mercredi 16 juillet 2014

Pause estivale

#166339774 / gettyimages.com


Une pause d'une semaine bienvenue après des semaines intenses depuis début juin, qui ne m'ont pas laissé beaucoup de temps pour parler de mes lectures.

Même si la semaine qui s'annonce ne sera pas de tout repos, je sais que je vais m'aérer et me changer les idées et c'est déjà beaucoup !






dimanche 15 juin 2014

A la grâce des hommes

A la Grâce des hommes - Hannah Kent
Presses de la Cité (2014)
Traduit de l'anglais par Karine Reignier-Guerre

L’histoire se passe en Islande, au XIXème siècle. Sur décision des autorités locales, une femme condamnée à mort pour complicité d’assassinat de deux hommes, dont l’un était son amant, est placée sous la surveillance de l’officier de police d’une bourgade reculée, en attendant l’exécution de la sentence. Elle vit au domicile de son geôlier, une ferme isolée au milieu d’une nature sauvage et rude. Un jeune pasteur est chargé du suivi spirituel de la jeune femme, afin de la préparer à l’issue fatale.
La décision de placement de la condamnée est mal accueillie dans cette famille plutôt favorisée. La maitresse de maison craint pour la sécurité de ses filles mais l’état de la prisonnière est tel, lorsqu’elle arrive à la ferme, que la fermière prend sur elle et apporte son aide à la malheureuse afin qu’elle recouvre une apparence humaine. En participant aux travaux de la maison et de la ferme, Agnes Magnúsdóttir change petit à petit la perception d’elle qu’avaient les différents membres de la famille. Au cours des discussions qu’elle poursuit avec le sous-révérend, l’histoire de sa vie est révélée à tous et les évènements  qui l’ont conduite au drame amènent un éclairage nouveau sur les circonstances des faits qui lui sont reprochés. Au fil des mois, chacun devra s’interroger sur ses valeurs et ses principes, et accepter de revenir sur ses premières impressions, même si personne ne peut changer le cours du temps.


C’est le premier roman d’Hannah Kent, une Australienne, qui a vécu en Islande. Elle s’est inspirée d’une histoire vraie et a cherché à faire émerger la femme sous le monstre que représentait  Agnes Magnúsdóttir pour la société de l’époque. En donnant la parole à Agnès, en parallèle avec une narration à la troisième personne, elle montre comment la voix des femmes pouvait être ignorée et aussi pourquoi il pouvait être bénéfique de travestir la vérité, parfois, afin de se protéger.

C’est une histoire forte et poignante, avec un rythme un peu lent parfois. C’est aussi un hymne à la nature islandaise, sauvage et authentique, dont la rudesse façonne le caractère de ceux qui y vivent.

Une belle découverte grâce à Babelio et aux Presses de la Cité, que je remercie pour l’envoi de ce livre.

A consulter : l'interview de l'auteur sur le site de Feedbooks.

jeudi 29 mai 2014

Je m'en vais

Je m'en vais - Jean Echenoz
Les éditions de Minuit (1999)

Je m’en vais, c’est la première et la dernière phrase de ce livre de Jean Echenoz. Entre les deux, plusieurs mois se seront écoulés et le héros, Félix Ferrer,  aura vécu un bouleversement total de sa vie trop tranquille de marchand d’art.
En vrac : il quitte sa femme, se lance à la recherche d’un bateau échoué sur la banquise, censé contenir des œuvres d’art paléobaleinier rarissimes, le trouve et ramène à Paris un trésor inestimable qu’il se fait voler aussi sec. Il est victime d’un infarctus, fait la connaissance d’Hélène, une jeune femme insolite en comparaison de ses conquêtes habituelles, se lance à la poursuite de son voleur.
En parallèle, nous suivons un certain Baumgartner, le voleur, dans l’organisation du vol, puis dans sa fuite dans le sud-ouest de la France et en Espagne. Qui est-il, comment a-t-il appris la présence du trésor de Ferrer et pourquoi l’a-t-il volé ? C’est ce nous découvrirons, en même temps que Ferrer.


Je me suis régalée lors de cette lecture, rythmée, cocasse parfois, pleine d’humour toujours. J’aime beaucoup l’écriture de Jean Echenoz. Il ne se prend pas au sérieux même s’il évoque des thèmes sérieux, et termine toujours par une pirouette qui fait sourire le lecteur. Et puis, avec Jean Echenoz, les objets sont vivants, on a l’impression qu’ils participent à l’aventure, que tout peut arriver, il suffit d’oser.

Une bouffée d’air frais, que ce livre, qui a obtenu le prix Goncourt en 1999

Un extrait (page 11) :
Puis c'est toujours pareil, on patiente, d'une oreille évasive on écoute les annonces enregistrées, d'un œil absent on suit les démonstrations de sécurité. L'appareil finit par se mettre en mouvement, d'abord imperceptiblement puis de plus en plus vite et l'on décolle cap nord-ouest vers des nuages que l'on traverse. Entre ceux-ci, plus tard, penché contre la vitre, Ferrer va distinguer une étendue de mer, ornée d'une île qu'il ne pourra identifier, puis une étendue de terre au cœur de laquelle c'est un lac, cette fois, dont il ne connaîtra pas le nom. Il somnole, il suit nonchalamment sur un écran quelques prégénériques de films qu'il a du mal à regarder jusqu'au bout, distrait par les allées et venues des hôtesses qui ne sont peut-être plus ce qu'elles ont été, il est parfaitement seul.

Troisième lecture ce mois-ci pour le challenge d'Antigone, Objectif Pal 2014.

dimanche 25 mai 2014

La chambre des officiers

La chambre des officiers - Marc Dugain
Éditions JC Lattès (1998)
Lu en collection de poche chez Pocket.

Adrien, jeune ingénieur originaire de Dordogne est mobilisé comme officier dans les tous premiers jours de la guerre 14 et envoyé sur le front, sur la Meuse. Lors de sa première mission de reconnaissance, il est frappé par un obus au visage. Hospitalisé au Val de Grâce, il va y passer toute la durée du conflit,  en compagnie d’autres gueules cassées comme lui, à l’abri des regards du reste du monde, taisant leurs blessures à leurs proches, craignant la confrontation avec l’horreur qu’ils savent susciter avec leurs visages dévastés.

Ce livre était dans ma PAL depuis longtemps. Je dois avouer que j’avais une certaine appréhension à commencer sa lecture, en raison du sujet, bien sûr. Je craignais des descriptions insoutenables, des situations terribles, qui m’auraient donné des cauchemars. De ce côté-là, je me trompais.
L’auteur reste mesuré, ne cherche pas le sensationnalisme ni les effets sanglants. Il se contente, par la voix d’Adrien, de raconter, en direct, ce qu’il vit, ressent, de décrire ses espoirs et ses moments de détresse. En revanche, il évoque assez peu la douleur physique, alors qu’elle devait être très présente à cette époque. De même, il passe rapidement sur les multiples opérations qu’il doit subir, pour essayer de recouvrer un semblant de visage.

En résumé, c’est un témoignage poignant sur ces blessés de la guerre 14-18, marqués dans leur chair d’une horrible façon jusqu’à la fin de leur vie, mais qui se lit aisément, en raison de la retenue de l’auteur.


Avec ce titre, je participe au challenge d'Antigone, Objectif Pal 2014, pour la deuxième fois ce mois-ci, ce qui est exceptionnel !

jeudi 8 mai 2014

Les mains nues

Les Mains nues - Simonetta Greggio
Éditions Stock (2009)

Emma est vétérinaire, elle vit seule à la campagne, en contact étroit avec la nature. Son métier est tout pour elle. C’est les mains nues qu’elle va sortir les veaux de l’utérus de leur mère. Petit à petit, Emma se raconte, elle dit les trahisons qui l’ont amenée là où elle vit. Celle de Raphaël, qu’elle a aimé et qui lui a un temps préféré Micol, qui était aussi l’amie d’Emma. Celle de Micol qui s’est attaché Raphaël en lui faisant un enfant, Gio. Plus tard, lorsque Raphaël est revenu vers elle, Emma l’a renvoyé vers son foyer, vers Micol et les enfants, encore blessée par le passé, et elle a fui vers la campagne.
Les années ont passé. Un jour, Emma a la surprise de voir Gio, âgé de quatorze ans, débarquer dans sa campagne, il a fugué et vient se réfugier chez elle. Il repart chez lui au bout de quelques jours, pour revenir s’installer chez Emma, à la faveur des vacances et en accord avec ses parents. Pour Emma, habituée à la solitude, la présence de Gio réactive des sensations de jeunesse et de liberté, qu’elle n’avait plus éprouvées depuis longtemps. Ils deviennent amants. Mais lorsque Micol découvre leur relation, Emma doit faire face à la justice et à la réprobation de son entourage.


En cherchant sur Internet la photo de couverture du livre pour illustrer ce billet, je remarque le bandeau qui l’accompagnait lors de sa parution, avec la mention « Le diable au corps ». Je trouve que cette mention est vraiment trompeuse, car la relation entre Emma et Gio tient une place assez réduite dans cette histoire, même si elle constitue évidemment un pivot dans l’existence d’Emma. L’auteur reste très sobre dans sa description des relations entre la jeune femme et l’adolescent, même s’il est clair qu’elle en assume complétement le côté amoral. D’ailleurs, les moments que passe Emma en compagnie de Gio sont vraiment des instants de bonheur, comme une récompense des expériences douloureuses du passé, et qui lui serviront à supporter la suite des évènements.

J’ai beaucoup aimé dans ce livre le rapport d’Emma à la nature et aux animaux qu’elle soigne avec passion, ainsi que les souvenirs de sa mère, évoqués avec une grande tendresse. En revanche, j’ai moins apprécié la narration des relations entre Emma, Raphaël et Micol, un peu caricaturales à mon goût.
Mais l’impression globale à l’issue de cette lecture est plutôt positive et je lirai certainement les autres livres de Simonetta Greggio pour la découvrir davantage.

Extrait page 85-86 :
Je ne sais pas si cette photo je l’ai toujours quelque part ou si elle a été perdue dans mes déménagements successifs, si elle est restée au fond d’un carton ou entre les pages d’un livre, ni si elle réapparaîtra un jour, mais c’est là, maintenant, que je voudrais la revoir et revenir un instant dans la peau de cette fille, dans cet habit lisse, étroitement ajusté, qui l’enveloppait, et ressentir à nouveau ce courage aveugle, cette virginité du mal. L’intrépidité, l’effronterie et la confiance mêlées.
Il faudrait que j’explique à cette fille que quand on tient un amour on le garde, on le défend contre lui-même et contre les autres. Que les hommes sont lâches, fragiles et idiots. Qu’ils s’en vont avec la plus forte, et que leur faiblesse et leur orgueil les empêchent de revenir, même quand ils se sont trompés.

Les avis de Papillon, Lily, Mirontaine et d'autres encore sur le site Lecture/écriture.

Regardez cette interview de Simonetta Greggio par Olivier Barrot que j'ai découverte sur le site de L'Ina.





Lu dans le cadre du challenge Objectif Pal 2014 d'Antigone.

lundi 28 avril 2014

La douce tranquillité des samedis

La douce tranquillité des samedisAlexander McCall
Éditions des deux terres (2009)
Traduit de l’anglais par Martine Skopan


Dans ce nouvel épisode, Isabelle tente d’aider un homme à retrouver sa dignité et à reprendre goût à la vie. Le docteur Moncrieff a été accusé d’avoir falsifié les données d’une étude concernant un médicament, et contribué ainsi, de manière indirecte, à la mort d’un patient. Suite au scandale qui a éclaté, le docteur Moncrieff a vu sa carrière stoppée net et il a sombré dans une dépression profonde. Sollicitée par son épouse Stella, persuadée de l’innocence de son mari, Isabelle ne peut qu’accepter d’enquêter  sur l’affaire, incapable de résister à un appel à l’aide, dès qu’elle a l’impression que des injustices ont été commises.
Pourtant, Isabelle aurait bien d’autres chats à fouetter : Elle a accepté de remplacer une nouvelle fois sa nièce Cat à la boutique épicerie fine-salon de thé qu’elle tient, ce qui lui occasionne une fois de plus quelques incompréhensions dans ses relations avec Eddy, l’employé. Le comportement de celui-ci reste toujours une énigme.
L’éthique d’Isabelle se trouve mise à mal dans son activité de directrice de revue lorsqu’elle reçoit un article de Christopher Dove, auquel elle n’a pas pardonné d’avoir essayé de prendre sa place dans l’équipe de rédaction. Doit-elle publier son article, même si elle ne le trouve pas digne d’intérêt, afin d’éviter d’être suspectée de partialité, étant donné leur passif ? Mais si le publie, ne cède-t-elle pas à une manipulation de Dove, qui souhaiterait profiter des  scrupules d’Isabelle, dont il est sans doute très conscient.
Et à titre personnel, Isabelle doit faire face à un sentiment nouveau pour elle, la jalousie. En effet, Jamie, son amoureux, a fait connaissance d’un jeune compositeur venue d’Amérique, et cette nouvelle relation provoque un certain malaise chez Isabelle et une crainte face aux changements qui pourraient en découler.


Encore une fois, Isabelle est sollicitée sur plusieurs fronts à la fois, et son existence calme et équilibrée est assez bousculée dans cet épisode. Comme d’habitude, après s’être lancée sur de fausses pistes, la jeune femme doit accepter de reconnaître ses erreurs, de revenir à la simplicité et de savourer la tranquillité retrouvée, une fois que les mystères sont éclaircis et que les malentendus sont levés !
Je continue ma lecture de la série Les enquêtes d'Isabel Dalhousie. Ce cinquième épisode est un peu moins passionnant que les autres, à mon goût. Ou bien c'est que je commence peut-être à saturer ? J'aime toujours autant l'humour de l'auteur sur la société écossaise qui pointe toujours derrière les péripéties d'Isabelle et c'est ce qui donne vraiment beaucoup de charme à cette série.

D'autres avis sur ce livre : Cécile et Clarabel qui découvre la série avec ce n°5.

dimanche 27 avril 2014

Le peuple d'en bas

Le peuple d’en basJack London
Éditions Phébus (1999) collection Libretto.
Traduit de l’anglais par François Postif
Introduction de Noël Mauberret.


En 1902, Jack London séjourne à Londres, afin d’explorer les bas-fonds londoniens et le quartier d’East End. Afin de vivre l’expérience par lui-même plutôt que de rapporter les propos des autres, il se déguise en clochard et s’intègre à la population locale, tentant de comprendre les rouages d’une société de misère au sein d’un Empire florissant.

C’est un constat terrible qui est dressé dans ce récit. Jack London montre comment les pauvres de l’East End n’ont aucune chance de sortir de l’enfer, de l’Abîme comme il le nomme. Ceux qui travaillent sont payés une misère, épuisant leur force vive à tenter de survivre, dans des logements insalubres et surpeuplés.

Lorsqu’ils ne peuvent plus payer leur loyer, ils se retrouvent à la rue et sont alors entrainés dans un cercle vicieux dont il est impossible de sortir. Ainsi, il est interdit de dormir la nuit dans l’espace public, la police s’emploie très efficacement à pourchasser ceux qui tentent de s’assoupir  dans la rue ou dans les jardins. Les sans-logis n’ont alors pas d’autre choix que de passer la nuit à errer dans le froid. Il faut donc le lendemain décider de chercher un travail, alors que l’on n’a pas dormi, ou faire la queue devant un asile dans l’espoir d’un abri pour la nuit suivante.

Jack London s’est aussi rendu à la campagne, dans les zones où l’on cultive le houblon. La récolte réclame beaucoup de bras, mais là aussi, les conditions de vie et de travail sont très difficiles et l’exploitation des ouvriers leur laisse peu de chances de sortir du cercle infernal de la misère.

Dans le dernier chapitre, Jack London compare la situation des Inuits à celle des habitants de l’East End londonien. Malgré la rudesse de la vie dans le Grand Nord, celle-ci lui semble mille fois préférable à l’horreur insoutenable de l’existence dans les bas-fonds londoniens du début du XXème siècle.

C’est une lecture qui fait froid dans le dos, qui décrit une réalité glaçante à laquelle je ne m’attendais pas en ouvrant ce livre, que m’avait offert Cryssilda dans le cadre du swap London en 2008. Merci à elle de m’avoir donné l’occasion de découvrir un autre aspect de l’œuvre de Jack London.



Lu pour le challenge Objectif Pal 2014 d’Antigone.







Un extrait (page 98), où London raconte sa nuit passée dans un asile, où il a réussi à se faire héberger, après plusieurs tentatives infructueuses :
Plusieurs heures s'écoulèrent ainsi avant que je fusse capable de trouver le sommeil. Il était seulement sept heures du soir, et les voix perçantes des enfants se firent entendre jusqu'à ce qu'il fût presque minuit, heure à laquelle ils cessèrent leurs jeux dans la rue. L'odeur était infecte et nauséabonde, mon imagination vagabondait, et ma peau même me donnait le sentiment que j'approchais des bords de la folie. De tous côtés, des grognements, des soupirs et des ronflements m'enveloppaient comme l'auraient fait les beuglements sourds de quelque monstre marin. Plusieurs fois, sous l'emprise d'un cauchemar, l'un d'entre nous, par ses cris d'épouvante, nous réveillait tous. Au petit jour, je fus tiré du sommeil par un rat ou je ne sais quelle bestiole qui trottait sur ma poitrine. Dans le passage rapide qui va du sommeil au réveil, avant de recouvrer la totalité de mes esprits, je poussai un hurlement à réveiller les morts. Je ne réussis malheureusement qu'à réveiller les vivants, qui m'abreuvèrent d'injures pour les avoir si discourtoisement dérangés.
Les avis d'Isil, d'EmiLie et d'Agnés.