un retraité ? Avec celle qui avait tué son amant puis poussé le cadavre sous son lit, dans lequel elle avait dormi ensuite huit nuits avant d’être arrêtée ? Avec celle qui, un jour, avait posé ses bébés sur le feu ? (pages 91-92)
Pépito, comme le surnomme Sandrine lorsqu’ils se rencontrent, nous raconte la vie de la jeune femme, mais pas seulement cela. Il exprime aussi la fascination qu’elle exerce sur lui, parce qu’elle représente tout ce qu’il n’est pas, tout ce qu’il n’ose pas être. 

J’ai découvert Eric Faye avec Nagasaki, un roman que j’avais beaucoup aimé.
Ici, aussi, j’ai apprécié l’histoire où il nous emmène, inspirée d’une femme qu’il a réellement connue. Il l’évoque d’une façon très délicate, cette femme blessée par une enfance difficile, qui peine à trouver sa place dans la société, qui croit toujours avoir trouvé le filon qui lui permettra de gagner de l’argent facilement, au dépend des autres. Mais les choses ne tournent pas souvent en sa faveur et Sandrine est obligée de se cacher, d’abord sous des identités autres puis elle doit fuir pour préserver sa liberté. Eric Faye raconte l’exil avec pudeur, sans pathos et arrive à rendre son héroïne touchante, malgré ses dérives.

L'avis de Lili Galipette.

À visionner pour en savoir un peu plus sur ce roman et son auteur : ici et .

Écoutez la lecture d'un extrait par Alexandra Lemasson dans Des Mots de Minuit et par Éric Faye lui même sur France-Culture, dans l'émission Les Bonnes Feuilles.







Lecture n°8 pour le  challenge 1% Rentrée littéraire 2015.

jeudi 26 mai 2016

Journal d'un vampire en pyjama

Journal d’un vampire en pyjama – Mathias Malzieu

Albin Michel (2016)

Fin 2013, alors qu’il prépare la sortie de son film Jack et la mécanique du cœur, d’après son propre livre, Mathias Malzieu se sent extrêmement fatigué. Des saignements de nez, des maux de tête, des douleurs musculaires, des essoufflements, une pâleur digne de Dracula le conduisent à consulter. Les résultats de la prise de sang sont sans ambiguïté : pas assez de globules rouges, globules blancs en nombre insuffisant et taux de plaquettes trop faible. La moelle osseuse n’assume plus son rôle dans la production des cellules sanguines. Une ponction vient préciser le diagnostic. Mathias souffre d’aplasie médullaire, une maladie rare du sang, auto-immune, qui ne peut se guérir que par une greffe de moelle osseuse.
En attendant de trouver le sujet compatible pour la greffe, Mathias commence alors la ronde des transfusions sanguines, d’où l’idée du vampire. Puis des traitements sont tentés, tous commençant par une destruction de sa propre moelle osseuse et le laissant dans un état de vulnérabilité aux infections qui nécessite un séjour en chambre stérile.


Ce sont ces mois de maladie, d’isolement et d’espoir que Mathias Malzieu raconte dans ce journal. Une année où il doit se battre contre la maladie et les effets secondaires des traitements ; une année où il doit faire appel à toute son imagination et à sa veine poétique pour supporter un quotidien de malade, où il doit renoncer à ses activités préférées ; une année à ne pas laisser Dame Oclès et son épée prendre le dessus ; une année où il mène à bien malgré tout quelques projets afin d’entretenir l’espoir.

J’ai beaucoup apprécié ce livre de Mathias Malzieu, que je ne connaissais pas auparavant, ni en tant qu’auteur, ni en tant que chanteur et musicien. J’ai donc découvert son univers poétique et fantasque dans ce journal plein de vie malgré le thème si lourd.
Personne ne sait que je suis un vampire. Pas de transformation en chauve-souris pour l’instant. J’apparais toujours dans les miroirs. Avec une gueule de fantôme à bonnet de laine, mais je suis toujours là. La vue d’un crucifix ne me fait pas partir en courant – peut-être parce que je suis très vite essoufflé. Je ne fais pas de trucs bizarres en accéléré comme dans certains films. Pourtant je suis un vrai vampire : je dois me procurer du sang pour rester en vie. Et j’ai une dégaine de flocon de neige.
Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. Je vais travailler dur au rêve de m’en sortir. Il me faudra une volonté en fer forgé. Un truc de marathonien. Foulée après foulée. Rythme et constance. Trouver l’équilibre entre la rigueur d’un moine et la fantaisie créative. Apprendre à faire le con poétiquement dans le cadre austère du couvre-feu que je dois respecter. Doser l’espoir au jour le jour. Transformer l’obscurité en ciel étoilé. Décrocher la lune tous les matins et aller la remettre en place avant la tombée de la nuit.
Un vrai boulot de néo-vampire. (page 38-39) 
Un autre avis favorable chez Un autre endroit pour lire.

Quelques compléments autour de ce livre sur le site de l'éditeur et sur le site consacré au livre.

lundi 23 mai 2016

Vie et mort de Sophie Stark

Vie et mort de Sophie Stark – Anna North

Autrement (2015)
Traduit de l’anglais par Jean Esch.


Aucune ambiguïté sur le sujet de ce roman : c’est bien de la vie et de la mort de Sophie Stark dont il est question, racontées par ceux qui ont connu la jeune femme, cinéaste indépendante : Allison, qu’elle a fait jouer dans ses films et avec qui elle a vécu une histoire d’amour ; Robbie, son frère, grâce auquel on en sait un peu plus sur l’enfance de Sophie ; Jacob, un musicien qu’elle a rencontré lors du tournage d’un clip et qui est devenu son mari ; Daniel, un joueur de basket qui était la coqueluche de toutes les filles de la fac à l’époque où Sophie y étudiait et sur lequel elle a réalisé un documentaire ; George, le producteur de cinéma un peu has-been qui espère relancer sa carrière grâce au nouveau film de Sophie ; Ben Martin, critique de cinéma, qui a suivi le travail de Sophie depuis qu’il a découvert son premier film de fiction, celui où jouait Allison.
Grâce à leurs témoignages et aux articles de Ben, le lecteur découvre petit à petit Sophie, du moins croit la découvrir, car Sophie, artiste tourmentée, fragile, asociale et exigeante, a une personnalité multiple et personne, parmi ses proches, ne peut se vanter de la connaitre entièrement. D’ailleurs, Sophie ne fait rien pour qu’on l’aime, ce n’est pas son souci. La seule chose qui lui importe, ce sont ses films, c’est par eux qu’elle communique, c’est par eux qu’elle se dévoile un peu.

Ce qui est intéressant dans ce livre, ce n’est pas forcément Sophie, femme souvent froide et manipulatrice, mais ce sont les autres, ceux qui parle d’elle, car eux sont sincères, ils parlent avec leur cœur, tous conscients de ne pas l’avoir comprise et de lui devoir beaucoup dans leur découverte d’eux-mêmes. Sophie restera à jamais leur blessure.

Je ne dirais pas de ce livre qu'il a été un coup de cœur, sans doute à cause du personnage de Sophie, pour laquelle je n’ai pas ressenti d’empathie, et qui jusqu’au bout, reste une énigme. En revanche, j’ai bien aimé la construction du roman, ces voix croisées qui donnent chacune à voir Sophie sous un aspect différent. J’y ai trouvé également un témoignage captivant sur la difficulté de créer pour un artiste, et ça m’a rappelé le roman de Siri Hustvedt, Tout ce que j’aimais. Les propos de George au sujet des méandres de la production cinématographique sont aussi savoureux et méritent le détour.
Et surtout, lisez le petit mot du traducteur en fin de volume. Il explique comment il a relevé le challenge que posait la traduction de ce roman choral.




En résumé, une lecture à ne pas manquer, qui me permet de poursuivre mon challenge 1% Rentrée littéraire 2015 (lecture n° 7).







D'auvres avis sur ce roman chez Eirenamg, Eva et sur Babelio.

lundi 16 mai 2016

Le chagrin des vivants

Le chagrin des vivants – Anna Hope

Éditions Gallimard – collection Du monde entier (2016)
Traduction de l’anglais par Élodie Leplat


Novembre 1920. Dans le Nord de la France, là où l’armée britannique a combattu durant la Grande Guerre, quatre corps de soldats non identifiés sont déterrés et l'un d’eux est choisi pour être celui qui deviendra le Soldat Inconnu anglais et sera inhumé quelques jours plus tard, lors des célébrations du 11 novembre, dans la capitale du Royaume Uni. A Londres, pendant ce temps-là, nous suivons le quotidien de trois femmes, d’âges et de milieux différents, toutes marquées, à leur façon, par les conséquences de la guerre. 
Hettie, la plus jeune, a quitté un travail dans un grand magasin pour devenir, au grand damne de sa mère, danseuse de salon au Palais d’Hammersmith. Son frère, Fred, a combattu en France, en est revenu mais n’est plus que l’ombre de lui-même. 
Ada vit seule avec son mari, Jack, depuis que leur fils, Michael, est mort au combat. Elle est hantée par cette disparition, ne sachant pas où se trouve le corps, et ne connaissant même pas les circonstances du décès. Depuis quelque temps, Ada croit voir son fils partout, trompée par des silhouettes qui lui ressemblent. 
Evelyn travaille au bureau des pensions, où elle reçoit toute la journée d’anciens militaires, venus déposer leur dossier d’allocations ou porter réclamation. Elle, c’est son fiancé, Fraser, qu’elle a perdu à cause de la guerre et elle a elle-même été blessée à la main, alors qu’elle travaillait dans une usine d’armement. Evelyn est aigrie, elle se sent devenir inexorablement une vieille fille, incomprise de sa mère, qui voudrait la voir mariée. Le seul dont elle se sent encore proche, c’est son frère Ed qui a été capitaine dans l’armée et qui noie son mal-être dans l’alcool et l’oisiveté. 

J’ai eu un peu de mal avec les débuts de cette lecture, lorsque l’histoire passait très rapidement d’une femme à l’autre, le récit de leur quotidien entrecoupé des étapes de préparation du rapatriement du futur Soldat Inconnu. Et puis, petit à petit, la situation se clarifie, quelques flashbacks permettent de comprendre ce que chacune a vécu et une intrigue bien ficelée se déploie, établissant au final des liens entre ces trois histoires.
C’est un roman très intéressant, à la fois par le contexte historique, très bien documenté, et par sa construction, où l’alternance entre les quatre histoires qui le constituent est très équilibrée. Les trois personnages de femmes sont émouvants, ainsi que les hommes qu’elles côtoient, qui tous ont vécu l’horreur des combats, en sont revenus vivants mais pas indemnes.

D'autres avis découvrir chez Babelio. Je vous conseille aussi l'émission de France-Inter, L'humeur vagabonde consacrée à ce roman.