lundi 6 juillet 2009

Le monde selon Monsanto

Le monde selon Monsanto - Marie-Monique Robin
Nouvelle édition parue en Mars 2009 en version poche. Éditions La Découverte / Arte éditions.
Préface de Nicolas Hulot. Postface inédite de l'auteur.


Le sous-titre de cet ouvrage résume parfaitement son contenu : "De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien".

Marie-Monique Robin s'intéresse dans ce document à la société Monsanto, multinationale basée à Saint-Louis, Missouri et implantée dans quarante-six pays. Connue actuellement pour sa position dominante dans la commercialisation de semences transgéniques, Monsanto est présente dans l'industrie chimique depuis sa création en 1901 et s'est "illustrée" dans la production de nombreuses substances controversées : les PCB, la dioxine, l'hormone de croissance bovine puis un herbicide bien connu qui détruit tout sur son passage sauf les espèces transgéniques conçues pour y résister. L'auteur dénonce les méthodes utilisées par l'entreprise pour imposer ses produits, bâcler les études d'impact, masquer les mauvais résultats ou les falsifier.
A propos des OGM, elle met en évidence la stratégie de Monsanto pour prendre le contrôle de l'agriculture mondiale, sous couvert de "nourrir l'humanité".

Si je devais utiliser un seul adjectif pour qualifier mon impression suite à cette lecture qui m'a passionnée, ce serait : terrifiant !

Et pourtant, mon parcours professionnel m'incitait plutôt à une certaine indulgence pour ce secteur d'activité, puisque j'ai travaillé plusieurs années chez un des leaders de l'industrie phytosanitaire. Là aussi j'ai été arrosée par ces discours utopiques sur la perspective de donner à manger à la planète entière et surtout aux plus démunis, sans en être dupe : comment les pays pauvres pourraient-ils se payer ces produits conçus pour les riches et pour une agriculture intensive.
En ce qui concerne les OGM, les présentations auxquelles j'avais assistées dans cette entreprise, également impliquée, m'avaient donné une tout autre impression que celle laissée par le livre de Marie-Monique Robin. Il faut dire que les années ont passé et que les rendements promis n'ont pas été atteints, des effets secondaires se sont produits, des résistances sont apparues.

Il m'est impossible de résumer ce livre, si dense et si démonstratif. Mais je ne peux que recommander sa lecture car il met en évidence des pratiques que je n'imaginais pas et permet de mieux comprendre la violence de la contre-réaction, parfois.


J'ai reçu ce livre dans le cadre de l'opération Masse critique de Babélio. Merci à eux et aux éditions Arte/La Découverte.



Un seul bémol à cette lecture, qui m' a ralentie dans ma progression : c'est la taille de la police d'imprimerie de cette nouvelle édition de poche, trop petite à mon gré ! Ce défaut n'existe peut-être pas dans l'édition initiale.

mercredi 17 juin 2009

Les quatre vérités

Les quatre vérités - David Lodge
Novella parue en 2000 aux éditions Payot & Rivages
Traduction de l'anglais de Suzanne V. Mayoux
Édition de poche en 2002.


Adrian Ludlow, romancier qui a connu son heure de gloire quelques années auparavant, s'est "réfugié" à la campagne, dans le Sussex, en compagnie de sa femme Éleanor. À l'abri du tapage médiatique et des critiques redoutées, il savoure sa tranquillité. Il ne publie plus que des anthologies. Un beau dimanche d'août 1997, il reçoit la visite de Sam Sharp, un vieil ami depuis leurs années communes à l'université, et qui a cédé, lui, à l'attrait de la célébrité, en devenant scénariste de téléfilms sur la côte ouest des États-Unis. Sam est furieux de la parution d'une interview dans le Sentinel Review, journal du dimanche. La jeune journaliste, Fanny Tarrant, à qui il s'était imprudemment confié, a exploité sa confiance et l'a ridiculisé dans son article. En signe de vengeance, Adrian et Sam renouent avec leur complicité d'antan et décident de tendre un piège à la jeune femme : Adrian accepte de rompre le silence médiatique qu'il s'est imposé et propose d'accorder une interview à la jeune journaliste, sûr d'être en mesure de résister à sa langue de vipère et à ses commérages. Il essayera de lui soutirer quelques propos personnels pour en tirer matière à un article vengeur qu'il compte publier dans le Chronicle.

Évidemment, la réalité va être bien différente de ce qui était prévu ! Au cours de l'interview, Adrian se laisse entraîner à des confidences concernant sa femme.
Éleanor, ulcérée, va à son tour dévoiler à Fanny des aspects du caractère d'Adrian qu'il avait réussi à masquer.

Le dernier chapitre nous fait partager l'angoisse d' Adrian et d'
Éleanor, en ce dernier dimanche d'août 1997, attendant l'arrivée des journaux. Tellement obnubilés par le contenu du fameux article de Fanny, ils n'ont ni écouté la radio, ni regardé la télévision et ne se doutent pas qu'un drame d'une autre portée va monopoliser l'attention internationale.

J'ai bien aimé ce court roman de David Lodge, une "novella" qu'il a tirée d'une de ses pièces. Comme d'habitude chez cet auteur, le ton est ironique et mordant, sans complaisance pour ces intellectuels qui se regardent le nombril, bien protégés des vicissitudes du commun des mortels ! Au cours des différents échanges verbaux entre les personnages, ils apparaissent tour à tour sympathiques puis antipathiques, selon qu'ils sont véritablement sincères ou bien soucieux de composer une attitude. Adrian, pourtant rétif à la médiatisation, ne peut résister à sa vanité, face à la journaliste qui lui porte une certaine admiration, réelle ou inventée. Éleanor, femme frustrée, qui a tout abandonné pour protéger son mari, laisse exploser sa rancœur. Et Sam, qui apparait au début comme la pauvre victime d'une arriviste aux dents longues, ne méritait peut-être pas mieux !
A noter la postface très intéressante de David Lodge lui-même, qui explique les raisons pour lesquelles il a transcrit sa pièce en "novella".

L'avis de Lilly et d'autres chez Zazieweb.

mercredi 10 juin 2009

Des livres pour Haïti




Une belle initiative de Babelio, en association avec l'ONG Bibliothèques sans frontières :


Envoyer des livres pour les bibliothèques publiques d'Haïti.



Si vous souhaitez participer à cette opération, c'est par ici.

jeudi 4 juin 2009

Le chien des Baskerville


Le chien des Baskerville - Sir Arthur Conan Doyle
Gallimard jeunesse - Collection Chefs d'oeuvre universels - 2002
Illustrations de Nicollet.
Traduction et commentaires de Jean-Pierre Naugrette.


Une fois de plus, la malédiction qui pèse sur la lignée des Baskerville depuis le 18ème siècle a frappé. Depuis que Hugo Baskerville a été égorgé par un molosse d'une taille hors norme, plusieurs membres de la famille sont morts dans des conditions sanglantes et mystérieuses. Cette fois, la victime est Charles Baskerville, retrouvé littéralement mort de peur dans la lande de Dartmoor, près du chateau familial. Près du corps se trouvaient les empreintes d'un chien de chasse gigantesque. Sir Henry Baskerville, dernier héritier du nom, revient d'Amérique et compte sur Sherlock Holmes pour élucider le mystère et lever définitivement la menace.
Voilà donc le célèbre détective embarqué dans une nouvelle énigme. Comme des affaires importantes le retiennent à Londres, il délègue au docteur Watson le soin d'accompagner Sir Henry dans le Devonshire et de lui transmettre régulièrement le compte-rendu de ses observations.

C'est donc principalement par le regard du Dr Watson que nous assistons à cette enquête, que j'ai trouvée très effrayante, par moment ! Les descriptions de la Lande, de ses paysages désolés et de ses pièges cauchemardesques m'ont donné le frisson !

Un exemple (Page 80) :
"C'est le grand bourbier de Grimpen, déclara-t-il. Un faux pas là-dedans et c'est la mort assurée pour l'homme ou l'animal. Pas plus tard qu'hier j'ai vu un des poneys de la lande s'y aventurer. Il n'est jamais ressorti. Pendant un bon moment j'ai aperçu sa tête qui se tortillait au-dessus de la tourbière, avant de finir par se faire engloutir. Même en saison sèche la traversée n'est pas recommandée, mais après ces pluies d'automne l'endroit est comme qui dirait terrifiant. Et pourtant je sais comment m'y repérer pour en atteindre le centre, et en revenir vivant. Mon Dieu, voilà encore l'un de ces malheureux poneys !"

Les différents personnages de cette histoire sont décrits minutieusement, sans indulgence de la part du narrateur, mais sans parti pris d'avance. Ils évoluent dans cette atmosphère glacée et terrifiante, et le lecteur se sent lui-même englué dans les brumes de la lande de Dartmoor. Le dénouement est peu prévisible, mais raconté sans éclat, comme si finalement l'intérêt de l'intrigue reposait davantage sur le déroulement de l'enquête que sur son résultat.

J'ai beaucoup apprécié cette lecture, surtout dans cette collection des chefs d'oeuvre universels, destinée aux jeunes. Les illustrations et les commentaires sont tout à fait pertinents et d'une aide précieuse à la compréhension du contexte historique et géographique. A mon avis, ce roman est destiné à de bons lecteurs pas trop sensibles, car Conan Doyle s'y montre vraiment maître dans l'art de communiquer la peur et l'angoisse !

D'autres avis : Les rats de biblio et Alvynlarquey.

vendredi 29 mai 2009

Paradis conjugal

Paradis Conjugal - Alice Ferney
Editions Albin Michel - 2008

Elsa Platte a renoncé à sa carrière de danseuse pour se consacrer à son mari, Alexandre, et à ses quatre enfants. Depuis plusieurs mois, elle s'est prise de passion pour un film de Joseph Mankiewicz, Chaînes conjugales, au point de le visionner tous les jours et de négliger son environnement familial.
Ce film de 1949 obtint l'Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. L'histoire est la suivante : Trois femmes, Deborah, Rita et Lora Mae, se retrouvent près d'un embarcadère afin d'accompagner les enfants d'un orphelinat pour une mini-croisière et un pique-nique. Leur amie Addie Ross manque à l'appel et leur fait parvenir avant le départ du bateau une lettre dans laquelle elle leur annonce qu'elle a quitté la ville en compagnie du mari de l'une d'entre elles.
Commence alors pour les trois amies une difficile journée, au cours de laquelle chacune, en proie au doute, va revivre certains évènements qui pourraient expliquer que son mari soit l'infidèle.

Le roman d'Alice Ferney nous raconte, lui, la soirée d'Elsa, elle-même dans l'incertitude : en effet, son mari, la veille, révolté par son indifférence, lui a tenu des propos définitifs et a quitté la maison : "Demain soir et les soirs suivants, prépare-toi à dormir seule. Je ne rentrerai pas dans une maison où ma femme est installée devant la télévision, voit le même film depuis trois mois, ne se lève pas pour me préparer à dîner, et se couche sans me regarder !"

Ce soir, comme tous les autres soirs, Elsa est donc devant son poste et regarde le film de Mankiewicz, mais n'est pas seule car ses deux ainés, adolescents, le visionnent avec elle, curieux de comprendre ce qui fascine leur mère. Et c'est à travers le regard d'Elsa que nous est raconté le film, scène par scène, tandis qu'elle commente intérieurement ce qu'elle voit et analyse sa propre existence et ses sentiments.

La lecture des cinquante premières pages a été un peu laborieuse, car l'intrigue peine à se mettre en place. Mais à partir du moment où commence la narration du film, j'ai été séduite par ce roman, par la précision du style, par la description minutieuse des personnages, par l'analyse de leurs caractères et par la résonance de cette fiction avec l'héroïne du livre.

Placée dans une situation identique à celle des personnages du film, la possible désertion de son mari, Elsa en arrive à se remettre en question et à chercher dans son comportement ce qui a pu provoquer la fuite de son mari. Comme elle comprend les raisons qui pourraient expliquer le départ de chacun des trois maris, elle commence à mieux appréhender ses propres manquements vis à vis de son époux.

Ma première approche de ce livre d'Alice Ferney s'est faite lors de son passage dans une émission de France-Inter. Intriguée par le procédé, j'avais emprunté le film Chaînes conjugales à la médiathèque, de façon à être prête pour la lecture, le jour où je pourrais y trouver le roman.
Je crois, au vu des multiples billets concernant ce livre, que la connaissance du film avant la lecture est un plus. Elle permet de mieux apprécier la qualité narrative de ce roman, d'admirer la façon dont Alice Ferney fait revivre le film et comment elle réussit à ménager le suspense sur l'identité du mari, même si on connait déjà la fin du film.
Une lecture que je conseille, mais après avoir vu le film de Mankiewicz, qui est magnifique !

D'autres avis : Praline qui a aimé, Gambadou et George Sand et moi qui ont un avis mitigé, Essel qui est déçue, Lilly happée par l'histoire, Laurent s'est ennuyé. Déception également chez l'empreinte des mots, des réflexions chez Miss Orchidée, Liliba a eu le cafard, Clochette s'y est plongée avec délices, énorme déception pour Manu.

samedi 23 mai 2009

L'ordre des jours

L'Ordre des jours - Gérald Tenenbaum
Editions Héloïse d'Ormesson - 2008

Solange gît sur un lit d'hôpital, blessée dans son corps, mais pas dans sa tête, en ce jour de mai 1958. Dans sa tête, justement, son père est là, Isy Mandel, qu'elle attend depuis la fin de la guerre, lui qui a été déporté et qui n'est toujours pas revenu. Même si Max Kling, compagnon de son père, qu'elle est allée chercher en 1946 à l'hôtel Lutétia, a fini par dire à Solange qu'Isy ne reviendrait plus, celle-ci ne peut se résoudre à accepter cette disparition, sans comprendre. Pendant ces années, qu'elle se remémore depuis sa chambre à l'hôpital, Solange a consacré toutes ses forces à rechercher la vérité. Elle est même allée jusqu'en Israël, où elle a trouvé des bribes d'information qui l'ont menée vers une nouvelle piste, la bonne cette fois mais pas sans danger.

C'est un très beau livre, à mon goût, qui promène le lecteur, à la fois dans l'espace, de la Lorraine à Israël et de la Pologne à l'Indochine, et dans le temps : de l'après-guerre à la fin des années 50. Mais cette promenade se fait dans le désordre, surtout pas dans l'ordre des jours, justement. Quelquefois, c'est déconcertant, surtout au début, mais reflète bien l'état dans lequel se trouve Solange.
Sa rencontre avec Simon, leur amour qui s'établit au fur et à mesure, un peu à la dérobée, tout cet aspect de la vie privée de Solange est raconté avec beaucoup de sobriété, comme si elle ne vivait pas vraiment cette partie de sa vie, toute son énergie étant concentrée dans la recherche de la vérité.
L'auteur sait à merveille recréer l'ambiance de ces années 50, quand tout manque, qu'il faut reconstruire une vie nouvelle sur les décombres du passé, dont on ignore encore les aspects les plus sombres. Et malgré cela, il arrive à insuffler parfois un peu de poésie et accompagner l'espoir.

Ce livre a reçu le prix Erckmann-Chatrian.

Les avis de : Cathulu, Laurence, Aifelle, Papillon, Florinette, Caro[line] et Uncoindeblog.

La fiche du livre chez l'éditeur, qui permet de télécharger le premier chapitre.

vendredi 15 mai 2009

Pauvre Georges !

Roman de Paula Fox (1967)
traduit de l'anglais par Rémy Lambrechts.
Lu dans l'édition de 1969 chez Fayard.


Georges Mecklin est professeur à New-York et a quitté la ville pour s'installer à la campagne avec sa femme, depuis quelques mois. Il mène une existence monotone, rythmée par ses trajets en train, entre son domicile et le collège. Un jour, en rentrant chez lui, il surprend Ernest, un adolescent en rupture scolaire, qui fouine dans la maison. Celui-ci prétend ne pas être un voleur, mais aimer voir les maisons lorsque leurs habitants n'y sont pas. Georges, à la recherche d'une bonne cause, décide alors d'aider le garçon dans sa scolarité et commence à lui donner des cours particuliers, contre l'avis de sa femme, Emma.

Comme dans Personnages désespérés, c'est un évènement apparemment sans importance qui va fissurer la vie tranquille de ce couple. Au début de cette histoire, Georges et Emma donnent l'impression d'avoir trouvé un équilibre tranquille, en venant s'installer à la campagne, alors que leurs amis et voisins sont confrontés aux difficultés habituelles qui menacent les couples : Aventures extra-conjugales, alcoolisme, etc.
Et puis, très rapidement, la présence d'Ernest et l'intérêt de Georges à son égard font apparaître des désaccords profonds entre lui et Emma : Georges voit en cette rencontre avec Ernest l'occasion d'exercer ses talents de pédagogue et d'enseignant. Emma, qui est beaucoup plus méfiante sur les intentions d'Ernest, identifie chez son mari une attirance qui pourrait aller au delà des considérations professionnelles.

Il s'agit du premier roman de Paula Fox, publié en 1967. De premier abord, je l'ai trouvé moins grinçant que Côte Ouest, par exemple. L'auteur semble plus indulgente avec ses personnages. Peut-être parce qu'elle nous raconte l'histoire selon le point de vue de Georges et le laisse donc s'empêtrer dans ses erreurs. La chute est cruelle pour ce pauvre Georges !

A noter que Pauvre Georges ! a été réédité en 2006, chez Joëlle Losfeld, qui a entrepris de rééditer tous les livres de l'auteur. C'est ainsi que j'ai découvert Paula Fox, avec Côte Ouest. Dommage que je n'ai pas lu ses différents livres dans leur ordre de parution initiale !

A consulter : La critique de l'Express et deux articles ici et , qui comparent ce livre et Le dieu des cauchemars, un autre livre de Paula Fox, que j'ai lu l'an dernier.