jeudi 29 décembre 2011

Parure d'emprunt


Parure d’empruntPaula Fox
Editions Joëlle Losfeld  (2008)
Traduit de l’anglais par Marie-Hélène Dumas

Dans cette autobiographie, Paula Fox évoque son enfance, son adolescence et le début de sa vie d’adulte. Elle a été une enfant abandonnée dans un orphelinat par ses parents, deux jeunes acteurs immatures et inconstants. Récupérée par sa grand-mère maternelle, Paula a ensuite été confiée à des amis puis à un révérend, Oncle Elwood, qui s’est montré un véritable père pour elle, lui assurant dans la prime enfance une éducation et une attention dont elle parle avec tendresse.
Ses parents se manifestent de temps en temps, surtout son père, qui se sent coupable de ne pas s’occuper d’elle comme il le devrait.  Mais l’intérêt qu’il lui manifeste ne dure jamais longtemps, comme balayé par l’indifférence que montre la mère de Paula à l’égard de sa fille. Ballottée entre ses parents, sa grand-mère, des amis proches ou des relations épisodiques, Paula séjourne dans différents endroits des Etats-Unis, au Canada et à Cuba lors d’un séjour dans la plantation où travaille sa grand-mère. 
J’ai eu plaisir à retrouver dans ces souvenirs les évènements dont Paula Fox s’est servie dans ses romans. Ainsi j’ai apprécié son talent à transformer une réalité terne et sans joie en l’enfance tendre et presque heureuse qu’elle raconte dans La légende d’une servante. On retrouve également des évocations de son père et d’Oncle Elwood dans les figures masculines qui peuplent ses romans : Walter et Max dans Côte Ouest, le père dans La légende d’une servante. Dans ce même livre, le personnage de la grand-mère est idéalisé, apportant tendresse et bienveillance à l’enfant alors que sa grand-mère réelle est très peu évoquée dans l’autobiographie, comme si elle avait eu un rôle peu marquant.

Un texte très intéressant pour qui connait déjà l’œuvre de Paula Fox. On y retrouve son style froid et réaliste et pas plus que dans ses romans, Paula ne cherche à se rendre sympathique, ni à enjoliver son existence. Après tout, elle aussi abandonne son premier enfant, encore engluée dans un destin dont elle ne s’échappera que plus tard. Un témoignage poignant et réaliste d’une certaine misère sociale et intellectuelle.

L'avis de Lilly.
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samedi 24 décembre 2011

Joyeux Noël 2011


Je vous souhaite à tous de passer un bon Noël !
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vendredi 23 décembre 2011

L'amour en kilt


L’amour en kiltAlexander McCall Smith
Editions 10-18 (2010)
Traduit de l’anglais par Elisabeth Kern.

Troisième épisode des chroniques d’Edimbourgh : plusieurs protagonistes des épisodes précédents ont déserté le 44 Scotland Street : Pat, toujours étudiante, a emménagé dans un nouvel appartement. Elle continue à travailler à temps partiel dans la galerie de Matthew. Elle a remarqué un nouvel étudiant dans son cours, très séduisant. Manque de chance, il sort avec une des colocataires de Pat, qui a l’air d’être très jalouse !
Domenica Mc Donald est partie pour un grand voyage afin d’étudier les pirates de la mer Rouge, laissant son appartement à une amie écrivain, Antonia. Angus se charge de l’accueillir mais ne retrouve pas avec elle la complicité qui le lie à Domenica.
Toujours au 44 Scotland Street, Bertie a grandi et tente toujours d’échapper à l’emprise de sa mère et à ses ambitions. Elle a réussi à le faire accepter dans un orchestre d’adolescents, qui doit aller donner un concert à Paris. Voici donc Bernie en route pour la France, sans sa mère et il a bien l’intention de profiter du séjour et de sa liberté !

Un épisode encore plein d’humour et de fantaisie. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié le séjour de Domenica chez les pirates et le talent d’Alexander Mc Call Smith pour installer le suspense de cette grande aventure. La chute est bien sûre inattendue et savoureuse !

Je viens de voir que l’épisode suivant est paru chez 10-18 : Le monde selon Bertie
Père Noël, pense à moi !

Lu dans le cadre du défi Voisins Voisines proposé par Kathel, pour la Grande-Bretagne (Ecosse).
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jeudi 22 décembre 2011

La confusion des peines


La confusion des peinesLaurence Tardieu
Stock (2011)

Tu ne veux pas que j’écrive ce livre. Tu me l’as dit. Tu me l’as demandé. Tu y avais pensé toute la nuit, toute la nuit, tu ne voulais pas. Ou, plus précisément, tu ne voulais pas que je l’écrive maintenant. Ce livre, Laurence, tu l’écriras quand je serai mort. Voilà ce que tu m’as dit. (page 11)
Son père le lui a demandé par téléphone et Laurence a dit oui, comme une fille bien élevée, soumise à l’autorité d’un père distant et silencieux. Et puis, sa conscience s’est débattue contre ce poids qui l’écrase depuis trop longtemps. A trente-sept ans, pour la première fois, Laurence a décidé de suivre son instinct, de prendre la parole face à son père, pour mieux reprendre son souffle.
En quelques mois, la cellule familiale a éclaté : le père, directeur d’une grande entreprise, a été condamné en appel à vingt-quatre mois de prison dont six mois ferme pour une affaire de corruption sur l’île de La Réunion. La mère a appris qu’elle était atteinte d’une tumeur au cerveau et elle est morte quelques mois plus tard. C’est de ce bouleversement total de sa vie dont Laurence a besoin de parler, ce sont les mois et les années de silence qui ont suivi qu’elle veut revisiter, pour comprendre qui est son père, pour lui dire ce qu’elle n’a jamais pu exprimer et pour s’affirmer enfin comme un individu libre de sa parole et de plume.

Même si ce livre est publié en tant que roman, il y a peu d’ambiguïté sur la part personnelle qu’y a mis l’auteur. C’est un témoignage très fort, émouvant et  nécessaire. Mais si l’on met de côté l’histoire particulière qui est racontée ici, c’est encore une fois le chemin difficile d’une jeune femme vers l’âge adulte, le vrai, celui où on s’autorise à vivre la vie que l’on se choisit, sans s’encombrer des fardeaux du passé et des limites imposées par les parents et un milieu social trop policé.

Les relations mères-filles ont fait l’objet de nombreux romans et essais. Pour ma part, depuis quelques mois, je m’aperçois que mes lectures m’ont souvent amenée vers des romans qui mettent en scène des filles et des pères. J’ai parcouru des histoires différentes, j’ai découvert des pères avec des personnalités variées et des filles qui peinent à se libérer de l’emprise paternelle mais qui y arrivent, chacune à sa façon, toujours douloureuse, mais finalement en sortent grandies et apaisées.

Mes lectures à retrouver ici.

D'autres avis sur ce livre chez Clara, Emeraude, Antigone, Laure et Noann.



mercredi 30 novembre 2011

Six appeal


Six appeal - Janet Evanovich
Editions Payot  & Rivages (2003)
Traduit de l'américain par Julie Sibony

En prologue, ce sixième opus des aventures de Stéphanie Plum apporte la réponse au suspens qui clôturait l’épisode précédent : Avec qui notre chasseuse de primes préférée allait-elle passer la nuit ? Pour ne rien vous cacher, mon pronostic était le bon. Mais ce n’était pas trop difficile à deviner car il y avait des indices !

Mais très vite les affaires reprennent et pour une fois, les DDC ne manquent pas. Par exemple, Morris Munson, qui a écrasé sa femme puis l’a rouée de coups avec un démonte-pneu. Ou bien le Mooner, baba cool plutôt sympa que Stéphanie n’a pas vraiment envie d’arrêter. 
Il y a aussi Dougie le Fournisseur, co-squatter du précédent, qui n’a pas son pareil pour dénicher l’objet introuvable, comme une nouvelle voiture pour Stéphanie, par exemple. 
Et puis, le summum, le DDC improbable qui n’est autre que Ranger : il s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment et se retrouve accusé d’avoir tué Homer Ramos d’une balle dans la tête et d’avoir incendié l’immeuble du père d’Homer, Alexandre Ramos, membre influant de la pègre locale. Stéphanie ne croit pas à la culpabilité de Ranger et décide de mener l’enquête, puisque Ranger est obligé de rester caché. Elle se retrouve avec deux sbires menaçants à ses basques, qui espèrent qu’elle les mènera à Ranger. Pour arranger la situation, Grand-Mère Mazur a décidé de prendre son indépendance et est venue s’installer chez sa petite fille. Tout cela ne facilite pas la vie amoureuse de Stéphanie, une fois de plus !

Avec le cinquième épisode, je trouvais que la série commençait à ronronner un peu. La routine s’installait ! Et puis, ce sixième tome relance la machine : de nouveaux personnages sympathiques ou malveillants, il y en a pour tous les goûts. Il y a même un chien, Bob, que Stéphanie a en garde, pas si provisoire que cela ! Les relations entre Stéphanie et Joe Morelli se normalisent un peu, tandis que Stéphanie jette un oeil neuf sur Ranger, qu’elle commence à mieux connaitre. J’ai aussi noté que cet épisode bénéficiait d’une traductrice différente et j’ai apprécié le changement.
J’espère que la suite va continuer sur cette lancée !

D'autres avis chez TamaraKarine et sur Babelio.
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vendredi 25 novembre 2011

Delirium tremens


Delirium tremensKen Bruen
Une enquête de Jack Taylor parue dans la collection Série Noire
Editions Gallimard (2004)
Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean Esch
Lu en Folio policier (2010)

Jack Taylor s’est fait virer de la police irlandaise, après avoir donné un coup de poing à un homme politique. C’est la goutte qui a fait déborder le vase, Jack étant déjà venu à bout de l’indulgence de ses supérieurs à cause de son alcoolisme. 
Le voici de retour comme détective privé dans sa ville natale, Galway, conscient d’être considéré par ses concitoyens comme un mouchard, ni plus ni moins. Son bureau est au Grogan’s, le seul pub de la ville dont l’entrée ne lui a jamais été interdite.  Un jour, une femme, Ann Henderson, vient lui demander d’enquêter sur la mort de sa fille, officiellement suicidée. Mais Ann ne peut y croire. Un homme l’a appelée au téléphone : « On l’a noyée. »

Lorsque Jack découvre que plusieurs adolescentes se sont jetées de la jetée de Nimmo, comme Sarah Henderson, la thèse d’Ann ne lui paraît plus aussi improbable.

Dans cette première apparition du détective Taylor, l’enquête tient une part mineure. Elle sert plutôt de prétexte aux déambulations de Jack dans la ville, d’un pub à l’autre, éventuellement à la recherche d’une information, mais surtout de compagnie pour partager un ou plusieurs verres de trop. Mine de rien, l’enquête avance petit à petit, grâce à des amis ou d’anciens collègues. 
Sans doute que cette histoire d’alcoolique toujours au bord du coma éthylique m’aurait vite énervée si Jack Taylor ne s’était pas finalement révélé assez attachant. Grand amateur de littérature, noire de préférence, de poésie et de musique, il fait partager ses références au fil de l’histoire, rattachant ce qu’il vit à ce qu’il a lu ou entendu ici et là. Sans illusions sur sa dépendance face à l’alcool, Jack est très lucide sur sa déchéance mais de temps en temps, un sursaut de conscience le pousse à réagir, parfois sans souci de la légalité, selon une morale bien à lui. 
A côté de la figure de Jack et des personnages qui gravitent autour de lui, ce roman est aussi une peinture critique de la société irlandaise, de la rivalité avec le voisin anglais, pleine d’humour grinçant et sans concession. En résumé, une bonne surprise que ce livre, pour moi qui ne suis pas fan de polar noir, d’habitude !

D'autres avis :  Yvon, Karine ou Fred.

Lu dans le cadre du défi Voisins Voisines proposé par Kathel, pour l'Irlande.
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mardi 15 novembre 2011

Tamara Drewe


Tamara DrewePosy Simmonds
Denoël Graphic (2008)
Traduit de l’anglais par Lili Sztajn

C’est un village tranquille de la campagne anglaise. Beth et Nicholas Hardiman y accueillent dans leur propriété de Stonefield des écrivains dans un environnement propice à la création littéraire. Nicholas est lui-même un écrivain réputé et Beth, son épouse, veille à maintenir un climat favorisant son inspiration. Au moment où commence l’histoire, Nicholas n’a plus rien écrit depuis plusieurs semaines et Beth s’inquiète de cette panne d’écriture. Elle ne tarde pas à comprendre que son mari a une liaison et le met face à un ultimatum. Mais Nicholas est faible et ne veut surtout pas remettre en cause son confort conjugal. De plus, il sait pouvoir compter sur l’indulgence de sa femme et son attachement à ce qu’ils ont construit ensemble à Stonefield. Mais leur dispute a été entendue par les écrivains présents à la maison, dont Glen Larson, un universitaire américain. Attaché à la sérénité habituelle des lieux, il est ébranlé par la désillusion que provoque la découverte des failles dans le couple Hardiman.  

Un autre évènement provoque quelques bouleversements dans la vie paisible des habitants de Stonefield :  Tamara Drewe reprend possession de Winnards House, la maison de sa mère décédée deux mois auparavant. Tamara est devenue une vraie londonienne, journaliste à The Monitor, où elle a une chronique régulière qui a beaucoup de succès. Tamara est jeune et belle, elle s’est fait refaire le nez et tous les hommes sont à ses pieds. Les habitants mâles de Stonefield ne sont pas insensibles à son charme, tandis que les adolescents du village sont également attirés par tout ce qu’elle représente à leurs yeux, d’autant plus que sa présence dans le village amène quelques célébrités dans son sillage. Au fil des saisons, la monotonie habituelle de Stonefield fait place à des rebondissements dignes des magazines people. Au gré des relations qui se nouent et se dénouent entre les personnages, les motivations profondes font surface et les certitudes s’affaiblissent. Chacun devra se remettre en question et renoncer à faire semblant.

Ce roman graphique de Posy Simmonds est très agréable à lire et à regarder. Le dessin est léger et délicat. Posy Simmonds s’attarde sur les expressions de ses personnages et son trait précis permet de partager les émotions, même si les profils sont assez caricaturaux. Tamara Drewe est restée assez mystérieuse pour moi. Alors que l'auteur donne la parole régulièrement aux autres personnages, fournissant au lecteur l'occasion de découvrir leur vraie nature, on ne sait que peu de choses de Tamara. Que cherche-t-elle vraiment, comment perçoit-elle la convoitise des hommes envers elle ? Quelle est la part de naïveté et de calcul chez elle ? Je n'ai pas réussi à me faire une opinion tranchée sur elle.

D’après les commentaires de l’éditeur, ce roman serait, inspiré de Loin de la foule déchainée de Thomas Hardy, que je n’ai pas lu. Personnellement, il m’a rappelé les univers décrits par David Lodge, en particulier dans sa pièce L’atelier d’écriture, qui confronte également des écrivains réunis pour un week-end à la campagne. Ici, cette confrontation entre individus d’origines très différentes commence comme une comédie et vire au drame et puis la vie reprend son cours tranquille.

Des avis qui m'ont donné envie de découvrir ce roman : ceux d'Antigone et d'In Cold Blog.

Lu dans le cadre du défi Voisins Voisines proposé par Kathel, pour la Grande-Bretagne.
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dimanche 6 novembre 2011

Dans le scriptorium

Dans le scriptorium - Paul Auster
Actes Sud (février 2007)
Traduit de l'américain par Christine Le Bœuf


Un auteur face à ses personnages qui viennent lui demander des comptes sur la vie qu’il leur a donnée au travers de ses romans, c’est très rapidement résumée la trame de ce livre de Paul Auster.

Il y a bien longtemps que je n’avais plus lu Paul Auster. Les souvenirs que je garde des livres lus sont finalement assez flous, alors que je les avais beaucoup aimés sur le moment. C'est sans doute pour cette raison que j’ai eu du mal à entrer dans cette histoire bien que le thème du questionnement sur l'œuvre et sur le travail de l’écrivain soit plutôt intéressant. 

J’ai néanmoins trouvé courageux que Paul Auster se parodie lui-même, en particulier lorsque son personnage se met à écrire pour répondre aux exigences de son thérapeute. Cet exercice n’est pas forcément très flatteur pour l’auteur. C’est du moins mon impression. Je crois surtout que je n’ai pas bien choisi mon moment pour aborder ce livre qui se trouvait depuis longtemps dans ma PAL. Je vais le garder dans un coin de ma bibliothèque et j’y reviendrai peut-être après quelques relectures de Paul Auster ou la découverte de ses livres plus récents.

D'autres avis beaucoup plus détaillés et argumentés chez George, Michel, Cynthia  et sur Babelio.
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mercredi 2 novembre 2011

Masse Critique spécial Jeunesse

La prochaine opération de Masse Critique organisée par Babelio sera consacrée à la littérature jeunesse.

Si vous êtes intéressé(e), rendez-vous ici le 15 novembre 2011.


Plus d'information sur le blog de Babelio


mardi 25 octobre 2011

La première gorgée de bière...


La première gorgée de bière et autres plaisirs minusculesPhilippe Delerm
Collection L’Arpenteur chez Gallimard (1997).

J’ai souvent entendu parler de ce livre de Philippe Delerm, sans avoir jamais l’occasion de le lire. A la faveur d’un prêt, j’ai découvert avec plaisir ce recueil de courts textes où l’auteur évoque des objets d’un quotidien un peu daté, mais néanmoins familiers ou des situations banales que nous avons tous plus ou moins vécues. 
Le talent de Philippe Delerm, c’est de trouver les mots justes pour raconter des instants ordinaires et en retirer l’essentiel. C’est de dégager des profondeurs de la mémoire des odeurs, des sensations ou des sons enfouis mais qui se réactivent en l’espace de quelques phrases. Un peu de nostalgie et beaucoup d’authenticité dans cette lecture que j’ai appréciée, comme une promenade à la campagne après une semaine laborieuse et stressante.

Mes textes préférés : par exemple le premier, Un couteau dans la poche, qui m’a rappelé un temps où il était commode d’avoir son opinel dans le sac, outil bien pratique à portée de main dans de nombreuses occasions. C’était bien sûr avant Vigie Pirate et les portiques électroniques.

Le deuxième, Le paquet de gâteaux du dimanche matin, m’a ramené un matin d’octobre 1965 près d’un petit square de Toulon. Avec Aller aux mûres, je me suis retrouvée sur les talus finistériens avec mes sœurs et ma grand-mère, un seau à la main et les mollets griffés par les ronces. Et puis, Dans un vieux train m’a remis en mémoire les longs trajets des vacances dans ces vieux wagons SNCF, où nous passions des heures à contempler les photos qui décoraient les compartiments et où il fallait rester tranquille pour ne pas gêner les voisins !
Et n'allez pas croire que ces plaisirs minuscules n'appartiennent qu'à un temps révolu. Aider à écosser des petits pois ou La première gorgée de bière sont  encore d'actualité et à savourer tous les jours et pour longtemps !
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mercredi 12 octobre 2011

L'aimer ou le fuir


L’aimer ou le fuirDelphine de Malherbe
Plon (2011)
 
Colette est tombée amoureuse, à 47 ans, de Bertrand de Jouvenel, 17 ans, le fils de son deuxième mari. Dans un premier temps, elle tente de résister à la passion contagieuse du jeune homme et cherche dans son histoire passée des arguments qui vont finalement l'amener à succomber.

Ce livre prend la forme d’une conversation imaginaire entre Colette et un docteur qui séjourne chez elle et à qui elle se raconte, tout en refusant de se livrer à quelque forme d’analyse. C’est ainsi qu’elle parcourt son enfance, les rapports avec ses parents, son mariage avec Willy, ses débuts dans l’écriture puis sa prise de conscience face aux tromperies de son mari qui l’exploite. Une fois devenue indépendante, Colette assume sa conduite, parfois scandaleuse, toujours libre  et savoure tous les plaisirs de la vie. Mais son questionnement face à ce nouvel amour qui s’amorce révèle aussi une femme qui a ses fragilités, ses incertitudes face à la vieillesse qui approche  et qui sait qu’elle vit là une dernière chance de passion, au risque de bouleverser une existence confortable et apaisée.

Un beau texte sur une belle personne, une vie riche en expériences diverses, loin des modèles de l’époque. Une volonté de liberté plus forte que tout, c'est ce que je retiendrai de ce roman.

Mais il y a quelque chose qui m’a agacé dans cette lecture, c’est le fait que ce récit, qui porte la voix de Colette, écrit à la première personne du singulier, se mette à naviguer dans le temps bien au delà de l’époque à laquelle se déroulent les évènements évoqués. Et surtout, les mots et les références utilisés n’ont à plusieurs reprises pas leur place en 1920. 
Ainsi, par deux fois, Colette, sous la plume de Delphine de Malherbe, se compare à un ovni. Puis, pour s’expliquer sur une période de vie dissolue, argumente qu’elle n’était pas une fille de Madame Claude ! Plus tard, elle évoque un homme en costume Dior.  Lorsqu’elle en vient à citer le film de Mathieu Almaric, Tournée, et ses actrices plantureuses, j’ai compris qu’il y avait une volonté de s’affranchir des époques mais l’agacement était déjà là ! 

Dommage, ce parti pris a légèrement gâché le plaisir de cette lecture et m’a fait douter de son objectif. Peut-être saurez-vous être moins conventionnels que moi !

Un avis plus enthousiaste et bien argumenté ici. 

Merci à Babelio et aux éditions Plon qui m'ont offert ce livre dans le cadre de la dernière opération Masse Critique.
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dimanche 2 octobre 2011

Bord de mer

Bord de merVéronique Olmi
Actes Sud (2001)

Une mère que l’on devine au bout du rouleau décide, sur un coup de tête d’emmener ses deux enfants voir la mer, pour la première fois de leur vie. Qu’importe qu’on soit en milieu de semaine, en plein mois de novembre, qu’il pleuve, qu’il fasse nuit, que les enfants manquent l’école. Les voilà dans un car vétuste et bruyant, puis à l’arrivée, à la recherche d’un hôtel, dans une ville peu accueillante et boueuse. Kevin, 5 ans, et Stan, 9 ans, sont un peu désorientés par ce départ subit mais sont aussi curieux de ce premier voyage. L’escapade se révèle décevante : l’hôtel est sordide, il pleut sans arrêt, la mer est démontée et effrayante. La mère voulait faire vivre un moment exceptionel à ses fils mais rien ne se passe comme elle l'avait imaginé. Heureusement il y a une fête foraine à l'extérieur de la ville et les enfants sont enthousiastes. Mais là, c'est la mère qui est mal à l'aise et incapable de partager la joie de ses enfants.

C'est une histoire terrible et déprimante. Dès le début, on pressent le pire et on a raison. D'un côté, il y a cet amour maternel immense qui s'exprime dans les mots de cette femme et qui pourrait lui donner la force de continuer. De l'autre, la solitude qui la submerge, les assistantes sociales qui n'apportent qu'incompréhension et participent à sa chute vers la folie. C'est un texte fort mais sans espoir. Même si je reconnais la qualité de l'écriture de Véronique Olmi, j'ai ressenti un certain malaise lors de cette lecture, tant le sujet est grave et désespéré, et surtout sans issue.

Un extrait :
On avait pris le car, le dernier car du soir, pour que personne nous voie. Avant de partir les enfants avaient goûté, j’ai remarqué qu’ils finissaient pas le pot de confiture et j’ai pensé que cette confiture allait rester pour rien, c’était dommage , mais je leur avais appris à pas gâcher et à penser aux lendemains.
Les avis de Laure, Clara, Emeraude, Tamara et d'autres chez Babelio.
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mercredi 28 septembre 2011

La fille de son père



La fille de son père - Anne Berest
Editions du Seuil (2010)


Trois sœurs se rendent en voiture à Epernay, dans la maison de leur enfance où vit leur père, Albert, avec Catherine, sa compagne, pour fêter l’anniversaire d’Irène, l’ainée. Leur mère, Martine, est morte de maladie, il y bien longtemps et les trois sœurs ont vécu avec leur père. Ce n’est qu’après le départ de la maison de Charlie, la benjamine, que Catherine est venue s’installer à demeure, sans pour cela être complètement acceptée par le trio. 
Encore une fois, ce repas de famille va se transformer en règlement de compte et Catherine, excédée face à l’agressivité d’Irène, va laisser échapper que l’une des trois n’est pas la fille d’Albert. Sainte Martine aurait eu un autre homme dans sa vie.  Plus tard, le père nie les accusations et les met sur le compte de la colère. Mais, une altercation entre lui et Irène conforte celle-ci dans sa certitude d’être la fille adultérine et la lance sur les traces de cet autre homme qui serait son vrai père.

J’ai été touchée par ce premier roman d’Anne Berest. Sans doute par ce qu’il évoque les relations de trois sœurs avec leur père et leurs réactions face à la compagne de celui-ci, et que j’y ai reconnu certains épisodes de mon histoire familiale. 
Chacune des filles perçoit différemment la présence de cette femme, selon la place qu’a tenue la mère dans la vie de chacune. L’ainée est bien évidemment la plus braquée contre celle qui a pris la place d’une autre et c’est elle qui mène l'attaque. La narratrice est plus observatrice, elle qui avait six ans à la mort de la mère mais elle reste neutre face aux excès de sa sœur. Mais moins aveuglée par le ressentiment, c’est elle qui saura découvrir la vérité sur cette filiation contestée.

J’ai bien aimé les récits de l’enfance, les complicités passées et les souvenirs qui reviennent à la surface à l’occasion des retrouvailles, après une période où les trois sœurs s’étaient éloignées les unes des autres.

Mais, c’est peut-être un défaut de premier roman, j’ai regretté que beaucoup de pistes soient lancées dans ce livre et pas suffisamment exploitées. Ainsi, le comportement de la benjamine reste flou. Lors du repas où se déclenchent les hostilités, elle est venu avec un jeune homme qu’elle a rencontré par hasard devant sa porte et l’a laissé filer ensuite au retour en ville. Les raisons de cette attitude sont restées mystérieuses pour moi, je suis peut-être passée à côté de quelque chose ?
D’autre part, l’histoire est racontée par la cadette dix ans après ce fameux repas, alors qu’elle a compris assez vite la vérité sur la filiation de l’une d’entre elles. Mais on ne saura rien de l’impact de cette découverte sur leur parcours, ni sur les relations familiales par la suite. En cela, je suis restée sur ma faim et j’aurai  aimé que certains épisodes soient davantage développés.  

Malgré ces légères critiques, j’ai passé un bon moment avec ce livre, trop court à mon goût et j’attends le prochain roman d’Anne Berest avec un à priori très favorable.

Je repense aux mots de Catherine. Les trois sœurs. Nous sommes des hyènes. C’est elle qui le dit. Nous ne sommes que trois, mais c’est comme si nous étions une armée face à elle. Des hyènes riant à pleine bouche. Gueules grandes ouvertes. Et je nous revois petites. Nous courons en criant, nos corps tatoués d’hologrammes. Tout est grave et fluorescent au bout de nos pailles magiques. On brûle le duvet blanc de nos jambes. Nous rions. Mais est-ce que nous rions comme des hyènes ? Pour la première fois, j’ai honte de nous, lorsque je vois Catherine devenir folle à force de se battre depuis toutes ces années contre le fantôme de notre mère. (page 45)

Je la regarde ma petite sœur, assise à côté de moi dans la voiture, et sonde ce qui reste de moi en elle ; ce qui demeure de notre passion enfantine. Je cherche. Et je ne trouve pas. Il ne resterait rien de notre dépendance naturelle. Je me demande à quel moment la vassalité s’est dissipée et laquelle de nous deux a initié le changement. Notre situation aujourd’hui est embarrassante, propre à celle des amants dont l’amour s’est éteint et qui s’en excusent l’un l’autre : pardon de ne plus t’aimer aveuglément ; pardon de ne plus te trouver si indispensable que ma vie en dépende ; pardon de me désintéresser de toi pour regarder ailleurs, vers ceux qui me ressemblent plus que toi aujourd’hui ; pardon de me demander quel charme me prenait si fort en te voyant, que je voulais que tu m’appartiennes. Où tout cela est-il passé ? Notre amour a été remplacé par d’autres gens, des hommes s’y sont substitués. (page 19)
 La fiche du livre sur le site des éditions du Seuil, qui permet d'en lire un extrait et propose une vidéo de l'auteur.

D'autres avis sur Babelio.
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lundi 19 septembre 2011

Cinq à sexe


Cinq à sexeJanet Evanovich
Editions Payot (2002)
Traduit de l’américain par Philippe Loubat-Delranc
Titre original : High five

Les finances de Stéphanie sont au plus bas, elle ne sait pas comment  payer son prochain loyer. Manque de chance, le seul DDC (ou Défaut De Comparution)  que peut lui proposer Vinnie en ce moment est Randy Briggs, un nain récalcitrant qui donne du fil à retordre à notre chasseuse de primes préférée. Pour passer le temps et rendre service à sa tante Mabel, Stéphanie part sur les traces de son oncle Fred qui a disparu alors qu’il faisait les courses. Les démélés de Fred avec la société de ramassage d’ordures cachent-ils une affaire plus sérieuse ? Et ces photos de cadavre découpé en morceaux dispersés dans des sacs-poubelle que Fred avait laissées sur son bureau, d’où viennent-elles ? Fred aurait-il surpris quelque chose qu’il n’aurait pas dû voir ? En attendant, ce n’est pas cette enquête qui va faire vivre Stéphanie et  elle accepte de travailler pour Ranger sur des affaires dont la légalité est légèrement douteuse. L’avantage, c’est qu’elle peut ainsi bénéficier  d’une voiture de fonction, ce qui la change de sa Buick 1953 habituelle. Une Porsche ou une BMW, ça en jette dans le quartier ! Dommage qu’elles ne font jamais long feu, ces voitures ! Et pour couronner le tout, Ramirez, le boxeur que Stéphanie avait fait arrêter à ses débuts dans le métier, est sorti de prison, bien décidé à se rappeler à son bon souvenir.

Toujours des aventures trépidantes pour Stéphanie, qui va avoir besoin de toute son énergie pour se sortir de situations cocasses ou terrifiantes.  Encore des visites au salon funéraire de Stiva en compagnie de Mamie Mazure et des folles courses-poursuites avec Lula, l’ex-prostituée reconvertie dans le classement administratif. 
Je frôle l’overdose mais je persiste, d’autant que ce cinquième épisode se termine sur un suspense insoutenable : Qui Stéphanie, en mal d’amour , a-t-elle invité chez elle en laissant le hasard du tirage au sort décider à sa place ? Ranger ou Joe Morelli ? Il faudra attendre le début du prochain épisode pour le découvrir ! 

Elles en ont parlé : Tamara, Petite Fleur, Karine.
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samedi 17 septembre 2011

La marche de Mina


La marche de Mina - Yoko Ogawa
Actes Sud (2008)
Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

En 1972, Tomoko vit seule avec sa mère à Okayama. Son père est mort quelques années auparavant et sa mère est couturière. Pour se perfectionner, celle-ci décide de suivre une formation à Tokyo et confie pendant ce temps Tomoko à sa soeur qui vit à Ashiya, dans une région montagneuse. Tomoko fait alors connaissance avec sa tante, le mari de celle-ci qui dirige une usine de fabrication de limonade, leur fille Mina qui a un an de moins qu'elle et la grand-mère Rosa, qui est allemande. Dans leur grande maison vivent aussi Madame Yoneda, la gouvernante, et monsieur Kobayashi le jardinier qui s'occupe également de Pochiko, un hippopotame nain, sur le dos duquel Mina, de santé fragile, se rend à l'école tous les jours. Trente après, Tomoko revient sur les lieux et se remémore les quelques mois passés dans cette famille et les évènements qui ont marqué son passage de l'enfance vers l'adolescence.

Au début, ce roman ressemble à un conte : Tomoko découvre une famille qu'elle ne connaissait pas, dans une région éloignée de chez elle, et se trouve intégrée dès son arrivée dans un univers paisible, un cocon d'affection et de bienveillance. Entre elle et Mina s'établit une relation confiante et complice. Et la présence de l'hippopotame nain, dernier pensionnaire de l'ancien parc zoologique qu'accueillait la propriété, accentue encore l'aspect féerique du cadre de vie. Au contact de la Grand-mère Rosa, Tomoko apprend l'existence d'une autre culture, d'autres coutumes. Elle s'intéresse aux passions de sa cousine : le volley-ball, la lecture, la collection des boîtes d'allumettes. 
Mais le conte de fées n'est qu'une apparence car tout n'est pas parfait dans cet oasis chaleureux : Mina est asthmatique et se retrouve souvent à l'hôpital en urgence. La tante fume et boit, un peu trop sans doute. L'oncle est souvent absent pendant de longues semaines et personne dans la maison ne s'en étonne, tout en attendant son retour avec impatience. A travers les souvenirs de Grand-Mère Rosa, Tomoko découvre les horreurs de la guerre et de l'holocauste et perçoit les résurgences de la violence lors des jeux olympiques de Münich. Mina et elle vivent aussi leurs premiers émois amoureux et les déceptions inévitables qui s'en suivent. De tout cela, trente ans après, Tomoko garde un souvenir ému et reconnaissant.


Extrait (page 194) :
J'ai encore à portée de main la photographie prise ce jour-là, comme un précieux trésor renfermant le souvenir des jours d'Ashiya. Il s'est écoulé beaucoup de temps depuis, mais la beauté de mon oncle et de Ryuichi n'a pas perdu de son éclat. Ma tante sourit avec réserve, monsieur Kobayashi retient le corps de Pochiko. Résultat d'un long combat : le noeud de son ruban est presque défait. Grand-mère Rosa et madame Yoneda sont proches l'une de l'autre comme deux soeurs jumelles. Et Mina, avec ses yeux marron, regarde beaucoup plus loin que l'objectif. Derrière nous tous, on voit cette belle maison que j'aimais tant.
Chaque fois que je regarde la photo je me surprends à murmurer. Tout le monde est là. Tout va bien. Personne ne manque.


Une belle lecture, moins dérangeante que les autres livres de Yoko Ogawa que je connais déjà. Moins d'ambiguité que d'habitude mais toujours un don pour évoquer une ambiance, construire un décor qui devient presque réel, qui s'interpose entre le lecteur et la page lue. En un mot, une réussite !

 
Il existe beaucoup de billets consacrés à ce livre sur le blogosphère. Je veux citer ceux de Wictoria, Kathel, Katell, Laurence et Emeraude, qui vous conduiront vers d'autres avis.

Je recommande également le site de XavierPlathey qui analyse l’ensemble de l’oeuvre de Yoko Ogawa .
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