samedi 30 juin 2018

Fief

Fief – David Lopez

Seuil (2017)
Des feuilles du shit une clope, c’est ce qu’il pose sur la table basse. On dirait un ours un peu, Miskine. Sa nonchalance lui donne une allure pataude. Il pue l’indolence, même s’asseoir on dirait qu’il fait un effort et que ça le fait chier. Ixe, le teuchi que tu m’as fait la dernière fois il tabasse de ouf, j’te jure, gros, celui-là, j’le fume à midi ma journée elle est finie, j’m’endors à 14 heures j’me réveille à 20 heures, ah ouais, j’te jure. Il parle fort. Il parle fort et puis il s’arrête. Il se tourne vers moi avec un air dépité. Il me dit Jonas, t’as perdu ? et je réponds wesh, tu m’avais déjà vu avec une gueule pareille, en montrant mon œil gauche. Il dit non, je dis bah voilà. Tu devrais mettre de la glace, dit Sucré, et Ixe dit que Sucré a raison, et Poto dit ouais c’est clair, et je leur dis venez on joue aux cartes. (pages 14-15)
Jonas vit dans une petite ville, ni la banlieue ni la campagne. Il ne travaille pas, il boxe en amateur, il passe ses journées à fumer des joints avec ses copains désœuvrés comme lui, ils jouent aux cartes, parfois ils jardinent chez celui qui vit dans une maison. Ce ne sont pas des mauvais gars, pas vraiment de la racaille même si certains fréquentent des gars pas très nets, mais ils sentent bien qu’ils ne sont pas les bienvenus lorsqu’ils décident de sortir en ville, dans les bars du centre ou dans la boîte du coin. Et puis, avec les filles, c’est pas ça non plus, ils parlent trop fort, ils n’ont pas de projets, pas de conversation, on pourrait dire qu’ils ne sont pas sortables.

J’étais passée complètement à côté de ce livre lors de la rentrée littéraire de septembre et je l’ai découvert il y a quelques semaines lorsqu’il a obtenu le prix Livre Inter 2018. Coup de chance, le jour suivant, il était en tête de gondole à la médiathèque, je n’ai pas hésité, même si ça se bousculait déjà sur ma table de nuit !

À la lecture des premières pages, je me suis demandé si j’allais continuer, ce style oral un peu déconcertant, et surtout cet univers de jeunes gars qui passent leurs journées à taper le carton, le joint au bec. J’ai l’impression de lire du rap ! Et puis dans le deuxième chapitre, le décor change, on est dans une salle de boxe, on retrouve certains copains comme Sucré, on découvre d’autres personnages comme monsieur Pierrot, le coach vieillissant et on accompagne Jonas dans ses préparatifs avant l’entrainement.

Je ne suis pas fan de boxe mais j’ai été assez vite captivée par le style, plus descriptif mais toujours très oral, peu respectueux de la ponctuation mais qu’importe. Assez vite, on se laisse emporter par le ballet des boxeurs, par les mouvements qui s’enchainent et le style qui se fluidifie, devient plus littéraire.
On commence par les bras, on envoie des directs en trottinant, on fait tourner les épaules. Il y a des miroirs partout, je m’en sers pour regarder derrière moi et vérifier que chacun suit mes directives. Il est narcissique le boxeur. Il passe des heures à boxer devant la glace, à se scruter à la recherche de la bonne gestuelle, celle qui ne laisse aucune ouverture, qui permet d’aller toucher sa cible. Et à mesure qu’il la trouve cette gestuelle il y prend goût, les courbes que dessine un crochet gauche, suivi d’un uppercut, il admire l’expression que ça donne au corps, cette puissance que ça dégage, la beauté de cette violence déployée, fluide, le mouvement rendu parfait, perpétuellement répété. Et il se regarde, il se voit atteindre cette osmose entre la tranquillité de l’esprit et la violence du corps. C’est ainsi qu’il arrive à dissocier la haine de la volonté de faire mal. Ainsi qu’il accepte la douleur. Ainsi la défaite. (pages 24-25)
Constitué d’une succession de chapitres qui installent l’univers de Jonas, le narrateur, c’est un roman coup de poing, où on est parfois sonné comme un boxeur défait, d’autres fois on s’ennuie aux côtés des fumeurs ou alors on rigole avec eux, tant leurs joutes orales sont retranscrites avec naturel. On s’interroge aussi sur le rôle de Jonas dans sa relation avec Wanda, le seul personnage féminin de ce livre. Comme dans tous les évènements de sa vie, il est passif dans leurs échanges, se comportant comme une sorte d’objet sexuel sans désir, se contemplant de l’extérieur plutôt que s’impliquant réellement dans ce qui lui arrive.

Il s’agit d’un premier roman, très prometteur et qui vaut le détour, passé les premiers doutes. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup aimé le chapitre intitulé Tipi, qui voit le narrateur et son pote Sucré se promener en pleine forêt et y faire un feu. La minutie de la description m’a enchantée. À lire sans hésitation.


Pour en savoir plus : 

L'avis d'un libraire, Charybde et une interview de David Lopez.

vendredi 15 juin 2018

Purity

Purity – Jonathan Franzen

Éditions de l’Olivier (2016)
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Deparis


Purity Tyler, dite Pip, vingt-trois ans, vit à Oakland, en Californie. Elle a du mal à se détacher de sa mère, Penelope Tyler, elle travaille comme démarcheuse par téléphone, un job bien en-dessous de ses capacités et ce qu’elle voudrait surtout, c’est pouvoir rembourser l’emprunt de cent trente mille dollars qu’elle a contracté pour payer ses études à l’université. Pour y arriver, elle ne voit qu’une solution, retrouver son père biologique, dont sa mère lui a toujours caché l’identité, et lui présenter la note. Aussi, lorsque Annagret, une allemande qui vit temporairement dans le même squat que Pip lui propose de passer un test afin d’intégrer le Sunlight Project, une organisation de lanceurs d’alertes basée en Bolivie, Pip voit dans cette expérience l’occasion d’utiliser les moyens d’investigation de Sunlight Project pour trouver son père. À sa grande surprise, Pip est acceptée comme stagiaire rémunérée et s’apprête à faire la connaissance d’Andreas Wolf, le leader charismatique de l’organisation, un allemand de l’ex-RDA qui a dû fuir l’Allemagne réunifiée puis l’Europe pour échapper à des poursuites, à propos d’une affaire dont Pip ne sait rien mais que le lecteur découvre au fur et à mesure.

D’autres personnages apparaissent au fil des chapitres : Tom et Leila, deux journalistes d’investigation à Denver, Anabel qui fut la femme de Tom et qui le hante encore malgré sa disparition. Des personnages dont on ne perçoit pas tout de suite ce qui les relie à Pip et à Andreas mais que l’on découvre au fur et à mesure des longs flash-backs qui composent ce roman de plus de 700 pages, pas facile à aborder tant les histoires que nous raconte Jonathan Franzen semblent au début sans rapport les unes avec les autres. Il y est question de relations familiales compliquées, de rapport à la mère pathologique, d’arrangements avec la vérité et des difficultés du journalisme d’investigation à l’heure des réseaux sociaux.

Je me suis accrochée et je ne le regrette pas, même s’il m’a fallu presque trois semaines pour venir à bout de ce pavé et que j’ai dû relire certains chapitres pour remettre l’histoire en place dans sa chronologie. Je sais que je n’ai pas tout saisi, en particulier l’analogie qu’établit Franzen entre les méandres de l’Internet et les mécanismes de l’administration de l’ancienne RDA.

Je n’ai pas eu le courage de me replonger une troisième fois dans le roman ! Peut-être le ferai-je dans quelques années, une fois que l’histoire aura décanté et que j’aurai envie d’une lecture un peu compliquée, où il faut se creuser la tête pour décrypter tout ce qu’a voulu nous dire l’auteur.
Je l’ai déjà fait avec un autre livre de Franzen, Les corrections et ce n’est que lors de sa deuxième lecture que j’ai pu en parler ici.
J’ai aussi lu Freedom, je n’en ai pas parlé sur ce blog mais je n’ai pas encore eu l’envie de m’y replonger.

Décidément, Jonathan Franzen n’est pas un auteur facile !

D'autres avis chez Clara, Nicole et Papillon.

jeudi 7 juin 2018

Les nuits de la Saint-Jean

Les nuits de la Saint-Jean – Viveca Sten

Albin Michel (2015)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne

Septembre 2006, sur l’île de Sandhamn : une jeune fille, Lina Rosén, disparait en pleine nuit, alors qu’elle rentrait chez elle après une soirée passée chez une amie. Les recherches de la police, avec la collaboration des habitants de l’île, ne donnent rien. Plusieurs mois passent et on ne sait toujours pas ce qui est arrivé à la jeune fille. La police penche pour une noyade et peut-être un suicide.
 

Février 2007 : Nora Linde vient de d’apprendre que son mari, Henrik, a une liaison avec une infirmière de l’hôpital où il exerce. Elle décide de partir quelques jours à Sandhamn avec ses fils pour profiter des vacances scolaires et donner à Henrik le temps de quitter le domicile conjugal. Un jour que les enfants jouent à cache-cache sur l’île, ils découvrent dans un trou un sac plastique contenant un avant-bras humain. Très vite, grâce à la montre qui s’y trouve, la police l’identifie comme étant celui de la jeune disparue. L’enquête est relancée et Thomas Andreasson est sur le pont, assisté de ses collègues de Nacka.
 

Parallèlement au déroulement de l’enquête et aux efforts de Nora pour surmonter la trahison de son mari, on suit l’histoire d’une famille de Sandhamn depuis la fin du dix-neuvième siècle, d’abord avec Gottfrid, qui après une enfance très pauvre, est devenu douanier et s’est marié avec la plus belle fille de l’île, Vendela. La naissance de leur premier fils, Thorwald, plonge Vendela dans une dépression dont elle ne sortira jamais, compromettant ainsi les chances d’entente du couple et faisant rejaillir sur l’enfant toute la rancœur et la violence du père. La naissance, plus tard, d’une petite fille, Kristina, ne fera qu’accentuer la haine entre le père et le fils.

J’ai beaucoup aimé ce troisième épisode des enquêtes de Thomas Andreasson sur l’île de Sandhamn, parce qu’il mêle l’intrigue policière et l’histoire de Thorwald d’une façon très habile. Cette fois, le lecteur est en avance sur Thomas puisqu’il se doute que la mort de Lina est liée à un évènement du passé, comme une conséquence de drames qui n’ont pas été oubliés. Quant à Nora, perturbée par ses difficultés conjugales, elle se lance sur de fausses pistes et voit des suspects partout.

En résumé, un roman bien maitrisé, plus complexe que son adaptation à la télévision pour la série Meurtres à Sandhamn, plus sombre car il se passe en hiver alors que la série montre toujours l’île en plein été.
Décidément, j’aime beaucoup retrouver Thomas et Nora à Sandhamn, même s’il se passe des choses terribles sur cette île !

mardi 29 mai 2018

Du sang sur la Baltique

Du sang sur la Baltique – Viveca Sten

Albin Michel (2014)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne


Beau dimanche de juillet au large de Sandhamn : la foule est rassemblée dans l’attente du départ du Tour de Gotland, une des plus importantes régates du nord de l’Europe. Oscar Juliander, le skipper du plus gros voilier de la course et donné favori par tous, s’effondre à la barre lorsque retentit le coup de pistolet donnant le signal de départ. Ses coéquipiers se précipitent mais ne peuvent plus rien pour lui. Juliander, qui devait prochainement prendre la direction du KSSS, le très chic yacht-club suédois, est mort, victime d’une balle de carabine calibre .22.
 

Voilà de nouveau une enquête confiée à la police de Nakka, et à Thomas Andreasson en particulier, en pleine saison estivale. Très vite, Thomas comprend que la balle qui a tué le skipper ne peut avoir été tirée que de l’un des bateaux qui étaient proches de la ligne de départ de la course. Encore faut-il trouver lequel, car ils étaient très nombreux. Et puis, il faut déterminer le mobile, et là encore, ce n’est pas simple. Oscar était-il visé par un membre du KSSS, jaloux de le voir accéder prochainement à la présidence du club ? Ou bien est-ce le mari d’une de ses nombreuses conquêtes féminines qui aurait décidé de supprimer son rival ? Ou encore une maîtresse délaissée qui aurait voulu se venger ? À moins que le meurtre ne soit lié aux activités professionnelles d’Oscar Juliander, avocat spécialisé dans l’administration de faillites de sociétés. Les pistes potentielles ne manquent pas mais l’enquête donne du fil à retordre à Thomas, qui devra compter sur l’aide de son amie d’enfance Nora, en vacances à Sandhamn, lorsqu’il lui faudra éplucher les comptes d’Oscar. Nora qui aura bien besoin de se changer les idées cet été-là, confrontée à une grave crise dans son couple à cause de la villa des Brand, dont elle a hérité. Henrik, son mari, veut la vendre pour réaliser une bonne affaire financière mais Nora est réticente, très attachée à cette maison où elle a tant de souvenirs d’enfance. 

Deuxième épisode de la série, cette nouvelle enquête est pleine de mystères, en raison des multiples pistes étudiées par Thomas et son équipe. Pour ajouter au suspense, une autre voix vient régulièrement s’intercaler entre les chapitres, celle d’un homme qui raconte des épisodes d’une enfance sous tension, puis d’un amour clandestin contrarié. C’est finalement une histoire très banale qui se dessinera dans la résolution de ce meurtre, une histoire à laquelle je ne m’attendais pas mais bien amenée.

Je n’ai pas boudé mon plaisir à la lecture de ce livre. J’avais vu à la télévision l’adaptation de cet épisode, qui diffère du roman sur plusieurs points. Et donc, même si la résolution arrive aux mêmes conclusions, ce n’était pas complètement la même chose et je ne me suis pas ennuyée.
Bref, une série qui me plait, pas trop noire, pas trop sanglante, c’est tout ce qu’il me faut en terme de roman policier !

mercredi 9 mai 2018

Article 353 du code pénal

Article 353 du code pénal – Tanguy Viel

Les éditions de Minuit (2017)

Il y avait le bruit du moteur qui tournait au ralenti et les vagues à peine qui tapaient un peu la coque, au loin les îlots rocheux que la mer en partie recouvrirait bientôt, et puis les sternes ou mouettes qui tournaient au-dessus de moi comme près d’un chalutier, à cause de l’habitude qu’elles ont de venir voir ce qu’on remonte sur nos bateaux de pêche, en l’occurrence : un homard et deux tourteaux, c’est ce qu’il y avait dans le casier quand on l’a hissé, qu’on l’a soulevé tous les deux par-dessus le bastingage – puisqu’on était encore deux à ce moment-là, remontant ensemble le casier comme deux amis qu’on aurait cru être, à déjà voir les crabes se débattre et cogner les grillages, en même temps qu’on le posait là, le lourd casier, dans le fond du cockpit. C’est lui qui a sorti le homard et l’a jeté dans le seau, avec assez de vigueur pour éviter les pinces qui ensuite s’échineraient sur les parois de plastique, lui, fier comme Artaban d’avoir pris le homard, il m’a dit : Kermeur, c’est mon premier homard, je vous l’offre. (pages 7-8)
Plus tard, Martial Kermeur ne pourra pas dire le rôle de cette dernière phrase d’Antoine Lazenec dans ce geste fou qui l’a poussé, lui, Kermeur, à faire basculer Lazenec hors du bateau, à le regarder se débattre dans l’eau et à mettre les gaz à fond pour regagner le port, à rentrer chez lui et à attendre les gendarmes. 
Ce livre de Tanguy Viel, c’est l’audition de Martial Kermeur par le juge, c’est le récit de toute une vie de labeur, une vie banale d’ouvrier de l’arsenal de Brest, mis en retraite anticipée comme beaucoup dans le coin, un homme simple qui s’est trouvé englué dans l’escroquerie immobilière montée par Antoine Lazenec. Bien sûr, Martial n’est pas le seul à être tombé dans les filets du beau parleur, il a résisté longtemps avant de se laisser séduire par son discours enjôleur, il a cédé presque malgré lui, mais il a cédé tout de même.


C’est un livre qui se lit d’une traite, tant on est emporté par le récit de Martial Kermeur, par sa façon de raconter les faits, de montrer l’enchaînement inéluctable des évènements qui l’ont conduit à faire ce qu’il a fait. J’étais tellement piégée par l'histoire que je n’ai jamais trouvé le temps d’aller chercher sur Internet ce qu’il disait, ce fameux article 353 de code pénal, et finalement, j’ai bien fait d’attendre les dernières pages pour en comprendre le sens et les implications.

Un livre fort et puissant dont on se souvient longtemps !

C'est la critique de Nathalie Crom dans Télérama qui m'a donné envie de me plonger dans ce roman.

mardi 8 mai 2018

Le gourou de la Baltique

Le gourou de la Baltique – Mikael Bergstrand

Gaïa éditions (2016)
Traduit du suédois par Emmanuel Curtil


Décidément, mes lectures m’amènent souvent sur les bords de la mer baltique en ce moment, d’autant plus que ce troisième épisode des aventures de Göran et de Yogi se déroule majoritairement en Suède, même si quelques chapitres au début et à la fin du roman donnent encore au lecteur l’occasion de profiter de l’ambiance, des coutumes et des paysages indiens.
 

Une fois sa lune de miel terminée, Yogi doit de nouveau se consacrer au développement de ses affaires et il profite d’un salon professionnel en Allemagne pour prolonger sa visite en Europe et venir retrouver Göran en Suède. Celui-ci, toujours au chômage et en délicatesse avec Karin, sa petite amie et ex-psychologue, s’est vu confier une mission par sa mère et l’ami de celle-ci. Pendant leurs vacances, Göran doit s’occuper de leur jardin et il peut habiter leur splendide maison, ce qui lui procure un changement d’air bienvenu. D’autant que c’est à ce moment-là qu’arrive Yogi avec ses projets d’expansion : il a imaginé que Göran pourrait vendre les produits de son entreprise indienne en Suède et il va mettre tout en œuvre pour convaincre son ami. Mais Göran n’a vraiment pas la fibre commerciale. Yogi, lui, avec son talent habituel, a très vite l’opportunité de faire de nombreuses rencontres, toutes plus excentriques les unes que les autres et il va rapidement se tailler une réputation de gourou, attirant de plus en plus de monde dans ce petit coin de Suède.

J’ai été un peu moins enthousiasmée par ce troisième épisode, sans doute parce que les aventures de Göran et de Yogi en Suède ont moins de sel que lorsqu’elles se passent en Inde.
Mais ce roman reste néanmoins agréable à lire, sans se prendre la tête, avec son petit côté « guide de développement personnel », qui ne se prive pas de se moquer gentiment des pratiques du genre. Comme le mentionne la quatrième de couverture, « Haro sur les croyances occultes, la chick-lit masculine ose décidément tout ! », je confirme qu’il y a de bons moments de rigolade dans ce livre et que ça fait du bien de se laisser aller !

dimanche 6 mai 2018

La reine de la Baltique

La reine de la Baltique – Viveca Sten

Albin Michel (2013)
Traduit du suédois par Rémi Cassaigne


La reine de la Baltique, c’est un phare désaffecté, celui de Grönskär, au large de Sandhamn, l’une des îles de l’archipel à l'est de Stockholm. Et c’est là que se dénoue l’intrigue de ce roman à suspense de Viveca Sten.

Tout commence sur l’une des plages de Sandhamn lorsqu’un promeneur y découvre un cadavre emmêlé dans un filet de pêche. Vu son état, l’homme a dû rester dans l’eau un moment avant de remonter à la surface. Comme l’autopsie ne laisse aucun doute sur la noyade, l’affaire aurait pu en rester là et conclure à un accident si le corps n’avait pas été entouré d’un cordage formant une boucle. Rapidement, la police a identifié Krister Berggren, célibataire, vivant seul dans la banlieue de Stockholm, et qui ne s’est plus présenté à son travail, un magasin d’état de vente d’alcool, depuis trois mois. Alors que l’enquête piétine, deux semaines plus tard, c’est le cadavre de Kicki Berggren, la cousine de Krister, qui est retrouvé dans une chambre d’hôtel à Sandhamn. Que venait-elle faire sur l’île ? Chercher à élucider la mort de son cousin ? Ou bien venir réclamer sa part dans une affaire louche à laquelle aurait participé Krister ?
L’enquête est confiée à la police de Nacka, et menée par Thomas Andreasson en particulier, parce qu’il connait bien Sandhamn et ses environs. Il a une maison de vacances sur une île tout proche et s’y réfugie souvent depuis la mort subite de son bébé et l’échec de son mariage qui a suivi. Dès qu’il s’agit de Sandhamn, Thomas sait qu’il peut compter sur le soutien de Nora Linde, son amie d’enfance, qui est en vacances sur l’île avec ses deux enfants et son mari, un médecin amateur de régates. Nora est très perspicace, ouverte sur les autres et toujours prête à aider Thomas.


Ce roman est le premier d’une série, huit épisodes publiés actuellement mais seulement cinq* en français et qui ont été repris à l’écran, diffusés sur Arte sous le titre Meurtres à Sandhamn. C’est parce que j’avais raté la diffusion du premier épisode que j’ai décidé de lire ce premier tome.

C’est tout à fait le style de roman policier que j’aime. Il y a l’enquête, certes, mais on suit également la vie privée et les états d’âme du policier. Et puis, la présence de Nora et ses difficultés conjugales apportent un dérivatif bienvenu et un peu d’animation à l’intrigue. Ce que j’ai apprécié, c’est que l’absence d’indices oblige la police à imaginer des mobiles variés et à en explorer les pistes, quitte à dénouer des affaires sans rapport avec les décès. La résolution de l’énigme ne se fait que dans les toutes dernières pages et repose sur un scénario imprévu, bien loin de ce que Thomas, Nora et le lecteur, d’ailleurs, avaient envisagé.

Pour continuer ma découverte de Viveca Sten, je vais me plonger dans Du sang sur la Baltique !

* Un sixième tome de la série, Retour sur l'île, sort le 30 mai 2018 chez Albin Michel.

jeudi 3 mai 2018

Comme onze comprend

Comme onze comprend – Janet Evanovich

Pocket (2015)
Traduit de l’anglais par Axelle Demoulin et Nicolas Ancion


Trop c’est trop, Stéphanie Plum n’en peut plus de son job de chasseuse de primes. Parce qu’elle vient de se retrouver poussée dans les ordures par le voyou qu’elle poursuivait, elle jette l’éponge, bien décidée à exercer enfin un travail dont sa mère pourra être fière. Mais Stéphanie va découvrir qu’il n’est pas si facile de changer de vie du jour au lendemain. D’abord parce que trouver un job qui lui convienne sur la durée est une gageure. Ensuite parce qu’échapper à un fêlé qui fait exploser ses voitures à tour de bras et qui la poursuit sans cesse va la contraindre à accepter l’hospitalité de Joe Morelli et à rejoindre l’équipe de Ranger où elle va trouver un job dans ses cordes. Une fois de plus, la voilà tiraillée entre les deux hommes de sa vie !

Ça faisait un moment que je n’avais plus plongé le nez dans les aventures de Stéphanie Plum. Ma dernière lecture remonte à 2012 et j’avais dû me résoudre à lire le dixième épisode en VO, faute de le trouver en français. Et puis, l’autre jour, en flânant dans le rayon des policiers à la médiathèque, j’ai découvert que la suite des aventures de Stéphanie Plum avait été traduite et publiée directement chez Pocket. J’ai retrouvé l’univers de Stéphanie avec plaisir, même si le début de ce onzième épisode fait craindre le pire lorsque notre chasseuse de primes préférée annonce sa démission !

Mais finalement, pas de panique :  même si Stéphanie n’est plus agent de cautionnement, sa vie ne se calme pas pour autant et ce onzième opus a son lot de voitures explosées, de visites au salon funéraire et d’orgies de beignets ! Et le changement d’activité de Stéphanie lui donne l’occasion d’en découvrir un peu plus sur Ranger, ce qui ne déplaira à personne, j’en suis sûre.

Extrait page 11-12
En fait, je ne savais pas pour quelle raison précise je venais de rendre mon badge. J’avais mal au ventre en sortant du lit le matin. Et je me couchais en me demandant où allait ma vie. Je bossais comme chasseuse de prime depuis un moment et je n’étais pas vraiment douée pour le métier. Je gagnais tout juste de quoi payer mon loyer chaque mois, des tueurs fous me couraient après, des gros types à poil se payaient ma tête, il arrivait qu’on me lance des cocktails Molotov et des insultes à la figure, je me faisais tirer et cracher dessus, on me poussait dans les poubelles, mes voitures finissaient à la casse à un rythme alarmant. J’avais même été attaquée une fois par des hordes de chiens en chaleur et par une volée d’oies de Canada.

mardi 17 avril 2018

À l'abri de rien

À l’abri de rien – Olivier Adam

Éditions de l’Olivier (2007)

Quelque part près de Calais, une jeune mère de famille, Marie, est en plein marasme. Elle a perdu son emploi au supermarché, n’a plus de goût à rien. Elle n’arrive pas à tenir sa maison, culpabilise vis-à-vis de ses deux enfants et de son mari, elle se sent inutile. Et puis, un jour, elle découvre la réalité des migrants, les distributions de nourritures, de vêtements, le réseau des bénévoles qui essaient d’apporter du soutien à ces réfugiés dont personne ne veut. Enfin, Marie se sent utile à quelque chose, prête à aller très loin, trop loin peut-être pour aider ces hommes qui n’ont rien.

J’avais déjà entendu parler de ce livre à sa sortie et lu de nombreux avis à son sujet. Mais je ne m’attendais pas à la force de l’intrigue, à la noirceur de l’univers décrit, au déséquilibre dans lequel vit Marie et qui va la conduire à agir au-delà de la raison, jusqu’à se mettre en danger.

Mieux avoir le moral rechargé à bloc avant d’entamer la lecture d’À l’abri de rien, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’état d’esprit de Marie au début de l’histoire est plutôt déprimant et décrit d’une façon si réaliste qu’il en serait presque contagieux ! Ensuite, la situation des migrants, leurs conditions de vie, la difficulté des bénévoles à leur apporter un soutien en dépit des pressions policières, tout cela installe une atmosphère étouffante et plombée. Plus tard, lorsque Marie s’engage au côté d’Isabelle, déjà trop impliquée elle-même, l’excès de leur action ne peut que présager une suite difficile et on s’attend au pire.

Mais ce qui est surtout marquant et qui va au-delà de cette lecture, c’est que dans ce livre publié en 2007, sont décrites des situations qui perdurent toujours, plus de dix ans plus tard, qu’il y a toujours des migrants sur notre sol dont le seul espoir est de gagner l’Angleterre, et qui affrontent des conditions de vie terribles. Et ceux qui, par humanité veulent leur apporter du soutien, sont toujours pourchassés et punis pour leurs actions. Désespérant !

lundi 2 avril 2018

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin

Reconnaître facilement les oiseaux du jardin - Daniela Strauss

Éditions Ulmer (2018)

J’ai reçu ce joli petit guide lors d’une des dernières opérations Masse Critique Babelio et je ne regrette absolument pas mon choix.

Le classement des oiseaux de nos jardins en fonction de leur taille est très judicieux. En effet, tout le monde sait reconnaître le merle, le moineau et la mésange bleue et sera donc capable de retrouver un oiseau dans ce guide, en le comparant avec les trois modèles de référence. Les photos des oiseaux sont de très bonne qualité, à taille réelle, et les indications supplémentaires sur l’habitat favori du volatile, ses habitudes et son chant seront de précieux renseignements.

J’ai appris aussi avec intérêt que plus les yeux d’un oiseau sont grands par rapport à sa taille, moins il a besoin de lumière et plus il commence à chanter tôt et à s’alimenter. Un critère de plus pour les identifier, à l’oreille cette fois.



Mon rêve serait d’apercevoir une fois ce jaseur boréal, oiseau des contrées nordiques qui migre quelquefois chez nous quand la nourriture vient à manquer dans son habitat familier. Il est beau, n’est-ce pas ?

 Merci à Babelio et aux éditions Ulmer pour ce joli guide.






mercredi 28 mars 2018

Dans la brume du Darjeeling

Dans la brume du Darjeeling – Mikael Bergstrand

Gaïa éditions (2015)
Traduit du suédois par Emmanuel Curtil


Göran est revenu depuis neuf mois en Suède, après son séjour d'une année en Inde. Il a retrouvé un travail dans une agence de publicité, qui le satisfait pleinement au début. Mais très vite, il retombe dans sa léthargie habituelle, se laisse aller à la dépression, même si ses séances avec Karin, une belle thérapeute, devraient l’inciter à se secouer un peu. Malgré les injonctions de Karin à mieux vivre l’instant présent, à s’ouvrir aux autres, Göran n’a en tête que son prochain voyage en Inde, pour assister au mariage de son ami Yogi avec la belle Lakshmi. Hélas, la première date choisie pour l’union n’était pas favorable, selon l’horoscope, et le mariage est repoussé à une date à laquelle Göran n’est pas certain de pouvoir se libérer en raison de contraintes professionnelles. Et puis, après s’être mis dans une situation dont il ne sait pas comment se sortir, sur un coup de tête Göran s’envole pour Delhi, où il retrouve son ami indien. Malheureusement, la bonne humeur et l’optimisme de Yogi vont être très vite mis à mal lorsqu’il se retrouve pris au piège d’une arnaque. C’est Göran, à son tour, qui va devoir se mobiliser pour aider son ami à se sortir d’un imbroglio, et qui va retrouver par la même occasion une certaine joie de vivre.

Deuxième aventure de Göran et Yogi, qui se passe cette fois dans la région du Darjeeling et aux confins du l’état du Sikkim. Ce voyage en Inde va être bien différent du premier, mais tout aussi riche en expériences pour Göran. Il va devoir faire des choix pour sa propre existence et, à sa grande surprise, réaliser qu’il est capable, lui aussi, de trouver des ressources lorsqu’il s’agit d’aider son ami.

J’ai été de nouveau happée par les péripéties de ce roman et par sa fantaisie.  Encore une fois, on découvre les multiples aspects de la culture indienne, ses traditions et sa modernité qui semblent contradictoires. Un vent de fraîcheur et de dépaysement !

mercredi 7 mars 2018

Gauguin « Ce malgré moi de sauvage »

Gauguin « Ce malgré moi de sauvage » - Françoise Cachin

Gallimard (1989) collection Découvertes

La lecture de cet ouvrage documentaire m'a aussitôt replongée dans l'ambiance de l'exposition Gauguin l'alchimiste que j'ai vu au Grand-Palais début janvier.

Peut-être aurais-je dû le lire avant de faire cette visite, tant ils sont complémentaires l'un et l'autre. J'aurais sans doute pu apprécier encore davantage l'exposition, en comprendre pleinement les richesses et les symboles.

Indépendamment de la visite, ce livre de Françoise Cachin vaut à lui seul le détour, tant il est richement illustré, de peintures, certes, mais aussi de dessins, sculptures, gravures et d'objets réalisés par Gauguin lui-même, ou bien qui l'ont inspiré. Toutes choses que l'on peut admirer dans l'exposition et qui participent à la découverte de l’œuvre de l'artiste, de sa vie et de ses inspirations.

L'ouvrage se termine par une cinquantaine de pages de témoignages et de documents, des lettres de Gauguin et de ses amis et connaissances, des photos, des extraits de son manuscrit Noa Noa, autant de preuves de l'art de Gauguin, de sa variété et de ses recherches.

Si vous n'avez pas eu la possibilité de visiter l'exposition au Grand-Palais, vous pouvez en découvrir quelques aspects ici et par une série de vidéos.

jeudi 22 février 2018

Deux remords de Claude Monet

Deux remords de Claude Monet - Michel Bernard

La Table Ronde (2016)

Un livre en trois parties qui s'articulent entre quatre tableaux, dont l’histoire et la réalisation concrétisent les liens entre Claude Monet, Camille sa première femme et Frédéric Bazille, autre peintre du mouvement impressionniste, mort trop tôt sous les balles des Prussiens dans les combats de 1870.









Frédéric Bazille, géant d’un mètre quatre-vingt-douze, figure allongé dans le tableau Le déjeuner sur l’herbe de Monet, que l'on a pu admirer à la fondation Vuitton lors de l'exposition de la collection Chtchoukine.




Frédéric Bazille prêta à Monet la robe verte dans laquelle il peignit Camille dans La femme à la robe verte, avant qu’elle ne soit son modèle favori dans de nombreuses œuvres et qu’elle ne devienne sa femme et la mère de ses deux fils. 

 




Camille est représentée à trois reprises dans le tableau Femmes au jardin, que Frédéric Bazille acheta pour soutenir un Monet désargenté et qu’il offrit à sa famille à Montpellier.











On devine à peine le visage de Camille sous les voiles blancs et les fleurs délicates lorsque Monet la peint sur son lit de mort.
 À la fin de sa vie, Claude Monet offrira ses Nymphéas à l’état français à condition que soit racheté le tableau Femmes au jardin et qu’il soit exposé au Louvre.

J’ai entendu parler de ce livre de Michel Bernard parce qu’il a reçu le prix des libraires en Seine en 2016, auquel participe une des librairies de ma commune. Quand j’ai vu qu’il était entré dans le catalogue de la médiathèque, je me suis mise sur la liste d’attente des réservations mais j’ai dû attendre plusieurs mois avant qu’il soit disponible. À sa lecture, j’ai compris son succès.

C’est un livre qui m’a passionnée, parce qu’il fait entrer le lecteur dans l’univers de Claude Monet, dans ses années de jeunesse, dans sa vie quotidienne avec Camille, au milieu des difficultés financières les premières années puis dans une existence matériellement plus bourgeoise quand le succès est venu. Plus tard, c’est un Monet vieillissant et malade que l’on suit avec émotion lors de ses efforts pour atteindre son but, faire acheter le tableau qu’il aime tant par l’état. Une très belle évocation !

Extrait page 92-93
Avec appétit, Monet parcourait Argenteuil et ses abords. Quittant le quartier neuf de la gare, il allait vers le vieux centre, sans manteau, un chandail sous la veste étroitement boutonnée, une écharpe autour du cou, un drôle de chapeau mou enfoncé sur la tête. Les rues se resserraient à son passage et les façades des maisons, l'une penchée, l'autre ventrue, venaient vers lui avec l'amitié des choses anciennes. Il remontait le temps. Les bruits du travail, fer martelé, cuir frotté, bois scié et cloué, débordaient des ateliers ouverts sur la rue. Le peintre respirait le petite ville. Il dépassait les carrières à plâtre et montait à travers les vignes jusqu'au moulin d'Orgemont. De cette hauteur déblayée par le vent, il regardait son nouveau territoire : Paris au loin, sur lequel flottait un édredon sale, les gribouillis de la banlieue, le fleuve, la campagne qui commençait devant lui et les marges du vieil Argenteuil où s'élevaient des cheminées d'usine. Il suivait les deux lignes des ponts routiers et de chemin de fer, détruits pour retarder l'envahisseur prussien et récemment reconstruits. Celui où passaient les voitures et les piétons était encore échafaudé. La fumée des bateaux à vapeur s'échevelait entre les montants métalliques du tablier neuf et les étais de bois. De l'agglomération étalée, il reconnaissait les quartiers neufs, les les lotissements allongés prés de la voie ferrée, des pavillons au milieu de minuscules carrés buissonneux. Le sien.

mardi 20 février 2018

Dans une coque de noix

Dans une coque de noix - Ian McEwan

Gallimard (2017) collection du monde entier
Traduit de l’anglais par France Camus-Pichon


Trio amoureux classique : la femme, son mari, son amant. Et un quatrième personnage, le narrateur, qui observe la situation, ou plutôt la devine, fœtus de huit mois et demi, bien au chaud dans le ventre de la femme. Il est l’enfant de Trudy et de John, le couple légitime déjà séparé depuis que Trudy a convaincu son mari d’aller loger ailleurs, sous prétexte de la fatigue de sa grossesse. Mais elle reçoit souvent la visite de Claude, son amant, qui déplait fortement à l’enfant. Et il n’a pas tort, cet enfant très clairvoyant qui a capté les intentions des deux amants vis-à-vis du mari gênant. Alors, il essaye d’influencer le cours des évènements, par des coups de pied par exemple, ou par des manœuvres à sa portée, pas toujours avec succès.

Difficile d’en dire plus au risque d’en trop révéler sur cette intrigue pleine de fantaisie parfois, mais qui tourne au drame le plus noir lorsque les amants fomentent leur complot. Il y a du suspense dans ce roman, une fin presque ouverte qui pourrait encore laisser place à des rebondissements, à condition d'avoir envie de donner une chance aux amants. Personnellement je n’ai aucune indulgence pour Trudy et Claude et le seul qui m’inspire de la tendresse dans cette histoire, c’est cet enfant que finalement personne ne désire et qui est déjà très réaliste sur son avenir.

Un roman caustique d’un auteur que je connais encore peu, découvert avec la lecture d’Opération Sweet Tooth il y a trois ans, et dont j'ai bien envie d'explorer l’œuvre plus avant !

Ça commence comme cela (page 13)

Me voici donc, la tête en bas dans une femme. Les bras patiemment croisés, attendant, attendant et me demandant à l'intérieur de qui je suis, dans quoi je suis embarqué. Mes yeux se ferment avec nostalgie au souvenir de l'époque où je dérivais dans mon enveloppe translucide, où je flottais rêveusement dans la bulle de mes pensées à travers mon océan privé, entre deux sauts périlleux au ralenti, heurtant doucement les limites transparentes de ma réclusion, la membrane révélatrice qui résonnait, tout en les atténuant, des voix de comploteurs unis par un projet ignoble. C'était au temps de ma jeunesse insouciante. Là, entièrement retourné, sans un centimètre à moi, les genoux repliés contre mon ventre, mes pensées comme ma tête sont bien engagées. Je n'ai pas le choix, mon oreille est plaquée jour et nuit contre ces parois sanguinolentes. J'écoute, je prends mentalement des notes, et je suis troublé. Je distingue des confidences funestes sur l'oreiller et je suis terrifié par ce qui m'attend, par ce à quoi je risque d'être mêlé.

jeudi 25 janvier 2018

Les plus belles mains de Delhi

Les plus belles mains de Delhi – Mikael Bergstrand

Gaïa (2014)
Traduit du suédois par Emmanuel Curtil


Göran Borg vit à Malmö, seul depuis que sa femme l’a quitté, une dizaine d’années auparavant et il ne s’est pas vraiment remis de cette rupture. Nouveau coup du sort en janvier 2009, il se fait licencier de l’entreprise de communication où il travaillait depuis vingt-cinq ans, pour cause de performances insuffisantes et de non-adaptabilité. Après quelques jours de profonde déprime, il se laisse convaincre par un ami, Éric, organisateur de voyages, de se joindre au groupe qu’il emmène en Inde. Göran est, dans un premier temps, complètement déboussolé par sa découverte de l’Inde, la foule, la misère, la saleté, d’autant plus lorsqu’il contracte une gastro carabinée, l’obligeant à rester à l’hôtel à Jaipur tandis que le groupe continue son voyage. Quelques jours plus tard, Éric lui envoie un ami, Yogi, qui vient le chercher à l’hôtel et l’héberge dans la maison familiale où il vit avec sa mère. Au contact de Yogi, Göran va découvrir la culture indienne et petit à petit s’immerger dans cette société qui ne présente pas que des inconvénients.

J’ai découvert ce livre complètement par hasard et j’ai été très vite captivée par l’intrigue. Comme Göran, au début de son voyage, j’ai perçu l’impression que tout occidental doit éprouver lorsqu’il arrive en Inde, la perte des repères, les craintes de se retrouver avalé par la foule, une autre gestion du temps et des priorités. Et puis, au fur et à mesure que Göran accepte de changer ses habitudes et qu’il reprend goût à la vie, je me suis laissée emportée par cette histoire burlesque et joyeuse, j’ai souvent ri car les héros se retrouvent à plusieurs reprises dans des situations assez comiques.

Bref, j’ai passé un très bon moment de lecture et je lirai certainement la suite des aventures de Göran et de Yogi dans les autres romans publiés chez Gaïa éditions, Dans la brume du Darjeeling, puis Le gourou de la Baltique.